« Paysage perdu » Joyce Carol OATES – Rentrée Littéraire 2017


Il me fallait bien un livre de Joyce Carol Oates pour rompre le silence de ce blog. Pourtant durant ce mois et demi d’absence, j’ai lu de bons romans dont je vous parlerai sans doute dans les jours à venir car ce serait dommage de n’en pas parler, mais pour Paysage perdu en parler est un besoin.

Joyce Carol Oates est l’écrivain contemporain qui tient une place centrale dans mon musée personnel. Je l’ai découverte à peu près en même temps que j’ai ouvert ce blog et c’est d’ailleurs grâce aux blogs que j’ai commencé à la lire avec le roman Nous étions les Mulvaney qui fut un réel choc littéraire. Depuis j’ai lu plus d’une dizaine de ses œuvres (romans et nouvelles) et il m’en reste sans doute plus du triple à lire tant elle est prolixe. Paysage perdu n’est pas un roman, mais n’est pas non plus réellement une autobiographie comme elle s’en explique dans la postface :

« Le premier principe pour écrire des souvenirs est la « synecdoque ». Une partie symbolique est choisie pour représenter le tout. » (p.413) ; « nos vie ne sont pas des romans, et les raconter comme des récits revient à les déformer. » (p.411).

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« Mon autopsie » Jean-Louis FOURNIER – Rentrée Littéraire 2017.


Je n’avais jusqu’à présent jamais rien lu de Jean-Louis Fournier, même si je me souviens bien du succès qu’il avait rencontré à la publication de son livre : Où on va, papa ? qu’il avait consacré à ses deux garçons handicapés. Je ne l’aurais pas nécessairement lu si je n’avais reçu, dans le cadre du Comité de lecture Cultura auquel j’ai participé en juin, ce nouveau roman, ou plutôt cette autobiographie.

Sur le mode du « Je me souviens » de Georges Pérec, Jean-Louis Fournier confie ses souvenirs, se lance dans une introspection d’une façon originale : mort, l’auteur a confié son corps à la science, chaque membre disséqué est l’occasion de plonger dans ses souvenirs, de savoir ce qui se cache dans sa tête, ses mains, son ventre. Egoïne est chargée de le découper en morceau.

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Samedi Sandien #28 : « Histoire de ma vie » (1855)


Samedi Sandien un dimanche, certes mais tant pis! Cette semaine je m’attaque à un gros morceau, puisqu’il s’agit de l’autobiographie de George Sand. Il existe plusieurs éditions : deux éditions intégrales chez La Pléiade par George Lubin, l’autre chez Quarto par Martine Reid, et deux expurgées, l’une éditée par Damien Zanone chez GF (voir ci-dessus), la seconde au Livre de poche par Brigitte Diaz. Toutes ces éditions ont été établies par des professeurs d’université spécialistes de George Sand. L’édition établie par Georges Lubin dans La Pléiade est celle qui fait référence, notamment grâce à l’appareil critique très dense et précis du plus grand spécialiste sandien. Toutefois la particularité de l’autobiographie de George Sand réside dans une première partie consacrée à son père et au Maréchal de Saxe (son ancêtre, puisque sa grand-mère est une fille naturelle du célèbre maréchal). Cette première partie dans laquelle Sand a inséré les lettres de son père à sa grand-mère est assez longue et peut paraître un peu rédhibitoire quand on souhaite aborder la vie de Sand. C’est pourquoi je vous conseille d’opter pour une version en poche qui vous donnera un accès au récit de la vie de George Sand de façon plus directe, même si cela contredit un peu la démarche de George Sand qui n’envisageait pas de raconter sa vie sans raconter au préalable la vie de ses ancêtres.

George Sand commence la rédaction de son autobiographie en 1847 et la poursuit jusqu’en 1855, date de publication. La rédaction s’étale donc sur presque 10 ans, l’interrompant, la reprenant, la corrigeant.

Sand écrit sous le patronage de Rousseau, tout en s’en détachant, voire tout en critiquant son manque d’humilité. Mais au XIXè, écrire son autobiographie c’est forcément se placer sous l’égide de Rousseau et de ses Confessions. Contrairement à Rousseau, Sand ne cherche pas à se justifier, ni à répondre à ses détracteurs :

Qu’aucun de ceux qui m’ont fait du mal ne s’effraie, je ne me souviens pas d’eux ; qu’aucun amateur de scandale ne se réjouisse, je n’écris pas pour lui.

Non, George Sand s’inscrit dans un pacte autobiographique qui dépasse le personnel pour atteindre la majorité. Pour elle, toute expérience humaine, celle des nobles mais aussi des paysans, doit être racontée car peut permettre à ceux qui la lise de s’instruire et surtout de mieux comprendre sa propre vie :

je me suis toujours promis de ne pas mourir sans avoir fait ce que j’ai toujours conseillé aux autres de faire pour eux-mêmes  : une étude sincère de ma propre nature et un examen attentif de ma propre existence. (p.45)

Le projet de son autobiographie s’inscrit donc assez bien dans une conception romantique, puisqu’il s’agit avant tout du récit d’une conscience, mais aussi de la naissance d’un écrivain. Vous ne trouverez donc pas dans les pages de cette autobiographie de détails croustillants sur ses liaisons avec Musset ou Chopin, mais vous aurez l’occasion de découvrir le destin d’une femme au XIXè, une femme qui côtoya le monde artistique et intellectuel, qui croisa Stendhal en voyage, ou Balzac, Liszt et tant d’autres. Qui vous plongera dans la vie théâtrale de l’époque, dans les combats politiques et littéraires.Vous assisterez à la naissance d’un écrivain.

Si j’ai aimé cette œuvre c’est pour la proximité qu’elle nous offre avec son auteur. Sand se livre sans tomber dans la basse confession, rend compte de ses lectures, de ses souffrances d’enfant délaissée par sa mère, de ses interrogations sur la religion, sur l’éducation des filles, sur la place de la femme dans le monde intellectuel régit par les hommes.

Histoire de ma vie est donc une œuvre sans doute essentielle pour mieux comprendre qui fut George Sand, mais aussi pour comprendre une époque. Sa particularité réside notamment dans le fait que Sand se raconte à partir de sa famille, affirmant que l’on s’inscrit toujours dans une histoire familiale précise et que c’est à partir d’elle que l’on se crée. Histoire de ma vie est donc sans doute la première autobiographie moderne écrite par une femme alors même que, pendant sa rédaction, Mémoires d’Outre-tombe de Chateaubriand commence à paraître en feuilletons.

Roman chroniqué dans le cadre du Challenge Romantique, du Challenge Biographie, du Challenge George Sand et de Samedi Sandien : “En 2012 : George lit Sand.