« Moi et François Mitterrand » Hervé LE TELLIER


moi et mitterrandLe narrateur-auteur, nous dit-on, de ce roman entame à partir de septembre 1983 une longue et riche correspondance avec François Mitterrand alors élu président de la République depuis avril (je précise pour les moins de 16 ans, si par hasard il en vient à passer par ici). Quelques temps plus tard, une réponse signée du président lui parvient, ce qui engage la narrateur à poursuivre. D’autant que, le narrateur s’était plaint de trouver les huitres trop laiteuses alors en séjour à Arcachon, et François Mitterrand avait répondu : « Ne doutez pas cher Monsieur, que vos remarques recevront toute l’attention qu’elles méritent et qu’elles seront prises en considération par nos services dans les délais les plus brefs« , et en effet il avait pu constater, l’année suivante que les services du président avaient bien travaillé puisque cette année-là les huitres étaient parfaites.

(suite…)

« Madame de Sévigné » Stéphane MALTERE (bio).


maltère sévignéMadame de Sévigné est bien sûr connue essentiellement pour sa correspondance passionnée avec sa fille, Mme de Grignan, mais qui était-elle vraiment, qui côtoyait-elle et, à part écrire à sa fille, que faisait-elle ? Stéphane Maltère tente de répondre à ces questions et à quelques autres dans cette biographie qui n’est pas sans intérêt et qui devrait me permettre d’aborder la lecture de cette vaste correspondance avec plus de flèches à mon arc.

(suite…)

Samedi Sandien #35 : Lettre à Jules Janin


Aujourd’hui, j’ai eu envie non pas de vous parler de George Sand, mais de vous la faire lire. Je me suis dit que, finalement, le discours autour des œuvres ou des écrits ne vaut jamais autant que la lecture elle-même. Aussi, en plus des billets sur l’œuvre de George Sand, je ferai parfois, comme ce matin, des billets dans lesquels je recopierai des extraits de son œuvre romanesque, autobiographique ou épistolaire. En souhaitant que ces extraits entraînent des réflexions, des remarques de votre part.

Pour ouvrir le bal, j’ai voulu vous faire partager cette lettre datant, d’après Georges Lubin, de la première quinzaine de janvier 1840, et destinée à Jules Janin. Jules Janin était critique littéraire reconnu au Journal des Débats auquel il fut attaché de 1829 à 1873. Surnommé le « prince des critiques », il a souvent produit des critiques assez dures envers les romantiques, que ce soit Hugo, Balzac et donc aussi George Sand. [Présentation inspirée de la notice de Georges Lubin dans le Tome III de la Correspondance de George Sand, Ed. Garnier]

***

A Jules Janin

Voici votre volume de Valentine qui arrive positivement du fin fond de la vallée noire où il ne s’attendait guère à l’honneur d’en être rappelé par vous. Merci de toutes les choses gracieuses que vous me dites, malgré mes prétendus injures que je renie. Quant à cela si j’avais songé à vous en m’attaquant aux journalistes ce serait un acte de courage dont mon caractère belliqueux tirerait vanité, bien loin de reculer devant si forte partie. Vous me connaissez assez pour savoir que je suis plus portée à l’audace insensée qu’à la diplomatie timide. Et ce n’est pas que je dédaigne la critique. Elle m’a fait du mal et du bien, et je sais même que le blâme aveugle et partial peut nous écraser, pauvres diables d’auteurs que nous sommes ! Mais je hais assez les gens sans conscience pour les braver, et quant à ceux qui me reprennent avec loyauté, je ne les crains pas, je les estime. Ce sont là les critiques qui nous stimulent en nous corrigeant, les autres nous affligent et nous découragent. Ainsi  une fois pour toutes, ne croyez jamais que je veuille rompre indirectement des lances contre vous. C’est un mérite que je n’ai pas et qui serait de ma part pure fanfaronnade. Je vous sais sincère dans vos impressions, et jamais il ne me viendra à l’esprit de me regimber contre un jugement de vous. Vous êtes artiste aussi

E tu anché sei pittore

vous obéissez à un vif sentiment des choses, et vous avez raison encore quand vous vous trompez. Je n’ai jamais compris que l’amitié empêchât la liberté de penser et qu’il fallût faire un tel mélange de la vanité avec l’affection qu’une dissidence littéraire amenât une rupture entre amis. Tout cela, pour vous dire que mes injures ne s’adressent qu’aux pédants stériles qui nous déchirent sans nous connaître, et nous condamnent sans nous lire. Et je sais bien que vous me lisez puisque vous voilà en possession d’un pauvre volume qui vous manquait et que vous avez bien voulu me réclamer – et que voilà.

T[out] à vous de coeur

George

[Source : George Sand : Correspondance, Tome IV, textes réunis, classés et annotés par George Lubin, Edition Classique Garnier, Paris, 1968, pp. 851/852]

« Je vous écris tous les jours… » Madame de Sévigné (« Un Jeudi, Un Livre » #5)


Un Jeudi, Un Livre en demi teinte cette après-midi pour deux raisons : l’une physiologique (j’avoue je me suis endormie pendant une heure!), l’autre liée au livre lui-même. J’ai donc peiné à venir à bout de la lecture de ce petit recueil de lettres de Madame de Sévigné à sa fille.

La première difficulté vient, pour moi, de la composition du recueil lui-même ! Certes l’idée est belle et bonne, mais le problème est que l’on est plongé dans une correspondance comme poussé dans le grand bain sans savoir nager ! Les noms se succèdent et on passe son temps à regarder dans l’appendice pour tenter de savoir qui est qui ! Ce qui s’accepte sur une correspondance au long court est beaucoup moins évidente pour un recueil d’une centaine de pages. On a envie de le lire sans être interrompue. Quand on lit une correspondance qui s’étale sur plusieurs  centaine de pages, les débuts sont difficiles mais on prend le temps de s’installer, de connaître les correspondants, les personnes citées, et petit à petit la lecture devient plus aisée. Pour un recueil court, on a à peine le temps de s’y retrouver que c’est fini ! n’en reste donc que le laborieux travail de repérage. Voilà sans doute la principale difficulté que j’ai ressentie à la lecture de ces lettres.

Toutefois, et malgré ce petit souci, ce fut un plaisir de découvrir le style, le ton, l’ironie de Mme de Sévigné. Ce que j’aime dans les correspondances avant tout c’est d’être plongée dans l’intimité de l’épistolier, dans son quotidien, et le quotidien de Mme de Sévigné est lié à la cour et aux intrigues du roi et de ses maîtresses, Mme de Montespan et Mme de La Vallière, on croise, au cours de la lecture, des personnages célèbres : Mme de La Fayette, amie de la marquise, La Rochefoucauld, mais aussi Mme de Scudéry et tous ceux qui faisaient les hauts-faits de l’hôtel de Rambouillet. C’est une plongée formidable dans le XVIIème siècle littéraire.

A travers ses lettres la mère donne des nouvelles à la fille, résidant à Grignan, dans le midi. Par ses lettres, elle lui permet de se tenir au courant des intrigues, de ce qui se dit, se fait, mais surtout elle lui témoigne un amour maternel, voire même une adoration maternelle. Elle semble s’inquiéter perpétuellement de la santé de sa fille, de ses voyages, de sa vie en province. C’est donc aussi, et avant tout, un très beau témoignage de ce lien exceptionnel entre une mère et sa fille.

J’ai aimé retrouver le subjonctif, découvrir des expressions que je ferais bien miennes, comme : Je me fais des dragons pour je me fais des soucis, expression tellement imaginée et tellement vraie ! j’ai aimé vivre, l’espace d’une après-midi au XVIIème, suivre le long voyage de Mme de Grignan de Paris à Grignan par route mais aussi par fleuve sur le Rhône tant redouté.

L’avantage de ce recueil est qu’il m’a donné envie de lire la correspondance plus vaste de Mme de Sévigné, d’approfondir son style et de retrouver son humour, et son regard ironique sur le monde qui l’entoure.

Livre lu dans le cadre du Challenge Dame de Lettres, du Défi Mia et du S.T.A.R 3 de Liyah.

Un Jeudi, Un Livre