Descentes estivales en librairies


2015 août Librairie VillardL’été, les vacances sont faits pour flâner, pour découvrir de nouveaux lieux, il est donc normal que mes flâneries estivales aient porté mes pas dans quelques librairies. Malgré mes PAL d’été qui devaient me garantir contre le manque de livres et les achats intempestifs, je n’ai pas pu résister. Que voulez-vous on ne se refait pas.

Quand on a le temps de lire, et quand on a été à nouveau capable de lire un livre tous les deux jours, on se sent ragaillardi et, par là même, les pavés, les romans en deux tomes, ne nous font plus peur du tout. Sauf que, bien évidemment, le temps des vacances est éphémère. Et même si l’on sait que, une fois septembre entamé, le temps semblera plus filant, que les longues matinées à lire ne seront plus que de doux souvenirs, on espère, on se dit que cette année on s’organisera mieux, on arrêtera d’oublier son roman sur sa table de nuit, on lira entre deux cours… Bref, on y croit !

(suite…)

« Miss Mackenzie » Anthony Trollope


Miss Mackenzie a une trentaine années, et a passé sa vie  à jouer les gardes malades auprès de son père, d’abord, puis auprès de son frère cadet. A la mort de celui-ci, elle touche son héritage qui lui ouvre alors les portes de la liberté. Elle s’installe à Littlebath, dans une résidence confortable, prend en charge l’éducation de l’une de ses nièces, fille de son deuxième frère, et tente de s’insérer dans la petite société. Sa nouvelle position financière fait alors d’elle une femme convoitée. Trois hommes vont prétendre à sa main : Mr Rubb, associé de son frère, le clergyman, Mr Maguire et son cousin, le baronnet, John Ball. Mais ces trois hommes ont tous quelque chose qui fait hésiter Miss Mackenzie : le premier, un peu filou, n’est pas un gentleman, le second a un oeil louche, le troisième est triste et affublé d’une ribambelle de gamins, sans parler d’une mère jalouse de son rang et particulièrement exécrable.

Miss Mackenzie est une femme libre, libérée par l’héritage et décidée, mais assez ignorante des usages sociaux. Sa maladresse la conduit à quelques bévues. Ce qui la sauve c’est qu’elle sait parfaitement ce qu’elle veut et ce qu’elle ne peut souffrir, quitte à aller contre les usages.

Si peu qu’elle connût le monde, elle n’était pourtant pas prête à sacrifier sa personne et sa nouvelle liberté, son pouvoir nouveau et sa fortune nouvelle…. (p.29)

Anthony Trollope est résolument du côté de son héroïne, et tout le roman est écrit pour nous la rendre sympathique et permettre au lecteur de mieux la comprendre, elle, ses choix, ses hésitations, ses décisions. Par le biais d’intrusions d’auteur, Trollope use d’une ironie délectable :

Pauvre Miss Mackenzie ! Je crains bien que ceux qui lisent cette chronique de sa vie n’aient déjà pris la liberté de la juger plus durement qu’elle ne le méritait. (p.83)

Le terme de « chronique » employé fréquemment par Trollope est intéressant car, il fait de ce roman un récit chronologique, se voulant objectif, se contentant de relater les faits comme le ferait un historien. Dans ce sens, les intrusions d’auteur, les appels à la compréhension du lecteur entrent bien dans cette volonté, mais Trollope, par son ironie, laisse entendre aussi, une prise de parti, qui contredit la démarche.

L’autre élément intéressant de ce roman, est l’intertextualité : Miss Mackenzie est souvent comparée au personnage d’une nouvelle de Perrault : Grisélidis (La Marquise de Salusses ou la Patience de Griselidis). Dans cette nouvelle de Perrault, la jeune Grisélidis est la victime d’un mari tyrannique, qui la met à rude épreuve pour tester sa fidélité et sa patience. D’après Wikipedia : À travers ce conte, Perrault nous offre un miroir de son époque, et en particulier de la haute société, avec notamment une évocation du faste de la vie à la cour, ou encore des scènes de noces. En comparant Miss Mackenzie à Grisélidis, Trollope fait de son héroïne un exemple de constance. La métaphore se file alors avec une autre référence : Le Loup et la Brebis allusion à la fable de La Fontaine Le loup et l’agneau (on peut s’interroger d’ailleurs sur la traduction). Cette double comparaison issue de deux apologues entraîne alors à percevoir le roman de Trollope comme un récit exemplaire.

Ce roman est aussi, bien sûr, une description de la société victorienne, avec ses codes, ses hiérarchies, ses problèmes d’héritage, d’argent, et au centre le mariage et ses machinations diaboliques.

Ce roman est une pure merveille qui se lit comme on se délecte d’un plat à la fois raffiné, savoureux et épicé. Je suis certaine que Trollope n’a pas fini de me séduire, et il me tarde de découvrir d’autres romans de cet auteur.

Roman lu dans le cadre d’une LC avec Estellecalim (seule rescapée!), du challenge Trollope, du Challenge Victorien et du Challenge ABC Babelio lettre T.