« Les Sœurs Brontë : La force d’exister » Laura EL MAKKI


On connaît tous le destin tragique de Charlotte, Emily et Anne Brontë. Une vie passée au presbytère de leur père, à écrire ensemble autour d’une table, les promenades dans la lande, les espoirs souvent déçus. Pourtant Laura El Makki, dès l’ouverture de cette triple biographie, veut conjurer ce malheur, montrer au contraire, et comme le sous-titre le révèle, cette force d’exister, cette volonté à toute épreuve dont elles ont fait preuve, cette capacité toujours à se remettre au travail, à concevoir des projets. Elle veut casser le mythe du malheur qui a été créé au départ par Elizabeth Gaskell et sa biographie de Charlotte. Elizabeth est passablement malmenée par Laura :

Elizabeth Gaskell, première biographe attitrée de Charlotte, première faiseuse de mythes (p.13)

Casser le mythe du malheur n’est pas minimiser le malheur et les drames qu’elles ont subis, c’est redonner sa place à des moments de bonheur pour mieux montrer ce qui les caractérisait, leur ardeur à vivre. Ce premier postulat de départ, cette sorte de pacte biographique, n’est pas le seul.

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« George Sand à 20 ans : S’affranchir » Joëlle TIANO – Biographie.


Tiano Sand à 20 ansAyant travaillé plusieurs années sur l’œuvre et la vie de George Sand, je ne suis plus une novice. Je dois avouer que je connais un peu par cœur les événements de sa vie et d’autant plus sa jeunesse puisque mon sujet de doctorat portait sur la figure du père dans son œuvre, que j’ai également écrit un article dans le Dictionnaire George Sand paru aux éditions Honoré Champion en 2015 et que je me suis beaucoup intéressée à Maurice Dupin, père de Sand. J’ai dû lire au moins cinq biographies de George Sand, dont la meilleure, pour moi, reste celle de Joseph Barry, George Sand ou le scandale de la liberté paru en 2004, sans oublier la propre autobiographie de George Sand, Histoire de ma vie et sa correspondance. Pourtant, je reste toujours curieuse des nouvelles parutions qui s’intéressent à ma Sand, ne serait-ce que pour me replonger dans son univers. Aussi quand on m’a proposé de lire George Sand à 20 ans, au Diable Vauvert, je n’ai pas hésité. Cette collection qui s’intéresse à la jeunesse des auteurs est passionnante et j’avais beaucoup aimé l’ouvrage consacré à Guy de Maupassant que j’ai lu il y a quelques mois.

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Premières Lignes… #5


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Mokamilla,Pour ce nouveau rendez-vous des Premières Lignes… lancé par Ma Lecturothèque, je reviens à celle qui est l’esprit de ce blog : George Sand.

premières lignes #5

Tiano Sand à 20 ans

George Sand à 20 ans, S’affranchir de Joëlle Tiano, Editions Au Diable Vauvert

Retrouvez les Premières lignes de Ma Lecturothèque ,  Mokamilla, Nadège (Les mots de la fin), Moglug

« Guy de Maupassant à 20 ans: les débuts de Bel-Ami » de Françoise MOBIHAN – Biographie


maupassantLa collection « à 20 ans » du Diable Vauvert a ceci d’intéressant qu’elle aborde les auteurs, ou les personnages célèbres de l’histoire, au moment où ils sont aux portes du succès, au moment où, en pleine force de leur jeunesse, ils sont vibrants d’espérances. Ces biographies de 150 pages dévoilent des êtres en devenir et révèlent comment leur destin se met en place.

Françoise Mobihan dresse un portrait passionnant de Guy de Maupassant. Elle en montre les facettes souvent oubliées des manuels de littérature :

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« Madame de Sévigné » Stéphane MALTERE (bio).


maltère sévignéMadame de Sévigné est bien sûr connue essentiellement pour sa correspondance passionnée avec sa fille, Mme de Grignan, mais qui était-elle vraiment, qui côtoyait-elle et, à part écrire à sa fille, que faisait-elle ? Stéphane Maltère tente de répondre à ces questions et à quelques autres dans cette biographie qui n’est pas sans intérêt et qui devrait me permettre d’aborder la lecture de cette vaste correspondance avec plus de flèches à mon arc.

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« Jeanne » Jacqueline DE ROMILLY


romilly jeanneJacqueline de Romilly livre ici une biographie de sa mère, Jeanne, morte en 1977. Écrite durant l’année qui suivit la mort de sa mère, cette biographie ne sera éditée qu’à la mort de Jacqueline. A partir de souvenirs personnels, de photos, de quelques témoignages, Jacqueline  retrace la vie d’une femme née à la fin du XIXe siècle et qui s’est dévouée autant à sa fille qu’à l’écriture pendant près d’un siècle. Veuve très tôt, Jeanne apparaît comme une femme moderne, intelligente, discrète, mais déterminée.

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Pierre Salomon et Jean Chalon : biographes de George Sand


salomon bio sandJ’ai passé mon après-midi d’hier à lire la fin des biographies de George Sand, l’une de Pierre Salomon, George Sand, l’autre de Jean Chalon, Chère George Sand. Je me suis concentrée sur les dix dernières années de la vie de George Sand, période de sa vie que je connaissais le moins comme si je m’étais, jusqu’à présent, refusé de voir, de lire ce qui concerne la fin de vie de George Sand. Je me souviens d’ailleurs de n’avoir jamais terminé la bio écrite par Maurois un peu pour cette raison.

Lire en simultanée deux biographies sur le même auteur et sur la même période est une expérience un peu particulière dont je voulais vous parler. Si les deux biographes reprennent en gros les principaux moments clefs de la vie de Sand entre 1865 et 1876, le traitement est un peu différent.

Sans doute faut-il tenir compte des dates de publications de ces biographies. Celle de Pierre Salomon date de 1953, celle de Chalon de 1991. La biographie générale que je préfère à propos de George Sand reste celle de Joseph Barry, George Sand ou le scandale de la liberté parue en 1982, très complète et enrichie de nombreux extraits de ses œuvres et de sa correspondance, elle correspond exactement à ce que j’attends d’une biographie.

Pierre Salomon était un homme érudit, professeur agrégé puis proviseur du Lycée Buffon à Paris. Sa biographie s’intéresse à l’œuvre de Sand et non principalement à ses amants. Jean Chalon est journaliste et écrivain. Quand on consulte sa biographie, on constate qu’il s’est spécialisé dans les biographies de femmes célèbres. Si le premier publie dans une collection qui se définit comme littéraire, le second, chez Flammarion, touche une cible de lecteurs plus élargie. Une professeur d’université spécialiste de Sand m’avait d’ailleurs confié que Jean Chalon n’avait fait que des copiés-collés d’autres bio et que son Chère George Sand n’apportait pas grand chose de neuf pour les spécialistes.

chalon bio sandJe ne me considère pas comme une spécialiste de la vie de George Sand, j’ai encore beaucoup à apprendre. Je crois connaître relativement bien son œuvre mais plusieurs aspects biographiques me restent mal connus, si bien que la lecture des biographies m’apporte toujours beaucoup et j’aime notamment apprendre de petites anecdotes qui me la rendent plus proche. Les biographies m’aident surtout à mieux saisir ses convictions, ses réactions face à certains évènements historiques (comme la Commune par exemple) et sans doute à mieux lire ensuite sa correspondance.

Mais ce qui m’a étonnée avant tout est la façon dont est abordée l’œuvre de George Sand. Jean Chalon reste assez silencieux, se contentant la plupart du temps de citer les œuvres sans en montrer l’intérêt, notamment concernant les derniers romans et se concentrant surtout sur les évènements de sa vie de femme oubliant un peu l’écrivain.

Mais c’est Pierre Salomon qui m’a le plus surprise. Est-ce dû à l’époque de la publication de cette biographie et au fait que les études sur l’œuvre de Sand étaient encore peu développées, mais j’ai noté dans les dernières pages de la biographie écrite par Salomon, des jugements assez durs sur son œuvre. George Sand écrirait presque mécaniquement, sans conviction, en reprenant toujours les mêmes ficelles et essentiellement emportée par son imagination : l’absence d’efforts entraîne l’automatisme (p.164) ; la technique n’est jamais au point (p.165). Son talent résiderait dans son observation de la nature et dans sa capacité à la restituer dans son œuvre. Certaines phrases m’ont fait quelque peu bondir comme : Elle arrange ses souvenirs, elle idéalise son rôle avec une naïveté désarmante (p.161). Ah les femmes peuvent être tellement désarmantes ! Les dernières pages de la biographie de Pierre Salomon ne sont guère à l’avantage de Sand : sa pensée devient timorée (p.160) ; elle mendia trop souvent les faveurs impériales (p.160) ; la matière de cette œuvre si vaste, c’est avant tout la personnalité de son auteur (p.161). Je ne sais si c’est moi, mais il me semble lire là une certaine condescendance qui gomme toute la matière romanesque de Sand et notamment l’intérêt littéraire de son œuvre qui se réduit à n’être qu’un épanchement sentimental inspiré de sa propre vie. Même dans les compliments Salomon semble ne pas pouvoir s’empêcher de glisser quelques nuances : Le Péché de monsieur Antoine, Le Meunier d’Angibault, ne sont pas aussi « intolérables » (p.162), donc ils le sont un peu quand même.

J’ai été très étonnée de ce jugement critique et peu flatteur de l’œuvre de Sand de la part d’un biographe. Non que les biographies doivent être des hagiographies, et il est normal de soulever dans la vie des grands hommes ou des grandes femmes leurs faiblesses, leurs revirements, cependant les jugements émis sur son œuvre me semblent très réducteurs. George Sand était la première à juger son œuvre avec légèreté, même si parfois ce jugement était surtout le résultat d’une humilité certaine et du fait qu’elle ne se prenait pas au sérieux, mais les études multiples sur son œuvre ces dernières années ont bien montré depuis lors que les romans de Sand ne sont pas que des romans de bonnes femmes et que les derniers romans, ceux écrits après 1860 (et que souvent on connaît moins bien car ils sont peu réédités) révèlent autre chose d’un simple romanesque réchauffé.

Ces biographies sont donc teintées, et le titre de celle de Chalon le souligne parfaitement, des préjugés qui ont toujours eu cours sur Sand. Même si on lui reconnait une œuvre engagée, cette imagination toute féminine, cette folle du logis, témoigne bien des jugements toujours un peu dépréciatifs que les hommes portent sur les œuvres des romancières. D’ailleurs pour Salomon, Sand est plus une conteuse qu’une romancière ce qui finit de m’achever !

Une lecture donc qui, si elle m’a permis de mieux connaître les évènements qui ponctuèrent les dix dernières années de la vie de Sand, me laisse un goût amer sur le jugement émis sur son œuvre.

Biographies lues dans le cadre du Challenge George Sand, et du Challenge Romantique.

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