« Arlington Park » de Rachel Cusk


Arlington Park, c’est un peu le Wisteria Lane anglais. Banlieue chic, succession de maisons arrangées avec plus ou moins de goût et des femmes d’une quarantaine d’années, prises dans les affres de la maternité, laissées seules au foyer pendant que les hommes travaillent ou sont au pub. Mais à Arlington Park, il pleut bien plus souvent qu’à Wistera Lane, et on s’y ennuie bien plus.

Dès le début du roman, on ne peut s’y tromper, la pluie est partout, ruisselante, contraignante, déprimante, et colore de gris l’univers de Juliet, Amanda, Maisie, Solly, mais aussi de Stéphanie ou de Christine. Les cinq premiers chapitres sont consacrés l’un à Juliet, l’autre à Amanda, le troisième à Maisie et le quatrième à Solly. Ensuite les femmes se mélangent et apparaissent en filigrane les deux autres femmes citées plus haut. Ce qui rassemble ces six femmes est une désespérance, un ennui voire une conception assez macabre de la vie, l’impression d’être étouffées dans leur couple, contraintes par leurs enfants à une vie dans laquelle elles ne parviennent plus à s’épanouir, bien au contraire, qui leur donne l’impression de mourir et de s’éteindre à petit feu.

mais la vérité était qu’elle ne s’était jamais exprimée, d’aucune manière personnelle. (p.47)

Leur corps se ramollit, est déformé par les grossesses, leur couple vacille, elles se sentent si loin des préoccupations de leur mari.

[…] Tu disais qu’il était important qu’on ait des vies séparées.

C’était avant que je comprenne que vie séparée signifiait que tu partais surfer le week-end pendant que je m’occupais des enfants. (p.233)

Une matinée passée dans le grand centre commercial proche de chez elles, est vécue comme un intermède fabuleux, comme un moment volé et tant pis si ce qu’elles finissent par acheter semble, à leur retour, dérisoire.

C’est un roman bien noir et peu optimiste sur la vie de ces femmes destinées à élever leurs enfants et à s’occuper de leur intérieur, à tel point que certaines d’entre elles en deviennent maniaques à outrance. Ces femmes sont border-line, au bord du suicide, ont perdu tout intérêt, voire tout amour pour leur mari ou pire, leurs enfants qu’elles ne voient que comme des perturbateurs de l’ordre, ou responsables de leur déchéance physique. Le noir à outrance (Juliet voit son mari comme son assassin) a eu tendance à me rendre ce roman un peu too much. Aucune de ces femmes ne semble s’en sortir, et je me suis dit que trop c’est trop.

L’autre souci que j’ai eu avec ce roman tient à sa conception. Comme je le disais au début de ce billet le roman commence par donner aux quatre femmes un chapitre, puis nous avons un chapitre indépendant, très (trop) descriptif sur le jardin d’enfant et la pluie, et ensuite une succession de chapitres qui reviennent plus ou moins sur les femmes décrites dans les premiers chapitres. Il me manque un lien, certes le fil conducteur est cette désespérance, mais la conception du roman ne m’a pas paru aboutie, et soudain, Christine finit par monopoliser le roman, sans plus de raison que cela, si ce n’est qu’elle est sans doute la plus vindicative.

Une lecture donc un peu bancale, une vision trop noire pour être vraiment réaliste à mon goût, peu de nuance dans la perception de ces femmes, peu d’espoir non plus à part la rébellion (le conflit) ou l’acceptation.

Roman lu dans le cadre de l’Objectif PAL Noire (102-2=100), d’une LCA avec L’Or, Bianca et Mrs Pépys (moins sévère que moi, mais un avis également mitigé) (les liens seront rajoutés au fur et à mesure) et du Challenge God save the Livre. Pour suivre, au jour le jour, mon avancée dans l’Objectif Pal Noire vous pouvez lire mon Journal et rendre visite à ma co-équipière L’OR.