« Demain est un autre jour » Lori Nelson SPIELMAN


spielman demainBrett Bohlinger est une jeune femme qui semble avoir réussi sa vie : un poste de responsable marketing dans l’entreprise de cosmétique, multinationale florissante, créée par sa mère, un fiancé, Andrew, avec lequel elle vit dans un appartement tout confort et un compte en banque bien fourni. La mort de sa mère va cependant totalement bouleverser cette vie apparemment bien ordonnée. Pour pouvoir toucher son héritage, sa mère, fine mouche, va contraindre sa fille à réaliser 10 des 20 vœux que Brett avait gribouillés sur une page volante quand elle avait 14 ans. Parmi ces vœux, nous trouvons par exemple : adopter un chien, faire un spectacle sur une super grosse scène mais aussi tomber amoureuse et avoir un bébé. L’avocat choisi par mère pour la succession, Bradd, va l’accompagner et sera chargé de lui remettre une lettre écrite par sa mère après chaque réalisation d’un vœu.

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« Les Mères » Samantha HAYES


Hayes Les mèresIl faut prévenir d’entrée de jeu, si vous êtes enceinte mieux vaut éviter la lecture de ce thriller.

L’intrigue se déroule à Birmingham, en Angleterre. Claudia, assistante sociale, est enceinte. Elle partage sa vie avec James, militaire de la marine et ses jumeaux, Noa et Oscar, nés d’un premier mariage. Cette famille recomposée vit dans un quartier huppé de la ville. James devant s’absenter deux mois pour son travail, et la naissance approchant, Claudia embauche une nounou, Zoé, pour s’occuper des garçons et, après l’accouchement, du bébé. Parallèlement Lorraine et son mari, Adam, tous les deux inspecteurs de police, enquêtent sur l’agression et le meurtre d’une femme enceinte et de son bébé.

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« Gains » de Richard Powers (Rentrée Littéraire 2012)


J’attaque ce billet avec une certaine angoisse, car comment parler de ce pavé, comment rendre compte d’une lecture aussi dense, d’un style magistral et en même temps reconnaître une certaine difficulté de ma part. Alors commençons pas le début, c’est encore ce que j’ai de mieux à faire.

Richard Powers mène un roman double. D’une part il raconte, dans le détail, l’expansion de l’entreprise de savon Clare,  depuis le XIXème siècle jusqu’à notre époque, et de l’autre, l’histoire de Laura, vivant dans la ville où l’entreprise est implantée de nos jours. Laura a une bonne quarantaine d’années, elle a deux enfants, divorcée, agent immobilier, mais un cancer des ovaires va remettre toute son existence en question.

Les parties sur l’entreprise et celles concernant Laura s’enchaînent, délimitées seulement par un trait sur la page. Pas de chapitre, mais un enchaînement, un maillage qui, petit à petit, enserre le lecteur, lui laisse comprendre l’influence de l’un sur l’autre.

Le développement de la société Clare est narré de façon assez neutre. Powers explique l’origine de sa création, les innovations techniques, scientifiques et chimiques, précise les changements de présidence, raconte l’arrivée de la publicité, du marketing, fait, finalement un historique de l’industrialisation d’une société américaine.

Les parties relatant le combat de Laura contre le cancer, sont beaucoup plus intimistes, personnelles. Et cette mise en parallèle permet ainsi de percevoir le gouffre qui existe entre les enjeux commerciaux d’une entreprise et les retombées sur la population. Tout en comprenant et en suivant les projets de la famille Clare, en pénétrant dans leur cercle, en les voyant se débattre pour faire survivre leur entreprise pendant les nombreuses crises économiques qui secouèrent l’Amérique pendant plus d’un siècle, le lecteur est aussi touché par l’humanité de cette famille, mais quand Powers revient à Laura, il ne peut s’empêcher de reconsidérer ces projets. Car Powers montre aussi comment une entreprise qui se donnait au départ un but sanitaire (permettre à la population une meilleure hygiène), finit, petit à petit, de génération en génération, par voir ses ambitions se tourner de plus en plus vers une expansion presqu’uniquement commerciale. Les aspirations des fondateurs finissent par s’évanouir, avalées par les lois économiques, la bourse, les actionnaires.

Ce roman est un portrait de l’Amérique économique, de son développement industriel et de ses dérives. Sur certains points, j’ai pensé au film Erin Brockovich, seule contre tous, mais contrairement au film, l’entreprise Clare n’est pas stigmatisée par Powers. Il y a certes une dénonciation de ces multi-nationales, mais Powers laisse le lecteur juger, le laisse se forger sa propre opinion, il n’y a pas non plus de misérabilisme quand il évoque Laura, mais une description « simple » de ce qu’elle vit.

Tous ces éléments font de ce roman, une œuvre complexe, dense, maîtrisée de main de maître. Cela faisait longtemps que je souhaitais découvrir la plume de cet auteur. Cependant il serait trompeur de ne m’en tenir qu’à cela. Car, je dois admettre que cette lecture fut souvent difficile, que les détails de fabrication du savon, que les explications scientifiques m’ont souvent parus rédhibitoires, même si tout cela s’avère nécessaires dans le projet que s’était fixé Powers. Mon sentiment pour ce roman est donc partagé, car malgré tout, j’ai réellement l’impression d’avoir eu entre les mains un roman magistralement conçu, un roman qui nous fait réfléchir sur notre société industrielle, sur nos choix de vie, car Laura ce pourrait être nous un jour, et c’est aussi sans doute ce qui rend ce roman si terrifiant.

P.S : ce roman sort en France aujourd’hui, mais il fut édité aux États-Unis en 1998

Roman lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire

Merci aux Éditions du Cherche-Midi

« La Piste des Templiers » de William Dietrich


A priori, ce roman s’offre comme un énième roman sur les Templiers, le Moyen-Âge, les manuscrits perdus etc. A priori, oui. Et la couverture est là pour renforcer cet a priori. Et pourtant…

L’intrigue se situe en 1800, en France, d’abord, mais le personnage de William Dietrich va nous faire voyager. Ethan Gage, âgé d’une trentaine d’années, est un disciple de Benjamin Franklin, le fameux Franklin qui étudia les éclairs et leur charge électrique. Ethan se dit donc électricien. Il jouit d’une réputation incroyable, ayant contribué avec succès à la bataille de Marengo, et s’étant illustré lors d’expéditions célèbres comme la campagne d’Egypte ou celle de Jérusalem. A la fois coureur de jupons invétéré et vantard émérite, Ethan est aussi quelque peu espion à la fois pour la France, les États-Unis (étant américain lui-même) et pour l’Angleterre. Pris entre ces trois nations, il va être chargé d’informer Jefferson et Napoléon sur la Louisiane que ces nations se disputent. Sa rencontre avec le Norvégien à la stature de Viking, Magnus Bloodhamme, va le propulser dans des aventures qu’il n’avait pas soupçonnées. En effet, Magnus a une mission et une quête un peu folle. Il est persuadé que des Templiers qui ont fui les persécutions de Philippe Le Bel au XIVème siècle, se sont réfugiés en Scandinavie. De là, guidés par d’anciennes cartes Vikings, ils auraient mené une expédition qui les aurait menés au cœur de l’Amérique plus d’un siècle et demi avant Christophe Colomb.

Ce postulat de départ, assez surprenant et passionnant, va être le prétexte à un voyage semé d’embûches, comme on dit, qui va amener Ethan et Magnus de New-York à Saint-Louis à bord de canoës, en compagnie de trappeurs, d’indiens, des gentils et des méchants, échappant à des supplices, des incendies, des maladies dévastatrices, des combats à coups de hache et de tomahawks, mais les entraînant aussi dans des aventures amoureuses et sexuelles à la fois drôles et terribles.

Ce roman présente des intérêts multiples. Le premier, qui surgit dès les premières pages, est l’humour. Ethan est avant tout un imposteur qui jouit d’une réputation construite un peu malgré lui, un fruit du hasard, des rencontres fortuites. Dietrich s’amuse souvent de son personnage et explique des faits historiques dont il aurait été à l’origine, comme la statue de la liberté par exemple. Son côté hâbleur, son incapacité à résister aux charmes féminins, ses maladresses, en font un personnage décalé qui rompt avec la tradition de ses romans historiques souvent trop sérieux.

L’autre intérêt de ce roman, et qui m’a passionnée, est la description d’une Amérique naissante, où les nationalités se mêlent, où les intérêts entraînent des rivalités. Ainsi les descriptions de New-York ou de Washington en construction sont passionnantes. Et l’on mesure quelle entreprise fut cette édification d’un nouveau pays où tout restait à faire. On y côtoie donc des Anglais, des Français, et des Indiens que la civilisation a petit à petit dénaturés. L’auteur maîtrise son sujet, et les différentes peuplades indiennes y sont décrites dans leurs rites et leurs différences.

Le troisième intérêt est bien évidemment la quête folle de Magnus, décrit comme un géant viking dans toute sa splendeur. Le couple antithétique qu’il forme avec Ethan permet de les rendre plus vivants et attachants.

Quelques figures féminines sont également notables : Pauline Bonaparte, soeur de Napoléon, très attirée par la bagatelle ; Aurora Somerset, anglaise belle et sulfureuse ou l’indienne Namida, timide et douce à la beauté exotique. Elles croiseront la route d’Ethan pour le meilleur ou pour le pire.

Vous l’aurez compris ce roman est une sorte d’ovni, qui vous prend, vous balade, et vous fait tourner les pages encore et encore. Il fut donc une belle surprise pour moi. En fin de roman, l’auteur explique les hypothèses émises par Magnus dans le roman.

Il me reste à préciser qu’Ethan Gage est le personnage récurent des romans de William Dietrich, ce qui me donne bien envie de découvrir ses deux précédents romans : Les Pyramides de Napoléon et Hiéroglyphes.

Roman lu dans le cadre du Challenge ABC 2011-2012 Lettre D.

Merci aux Éditions du Cherche-Midi