« Le Cahier des mots perdus » de Béatrice WILMOS


wilmos le cahier des mots perdusNous sommes à Marseille en 1940. Jeanne et sa mère Blanche sont dans un café et attendent la venue de Thomas, un ami des parents de Blanche et qu’elle connaît depuis son enfance. Allemand, il a fui son pays devant la montée du nazisme et la répression visant les intellectuels depuis l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Alors que Thomas vient d’arriver au café, il est pris, avec Blanche, dans une rafle. Poussés dans un fourgon, ils laissent Jeanne seule dans le café. Celle-ci, totalement désorientée, serre le sac de sa mère. Elle erre quelque temps dans Marseille, cherchant l’hôtel où sa mère avait réservé une chambre. C’est dans cette chambre, en attendant le retour de Blanche et de Thomas, qu’elle se remémore les évènements qui les ont conduites, elle et sa mère, à Marseille et dans ce café.

Ce roman peut être découpé en trois parties : les souvenirs de Jeanne ; la lecture du cahier que sa mère écrivait durant la longue attente de plusieurs jours dans le café et le dénouement.

Il y a beaucoup de choses dans ce roman, et ce qui m’a surtout intéressée sont les passages sur la répression des intellectuels, des artistes et des journalistes en Allemagne après l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Ces passages à la fois historiques et romanesques sont passionnants car ils montrent l’importance de ces hommes et de ces femmes qui étaient déjà, avant les camps de concentration pour juifs, envoyés dans des camps terribles où beaucoup sont morts. Ils montrent comment un pouvoir peut bâillonner la pensée, la liberté d’expression pour asseoir une politique, pour éviter les oppositions, ils montrent aussi la valeur contestataire de la littérature ou de l’art, sa valeur de liberté aussi, que la littérature n’est pas faite que pour divertir mais pour faire réagir, pour combattre, pour faire circuler des idées.

Quand Béatrice Wilmos évoque l’occupation du point de vue de Thomas, du point de vue du réfugié, elle montre une autre facette de l’occupation. Elle évoque également la fuite des intellectuels et des artistes aux États-Unis, leur longue attente pour obtenir les papiers vers la liberté.

J’ai été moins convaincue par l’intrigue romanesque. Il m’a semblé que la première partie qui évoque les mois voire les années passées, et qui sont racontés par la petite Jeanne était certes bien menée, mais je doute qu’une petite fille de 10 ans ait une telle acuité sur les évènements qui l’entourent, sur les préoccupations des adultes et surtout qu’elle s’en souvienne aussi bien. De même la lecture du cahier de Blanche par Jeanne m’a paru redondante par rapport à la première partie. Certes ce cahier permet d’éclaircir certains faits évoqués dans les souvenirs de Jeanne, mais il y a, à mon sens, trop de répétitions, de retours sur des évènements déjà narrés précédemment. De plus, la lecture de ce cahier rompt le rythme du roman, et finalement, à mon sens, n’apporte rien de vraiment nouveau. Enfin, Blanche revenant sur son enfance, sur sa relation avec Thomas quand elle était encore petite fille, crée un doublon avec la relation de Jeanne et le même Thomas, on se retrouve avec deux petites filles toutes les deux impressionnées par cet homme, certes charismatique et à deux moments très différents de sa vie, mais cela m’a gêné et j’ai perçu cela, encore, comme une redite concernant, cette fois, les sentiments des deux héroïnes.

Enfin, je ne suis pas parvenue à comprendre le personnage de Blanche qui fait tout passer après son amour pour Thomas, jusqu’à abandonner sa fille dans un café en pleine rafle. Pour moi, cette réaction m’est viscéralement incompréhensible et d’un égoïsme monstrueux. L’amour de cette femme pour Thomas, cette passion obsédante, en dehors de toute raison, est un amour égocentrique, jaloux, que Béatrice Wilmos décrit en effet, mais un amour à sens unique qui a sans doute quelque chose de pathologique et face auquel je suis restée très distante.

Le personnage de Thomas est bien la figure tutélaire de ce roman, il en est réellement le pilier, il passionne par son destin, ses convictions, son intelligence, sa beauté aussi sans que l’auteur tombe dans le cliché du beau ténébreux. Il a une vraie consistance, une vraie densité.

Une lecture en demie-teinte, donc.

Roman lu dans le cadre du Challenge Le nez dans les livres et Challenge Amoureux Saison 3 (Amours Historiques).

challenge-le-nez-dans-les-livresChallenge Amoureux saison 3

Salon du Livre de Paris 2013 : Vendredi 22 Mars


salon-livre-paris-2013-22-25-marsRetour au Salon du Livre hier aux alentours de 13h. Déjà trop affamées, Miss Bouquinaix et moi avons dévoré nos sandwichs dans le RER. Nous avons pris au vol Lili Galipette et après un petit périple en métro avons pénétré dans l’antre désiré.

Hier, la journée était dédiée à plusieurs retrouvailles, mais pour commencer nous avons attaqué par le stand monumental d’Actes Sud. Si certains stands sont beaucoup plus restreints que l’an dernier (comme 10/18 par exemple), Actes Sud a prospéré, notamment les tables pour leurs polars. Déjà quelques livres atterrissent dans nos mains avides. Nous retrouvons Val.

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Quand on se retrouve sur le salon, après les présentations, les bises, les « comment ça va? », la question qui vient, qui brûle, est toujours : « Alors ? Tu as acheté quoi ? ». Cette question sera posée et reposée, sans lassitude parfois plusieurs fois à la même personne. Il suffit que nous nous séparions quelques temps sur le salon pour que, une fois à nouveau ensemble, nous faisions le point sur nos achats.

Cette après-midi, beaucoup de monde dans les allées, des hordes de collégiens, écoliers en folie, déguisés en Spirou ou en Titeuf ! Mais, nous sommes combattantes et peu farouches ! Aussi, la Miss, Val et moi n’avons pas reculé devant l’adversité. Les stands se sont succédé avec quelques achats à la clef, mais pas toujours : Joelle Losfeld, discussion avec la personne qui tenait le stand et qui nous annonce que la maison a été acheté par Gallimard, mais garde sont indépendance éditoriale ; L’École des Loisirs, je trouve un album pour Eliot, et comme toujours nous avons droit à de belles cartes postales et à une affiche.

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Hommage à Mario Ramos sur le stand de L’École des Loisirs

Arrêt aussi sur le stand Christian Bourgeois, sur lequel je déniche le dernier roman de Kate Summerscale, parfait pour le Mois Anglais.

15h ! Il est temps de retrouver deux blogueuses, deux amies surtout dont je suis les blogs quotidiennement et qui m’ont permis de les rencontrer : Titine et Miss Léo. La magie opère. L’an dernier Titine et moi avions été frustrées de n’avoir pas eu le temps de plus nous parler. Pour vous donner une idée, je peux vous dire que nous nous sommes bien rattrapées ! Je ne connaissais pas encore Miss Léo, mais elle est tellement à l’image de son blog et de nos échanges sur FB que, très très vite, nous nous parlions comme si nous nous connaissions depuis toujours. Sur le stand de Phébus, où nous nous étions donné rendez-vous, notre conversation s’oriente très vite sur Wilkie Collins (of course !), nous parlons du futur Mois Anglais et d’un auteur anglais au charme évident vivant dans un grand château en Écosse ! Je vous laisse imaginer…

A 16h, je vais retrouver ma soeur à l’entrée. Nous nous perdons dans les allées, mais cela nous permet de faire quelques trouvailles sur le stand de Magellan et Cie. Sur le stand de Ginkgo, me voilà partie dans un éloge du roman d’Isabelle Marsay, Le Fils de Jean-Jacques, qui se trouve sur la table. Après mon speech, j’entends : « Merci ». Je lève la tête et là je constate que l’attaché de presse n’avait pas perdu un mot de mon éloge. Je me présente et elle me dit qu’elle connaît mon blog. Ben voilà, ça c’est fait !

Après avoir cherché en vain, le Café Barcelone (il faut dire qu’à force de papoter nous étions peu concentrées sur le plan du salon), je finis par envoyer un sms à la Miss pour retrouver le trio. Une fois, enfin rassemblées, la sempiternelle question est posée : les deux Miss ont bien alourdi leur sac, mais Titine est restée sage, rien dans son escarcelle.

Titine  nous raconte qu’elle est tombée par hasard sur une fiche fixée sur un roman de chez Albin Michel. Une fiche format carte-postale, éditée par Babelio, et qui présente un avis des internautes de la communauté. C’est ainsi que Titine a eu la surprise de découvrir son propre pseudo sur l’une de ses fiches. Nous sommes étonnées qu’elle n’ait pas été au courant de cette opération, mais du coup nous refaisons un tour des stands à la recherche des dites fiches pour voir si, par hasard, nos speudos ne s’y trouveraient pas, une vraie chasse au trésor. En vain. Seule Titine est la star.

Les jambes et les pieds légèrement en compote, une pause s’impose. Nous décidons d’aller boire quelque chose et de nous poser. Mais avant, ma soeur et moi restons un peu sur le stand Autrement. Un livre sur le féminisme pour ma sœur (oui, c’est de famille !). Enfin posées (Dieu que la terre est basse !), les conversations vont bon train, d’autant que l’heure de la Table Ronde approche à grands pas. Les conseils et les encouragements vont bon train. Non, mais ça va bien se passer. Mais, comme vous le montre la photo, nous restons très souriante et j’affiche alors mon sourire Belfond !

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Titine, votre George, Miss Bouquinaix, Miss Léo

Et là tout se précipite, il est temps d’aller sur le stand Belfond. Nous retrouvons SophieLit, Val, Lili Galipette, l’équipe de Vendredi Lecture : Nathalie, Pauline, Stéphie et Caroline. Les auteurs arrivent petit à petit, nous sommes présentées. Nous nous installons autour d’une table, et c’est parti.

DSCN1553Les premières minutes sont un peu intimidantes pour moi, mais petit à petit, l’ambiance était détendue et amicale, je me sens bien. Les auteurs expliquent leurs rapports aux blogs, et ce qui ressort alors c’est une sorte d’étonnement devant notre capacité à lire, à rédiger. Tous s’étonnent sur le temps que nous devons passer. François Prunier se demande même si nous n’avons pas des assistants. Caroline Vermalle rend hommage aux blogueuses qui ont parlé de son premier roman, et reconnait que si elle est là aujourd’hui, si son dernier roman est en vu, c’est certainement aussi grâce aux blogs.

Les sujets se succèdent et nous avons la sensation, je crois, de leur faire découvrir un monde parallèle, les dessous des blogs qu’ils n’imaginaient pas. Nous évoquons notre rythme de lecture qui a augmenté depuis la création de notre blog, la pression parfois ressentie par la réception de Service Presse, la suspicion aussi qui touche les dits Service Presse. Caroline Vermalle a fait référence à un post sur FB qui évoquait cette suspicion. Elle a expliqué qu’elle avait tenu à faire envoyer sont dernier roman aux blogueuses qui avaient soutenu son premier roman, qu’elle l’avait fait par reconnaissance et amitié et pas dans une vision de com comme le laissait sous-entendre le post.

Nous avons aussi évoqué les affaires houleuses avec certains auteurs ou éditeurs (j’ai placé l’histoire des fers à repasser, hein Cynthia 😉 !). Sophie a d’ailleurs précisé qu’un auteur qui s’en prend à un blogueur ne se rend pas compte parfois que c’est toute une communauté qu’il attaque et que cette communauté est solidaire.

Est venu aussi le sujet problématique parfois des avis négatifs sur nos blogs. Sur ce sujet, les auteurs ont été unanimes, elles sont normales et Frédérique Martin a expliqué que, sur son site, elle mettait les liens autant vers les avis positifs que vers ceux plus mitigés, que c’était le jeu.

Nous avons aussi parlé du plaisir d’écrire notre blog et de leur fréquentation. Nous avons bien sûr toutes reconnu que l’absence de nouveaux billets sur notre blog entraînait une perte de fréquentation, Caroline a souligné qu’elle n’était plus esclave de son blog, qu’elle publiait quand bon lui semblait et tant pis pour la fréquentation, Stéphie était du même avis. A alors été soulevée la question de la pression que l’on peut parfois se mettre, de nos déviances, surtout dans la première année de la création de notre blog, de lire des romans courts pour pouvoir faire des billets (SophieLit, moi-même). Mais, comme j’ai tenu à le dire aussi, cette nécessité d’écrire un billet vient aussi de l’envie d’écrire, tout simplement. Stéphie a également souvent revendiqué notre liberté, notre indépendance et par là même notre volonté d’éviter toute pression. François Prunier nous a encouragé à continuer dans cette voie et nous a même assimilées à des écrivains, rien que ça !

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Nous a été posée la question de savoir si nous avions conscience d’être un média influent. Si nous avons reconnu que le grand nombre de SP que nous recevons était sans doute un indice de l’importance des blogs aujourd’hui dans le paysage médiatique, je crois que nous avons toutes été d’accord pour reconnaître que nous n’avions pas réellement conscience de cette soi-disant influence, que nous faisons notre blog avant tout pour nous faire plaisir.

Au final, les blogueuses ont presque plus parlé que les auteurs. Comme je le disais plus haut, ceux-ci, et ils nous l’ont dit clairement, ont découvert vraiment ce qui se cachait derrière les blogs, que ce soit les échanges constructifs, la multiplication des lectures, nos pratiques, mais aussi les rivalités, les jalousies. Non la blogo n’est pas le pays des Bisounours.

Ce fut une expérience fabuleuse.  Tout d’abord parce que la rencontre avec ces auteurs fut très enrichissante, qu’ils n’étaient pas du tout dans une posture de l’auteur, qu’ils nous ont accueilli sur un pied d’égalité, s’intéressant à ce que nous disions, posant des questions. Ce fut aussi agréable d’avoir enfin l’occasion de parler de nos blogs en dehors de la blogo, de dire ce que nous faisions, d’expliquer aussi que nous ne sommes pas des Critiques, mais avant tout des Lectrices.

Merci aux Editions Belfond, à Caroline Vermalle, à François Prunier, à Frédérique Martin, à Béatrice Wilmos, et aux blogueuses présentes pour ce bel échange. Merci aussi à ma sœur pour son soutien inaltérable, ses photos et bientôt une vidéo, je l’espère.

Voici les achats du jour :

SDL 2013 achats vendredi

Il est temps de lâcher le clavier pour une nouvelle journée sans doute aussi très riche en rencontres !