« Au bout du conte » Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri


au bout du conteHier soir, grâce à ma sœur, j’ai assisté à l’avant-première de Au bout du conte, réalisé par Agnès Jaoui, co-écrit avec son acolyte Jean-Pierre Bacri. Cette avant-première m’a enfin permis de découvrir les salles du MK2 Bibliothèque et de passer une belle soirée en célibataire (ouf, avant les vacances scolaires, idéal).

Agnés Jaoui et Jean-Pierre Bacri jouent également dans le film comme en témoigne l’affiche. Agnés Jaoui incarne Marianne, actrice ratée qui animent un atelier théâtre autour des contes de fées dans une école. Elle est la tante de Laure, une jeune fille romanesque qui rêve du Prince Charmant. En parallèle nous avons Jean-Pierre Bacri, homme divorcé, père malgré lui d’un jeune homme musicien, Sandro, nouvellement en couple avec une jeune femme, elle-même mère de deux petites filles, qui, en attendant la fin des travaux dans son appartement, sont accueillies  chez Pierre (Bacri). Laure et Sandro vont se rencontrer lors d’une soiré improbable intitulée le Bal du Prince. C’est la rencontre de la Princesse et du beau Prince, mais alors que les contes de fées s’achèvent sur cette rencontre qui augure un mariage heureux et beaucoup d’enfants, le film va plus loin, va au bout du conte, justement.

Entre réalité et conte de fées revisité, ce film mêle histoires d’amour et désillusions amoureuses. Laure est l’archétype de la jeune fille élevée dans du coton, rêveuse, elle croit à l’amour des contes de fées qu’on lui racontait de son enfance. Sa rencontre avec Sandro est vécue comme une réalisation d’un rêve fabuleux qui construit la légende de son nouveau couple. La question est de savoir si l’amour vanté dans les contes de fées et que l’on raconte aux petites filles est possible dans la réalité.

Pour s’en faire une idée, les personnages de Marianne et de Pierre auraient tendance à nous donner une vision plus réaliste de la vie de couple. Les deux sont parallèlement divorcés et se trouvent bien dans leur vie de célibataire, chacun à leur manière. Tandis que Marianne s’adonne à ses enfants en les maintenant dans un univers féérique, Pierre, quant à lui, ne supporte pas les enfants et est obnubilé par la prévision d’une voyante qui lui a révélé le jour de sa mort.

J’ai nettement préféré les scènes avec Bacri et Jaoui. L’histoire des adultes est nettement plus intéressante que celle des jeunes gens. Pour ceux et celles qui, comme moi, aiment le personnage ronchon et désabusé de Jean-Pierre Bacri, ils seront ravis. L’humour est piquant, noir et sa diatribe contre les enfants fera rire toutes les mères indignes qui sommeillent en nous.

Si le mythe de l’amour conte de fées en prend pour son grade, l’amour réaliste n’est pas tellement épargné. Tandis que les contes de fées prônent la fidélité, le film aurait tendance à montrer que toutes les histoires d’amour finissent mal en général, mais loin d’être une vision pessimiste, ce film voit dans l’infidélité un élément constituant de l’amour.

Sans doute y a-t-il un juste milieu entre les deux, qu’il nous convient de rechercher et peut-être de faire nôtre. Quoiqu’il en soit, dans ce film l’amour n’est pas triste, et si certains couples se défont d’autres se forment… avant de, à leur tour, se défaire, mais chaque histoire d’amour mérite d’être vécue, peut-être est-ce cela finalement qu’il faut retenir.

« Le Chevalier qui cherchait ses chaussettes » de Christian Oster


Oster le chevalierIl était une fois un chevalier qui, après une nuit passée au pied d’un arbre, ne retrouva plus ses chaussettes ! Cela est bien embêtant, car comment se présenter devant une princesse à délivrer des griffes d’un dragon, pieds nus ?

Voilà l’étrange mésaventure qui arrive au chevalier de ce conte qui se présente dans les règles du genre : le « Il était une fois… » ; le méchant dragon ; la jolie princesse prisonnière et le valeureux chevalier. Sauf que Christian Oster manie le burlesque avec brio. La perte des chaussettes va quelque peu décontenancer son chevalier qui est obligé, à plusieurs reprises et devant les péripéties inattendues qui se présentent à lui, de récapituler à plusieurs reprises la succession de ses actions. Sauf que ce pauvre chevalier a tendance à s’emmêler les pinceaux.

« D’abord, délivrer le dragon, se dit-il ; ensuite, le trouver ; puis réveiller mes chaussettes ; enfin, combattre la princesse. » (pp.13/14)

Il sera question de combats violents contre des dragons, de canard carbonisé, de magicien et de lutin avant que ce pauvre chevalier ne parvienne à boucler sa mission.

Ce conte burlesque, lu hier soir à mes enfants, a suscité bien des rires. Les dialogues sont souvent très drôles et décalés, ainsi que les interruptions surprenantes du récit avec des adresses aux enfants.

La lecture à voix haute fonctionne parfaitement tant le ton et les dialogues sont vifs. La parodie du roman de chevalerie ainsi que des éléments traditionnels du conte en font un livre à découvrir pour son originalité et son côté burlesque.

Ce roman est édité à L’École des Loisirs dans la collection Mouche, il est donc accessible pour de jeunes lecteurs à partir de 7 ans, mais il peut bien sûr se lire à des enfants plus petits.

Roman lu grâce à la Bibliothèque Municipale.

Marilyn bibliothèque

« L’Oeil du Loup » de Daniel Pennac


Daniel Pennac est un auteur qui m’enthousiasme, et quand j’ai pris connaissance de l’existence de ce petit roman pour la jeunesse, j’ai eu envie de le faire partager à mes enfants en le leur lisant à voix haute. J’ai donc profité des vacances. Il s’avère que la maîtresse d’Antoine m’avait devancée, mais Antoine n’a pas rechigné à entendre cette histoire pour la deuxième fois.

Dans un zoo, un loup d’Alaska à la fourrure bleue va et vient dans son enclos. Un petit garçon depuis plusieurs jours est posté derrière les grilles à le regarder. Le loup veut l’ignorer, cet enfant l’énerve, il se comprend pas ce qu’il fait là tous les jours à l’observer. Le loup a un oeil fermé, une vieille histoire du temps où il vivait en liberté. A bout, le loup décide de planter son oeil dans les yeux du petit garçon. Et dans l’oeil du loup, tout le passé de celui-ci s’anime.

Pennac divise son récit en deux parties : l’histoire du loup puis l’histoire du petit garçon, Afrique, un orphelin qui a le don de parler aux animaux. La première partie du récit m’a plus séduite que la deuxième, même si cette dernière, en relevant davantage du conte, présente aussi beaucoup de charme.

L’auteur nous plonge dans les pensées du loup et c’est essentiellement cette focalisation interne qui m’a touchée. Pennac, par la pensée du loup, aborde ainsi plusieurs thèmes : le rapport de l’homme avec l’animal et notamment les trappeurs avides des fourrures des loups, la destruction de la nature par l’homme (la déforestation, par exemple) et la difficulté de l’animal à vivre dans un monde où l’homme est le principal prédateur et exploiteur de l’animal. La sagesse est incarnée par l’enfant, être simple, proche de la nature et futé qui comprend les bêtes, toutes les bêtes, les sauvages comme les domestiquées.

Dans ce conte, Pennac offre un hymne à l’animal en égratignant l’homme qui se révèle bien plus sauvage que le loup ou le guépard. Dans une langue simple, souvent drôle, il raconte une histoire sensible et juste. Le Zoo, prison pour animaux, devient, grâce à l’enfant, un endroit qui incarne alors une certaine utopie où les animaux et les hommes peuvent vivre ensemble. Chaque animal a son propre destin, sa propre histoire, et tous, par le biais du petit garçon, ont un lien entre eux. Pennac va au-delà des a priori réhabilitant chaque animal, les déchargeant des clichés et des réputations donnés par les hommes.

L’histoire d’Afrique, petit garçon orphelin qui a lui aussi subi les violences des hommes, est un être innocent. Ses multiples péripéties à travers le monde et ses diverses rencontres avec les animaux en font un personnage de conte moderne.

Un joli conte donc, à faire lire à nos enfants ou à leur lire.

Livre lu dans le cadre du Challenge TOTEM Loup, du Challenge S.T.A.R 5, du Challenge Animaux du Monde.