« L’Amour selon madame de Rênal » Annie Leclerc


Il y a parfois des rencontres livresques auxquelles on ne s’attend pas…

J’ai une manie, un peu narcissique, qui consiste à cocher, à la fin des livres, là où les éditeurs listent les romans parus dans la même édition, ceux que j’ai lus… à la fin de La Grand-mère de Jade, je tombe sur ce titre mystérieux : L’Amour selon madame de Rênal d’Annie Leclerc… bizarrement, je venais juste de terminer la correction de devoirs portant précisément sur  un extrait du Rouge et le Noir de Stendhal, roman culte pour moi, lu et relu plusieurs fois…

Samedi dernier je me rends au salon du livre, et au stand des éditions Actes Sud, je cherche ce roman… les vendeurs ne le trouvent pas et pourtant le stock indique quatre exemplaires… trois personnes ( c’est drôle, j’avais écrit « personnages) et moi-même cherchons, en vain… alors que, frustrée, j’y renonce, un homme m’indique une responsable qui est réputée pour retrouver les livres introuvables… elle file, et revient avec le roman trois minutes plus tard…

A quoi tient finalement la découverte d’un roman dont seul le titre m’a attirée, dont je ne connaissais pas même l’existence de l’auteur ? Et pourtant, quelque chose m’attirait, étrangement vers ce roman, il me le fallait, j’étais sûre qu’il allait me plaire, j’en sentais presque l’écriture avant même de le lire.

En ouverture, une préface de Nancy Huston (encore un signe, me dis-je), une préface, que dis-je, un texte sensible pour une amie morte depuis, qui n’a pas pu achever son roman, ce roman que je tiens dans mes mains…

Et puis, voilà : 70 pages de pur délice, un style, une sensibilité, une compréhension du roman de Stendhal, une puissance dans l’évocation des tourments de Madame de Rênal, celle que souvent on délaisse au profit de Mathilde de la Môle, celle que l’on trouve trop mièvre, trop maternelle, celle à laquelle je ne me suis jamais identifiée, préférant la fougue de Mathilde, et son caractère d’insoumise… et pourtant, est-ce l’effet des années et de la maternité, soudain, Madame de Rênal, grâce à Annie Leclerc, m’est apparue si proche, comme une amie que l’on redécouvre…

Là aucune faute de style, aucune mièvrerie, tout est dans l’évocation, la justesse du sentiment… soudain nait le besoin de relire Le Rouge et le noir, comme l’a fait Nancy Huston, le besoin de comprendre comment Annie Leclerc a pu, si bien, saisir toute la profondeur de ce personnage féminin… Qui lit Le Rouge et le noir se doit de lire ce petit roman que l’on aurait aimé plus long… quelle tristesse aussi de se dire que cet auteur, Annie Leclerc, n’a pas eu la force de le mener à son terme, écrire ne sauve pas de la mort, mais comme elle l’écrit si bien : « Alors, le cahier, c’est la vie qui dure » (p.61), oui son roman, c’est la vie qui dure…

Coup de Coeur 2010

Note : 9/10