Petite PAL estivale


Demain matin c’est départ vers la méditerranée, les cigales, les plouf dans la piscine. Une première petite semaine de vacances que j’attendais avec impatience.  La valise des vêtements est quasi prête, elle fut vite faîte : sur ce coup-là j’ai été efficace. Mais c’est la PAL qui a été plus compliquée à concevoir.

Alors quels livres ai-je choisis ?

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« L’Ensorcelée » Barbey d’Aurevilly


Déniché au fin fond de ma bibliothèque, ce roman s’est comme imposé à moi. De Barbey d’Aurevilly, j’avais lu Les Diaboliques et La Vieille maîtresse pendant mes études de lettres. Ces lectures passées étaient essentiellement liées aux cours d’histoire littéraire que je suivais alors. Il m’en ait resté un souvenir puissant, de mystère concernant l’intrigue, au bord du fantastique, et un style particulier, souvent difficile. Je vous déconseille de lire la 4ème de couv. de l’édition Folio qui, une fois de plus, révèle la fin de l’histoire en axant le roman vers un roman policier alors que ce roman est bien autre chose.

En Normandie, le narrateur (qui s’assimile à l’auteur) s’en retourne au pays. Un soir, parvenu dans une auberge mal famée, il fait la connaissance de maître Tainnebouy qui le guide dans la lande déserte et dangereuse de Lessay. La nuit tombe pendant la traversée, et maître Tainnebouy raconte alors au narrateur une histoire bien étrange, que le narrateur va reprendre à son compte, dans un récit enchâssé.

Au lendemain des évènements de la chouannerie, l’abbé de Croix-Jugnan s’installe dans le village de Blanchelande. Ancien chouan, devant la cause perdue, il avait tenté de se suicider en se tirant une balle dans la tête. Recueilli et soigné par une pauvre femme du pays, il garde les cicatrices monstrueuses de son acte, d’autant plus répréhensible pour un prêtre. Dans ce village, Jeanne Le Hardouey, issue d’une famille noble, les Feuradent, a épousé un homme enrichi sur les évènements de la Révolution. A la vue de cet abbé sombre dissimulé par un capuchon noir, elle est comme hypnotisée… Cette femme fière va petit à petit se laissait gagner par un amour interdit et fatal.

Ce petit résumé tient toute l’intrigue. Plus que l’histoire en elle-même, le style de Barbey d’Aurevilly porte tout le roman. Entre romantisme noir, fantastique et symbolisme, Barbey d’Aurevilly nous plonge dans les superstitions, les affres de l’imagination et les malédictions paysannes.

L’imagination continuera d’être, d’ici longtemps, la plus puissante réalité qu’il y ait dans la vie des hommes. (p.38)

Dénonciation de la modernité et du positivisme de ce milieu du XIXème siècle (le roman date de 1855), ce roman mêle des élans de romantisme noir digne Des hauts de Hurlevent ou du Moine de Lewis, à un réalisme d’époque en décrivant le pays natal de l’auteur. Dans une atmosphère sombre, où la nuit révèle ses mystères et ses horreurs, la lectrice que je suis, a goûté avec bonheur un plaisir oublié, celui d’une écriture dense et suggestive. Il ne se passe pas grand chose, tout est plus ou moins suggéré, cet abbé de la Croix-Jugnan apparaît finalement assez peu dans le roman, car ce qui prime, ce ne sont pas tant les faits, que les superstitions, les on-dit de village. L’abbé, homme sombre, monstrueux est assimilé à Satan, l’ange déchu.

C’est un prêtre, – répondit la Clotte.

Les anges sont bien tombés ! – dit Jeanne.

Par orgueil, – répondit la vieille ; – aucun n’est tombé par amour. (p.180)

La malédiction de Jeanne se resserre progressivement sur elle, sans que l’on sache réellement ce qu’elle ressent, si ce n’est dans ces échanges avec la Clotte, vieille infirme au courant du passé de l’abbé. J’ai lu ce roman comme poussée à la fois par le besoin d’en savoir plus et par l’intérêt littéraire, car décidément je me répète, mais Barbey d’Aurevilly a un style bien à lui, très moderne qui m’a rappelé celui de Joris-Karl Huysmans dans Là-Bas qui date pourtant de 1891. Difficile de classer Barbey d’Aurevilly dans un courant littéraire particulier, en cela il est symptomatique de l’échec de cette volonté de faire rentrer les auteurs dans les petites cases de l’histoire littéraire : romantique, réaliste, il annonce aussi le symbolisme décadent que le A Rebours de Huysmans de 1884 incarne parfaitement. Détesté par Hugo, Flaubert ou Zola, il fut l’ami de Léon Bloy et de Huysmans, dandy majestueux il fut le premier, avant Baudelaire à écrire un essai sur le dandysme.

Roman certes alléchant par son thème, il reste cependant d’une lecture délicate bien que savoureuse.