« Barbe Bleue » Amélie NOTHOMB


nothomb barbe bleuePour celles et ceux qui suivent ce blog depuis plusieurs années, vous savez qu’entre Amélie et moi, ce ne fut pas toujours rose. Après deux essais malheureux (L’Hygiène de l’assassin et Les Combustibles), j’avais un peu renoncé. Mais comme il n’y a que les c… qui ne changent pas d’avis, je me suis laissée tenter par cette réécriture du conte de Perrault, relu d’ailleurs il n’y a pas si longtemps.

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« Les Contes de ma mère l’Oie » de Charles Perrault


Les Contes de ma mère l’Oie rassemblent les contes de fées les plus connus, devenus des classiques de la littérature enfantine. Les Editions Courtes et Longues, dont je vous ai déjà présenté deux ouvrages (Jolie Pépée et A la mode impressionniste), publient ce recueil magnifiquement illustré par Harry Clarke. Le choix a été d’établir une édition en prose et non en vers, et prend appui sur une édition de 1781 qui rassemblait deux recueils de contes.

Si les contes tels Le Petit Poucet ou Le Petit Chaperon Rouge, n’ont plus guère de mystère pour nous, le fait de redécouvrir le texte original de Perrault reste un moment de lecture intéressant, car il restitue à la fois la moralité, rendant au conte sa valeur d’apologue, mais aussi nous montre davantage la violence qui se dégage de ces récits. Ainsi, le Petit Chaperon Rouge se fait bel et bien dévorée par le loup, mais aucun chasseur n’intervient pour l’extraire vivante des entrailles du méchant loup.

Deuxièmement, les illustrations de Harry Clarke modernisent magnifiquement le recueil. Rendant aux textes sa noirceur, notamment pour Barbe Bleue :

Les illustrations sont faites à l’encre, au crayon ou au lavis, et rendent bien l’inquiétude que provoquent les contes de Perrault, ainsi que le magie et le fabuleux qui s’en dégagent. Les personnages apparaissent parfois comme des ombres chinoises, minutieusement découpées, ou comme des pantins de carton.

Le trait est fin, et notamment en ce qui concerne les dessins à l’encre, j’ai trouvé une ressemblance flagrante avec les dessins d’Aubrey Beardsley, artiste qui illustra la Salomé d’Oscar Wilde, associé au mouvement de l’Art Nouveau de la fin du XIXème siècle. Comme on peut le constater :

La première œuvre est d’Aubrey Beardsley (John et Salomé, 1898), la seconde de Harry Clarke (Faust 1925).

En faisant quelques recherches sur Harry Clarke, j’ai alors découvert que celui-ci avait été très influencé par l’Art Nouveau, on ne peut que le constater en comparant les deux dessins de Beardsley et de Clarke.

Enfin, je tiens à souligner la beauté  de l’objet-livre. La couverture est douce, façon cuir, les pages sont épaisses, ce qui en fait un beau livre à conserver précieusement dans sa bibliothèque.

Il restait à passer le test crucial : les enfants, eux, qu’en pensent-ils ?

J’ai donc lu à Antoine (9 ans) et Eliot (6 ans), Le Petit Chaperon Rouge et Le Chat Botté. Au préalable je leur ai demandé comment ils trouvaient le livre. Ils ont été un peu surpris par les illustrations, mais ont reconnu qu’elles étaient très belles. Ils étaient un peu timides face au livre comme objet, ayant eu assez vite conscience que c’était là un livre auquel il fallait faire attention. La découverte de la version originale du Chaperon Rouge, les a un peu étonnés, et à la fin du conte un certain silence s’est installé. Nous avons lu la moralité, j’ai dû moderniser un peu la langue ancienne de Perrault et leur ai demandé ce que cette moralité voulait dire. Antoine a bien compris que le loup représenté en fait des gens méchants, qu’il ne fallait pas écouter : « Quand par exemple, quelqu’un veut nous offrir des bonbons, il ne faut pas accepter« , m’a dit Antoine. Eliot a été un peu plus déstabilisé par la langue de Perrault, mais a bien aimé Le Chat Botté retrouvant le conte qu’il avait déjà entendu. En conclusion, ces lectures furent un succès malgré parfois une certaine difficulté à appréhender les tournures anciennes de la langue.

Charles Perrault participe à la querelle des Anciens et des Modernes, chef de fil des Modernes, il est pour une reconnaissance des auteurs de son siècle et pour une innovation littéraire. L’intégration des contes populaires dans la littérature participe de cette innovation. Le conte du Chat Botté, dont j’avais quelque peu oublié tous les ressors pose la question de l’héritage. Le benjamin d’une famille, après la mort du père, n’ayant eu pour tout héritage qu’un chat, se désespère. Mais le chat va lui montrer que l’on peut réussir dans la vie sans héritage, par sa ruse et sa belle figure. Conte social ? Ce serait aller un peu loin, puisque la bonne fortune du faux marquis de Carabas est surtout établie sur l’usurpation d’identité, la ruse et un meurtre (n’oublions pas que l’ogre se fait gentiment dévoré). Mais le charme principal de ce conte reste le Chat, malin, habile, un peu fourbe, qui sauve sa peau en rendant riche son maître. On passe par dessus les éventuelles invraisemblances, et on retrouve avec plaisirs les éléments traditionnels du conte : un chat qui parle et s’habille, un ogre, une princesse, et un brin de magie.

Je suis littéralement amoureuse de ce livre. L’édition est magnifique, soignée jusque dans les détails. Si vous cherchez des idées pour vos cadeaux de Noël, ce livre devrait plaire à la fois aux parents et aux enfants.

Merci aux Éditions Courtes et Longues pour cette belle découverte.

Le Conte du Chat Botté a été lu dans le cadre du Challenge Thursday Next, et du Challenge Petit Bac, catégorie Animal.