« Nouvelles Policières » André Vallée


Je reçois souvent des propositions de lectures de la part de petits éditeurs, selon le thème des romans, j’accepte ou non de lire ces livres, et cela pour plusieurs raisons. La première, parce que je trouve intéressant de découvrir la production de maisons d’édition plus confidentielles, la deuxième, car cela m’a souvent permis de faire de belles découvertes. Mais parfois, aussi, il faut le reconnaître, c’est une déception. Et malheureusement ce fut le cas pour ce recueil de nouvelles, et je vais tenter de vous expliquer pourquoi, car plusieurs raisons essentielles sont en cause.

La première raison vient de l’édition du texte. Comme c’est le premier ouvrage édité par cette maison d’édition, que je lis, loin de moi, la volonté de faire, ici, une généralité, je ne parlerai donc que de l’édition de l’ouvrage que j’ai eu entre les mains. Sans être une obsédée des erreurs d’édition (je peux concevoir quelques coquilles malencontreuses), plusieurs erreurs ont ponctué ma lecture et me l’ont gâchée, ce qui est bien dommage. Ces erreurs se comptent principalement par trois, mais il ne s’agit que des plus récurentes.

La première, un problème concernant des signes du discours, direct comme indirect libre. Ainsi les guillemets, dits français, sont utilisés pour signaler le début d’un discours direct (ce qui est d’usage), mais le tiret, pour la réplique suivante, n’est jamais utilisé ; ils sont également utilisés lors d’un discours indirect libre, qui, pourtant, ne nécessite pas de guillemets.  Enfin, les guillemets sont parfois utilisés parfois non, sans que l’on sache réellement ce qui explique leur présence ou leur absence.

La deuxième concerne l’emploi abusif et répétitif des deux points. On en trouve à toutes les sauces, à chaque page (ou presque). Si les deux points permettent d’alléger les phrases de prépositions ou de conjonctions, leur surabondance devient pénible d’autant que bon nombre d’entre d’eux auraient tout simplement pu être remplacés par de simples virgules ou points.

La troisième est étrange. En effet dans ce livre, les heures sont bizarrement indiquées et cela, non pas une fois, mais systématiquement. Ainsi, 17h, devient 1700h, ou 14h30 se transforme en 1430h. Comme s’il y avait eu une « correction » automatique, mais, visiblement, pas de relecture, et pourtant cela saute littéralement aux yeux.

Cela peut paraître assez anecdotique, mais on trouve également « petit-déjeûner » écrit de la sorte (p.86), ou des formules étranges comme : « Le policier lui raconta alors les téléphones de Valérie » (p.87) ; des descriptions pour le moins paradoxales : « Il avait d’abord été attiré par le physique de cette fille, adorable et toute menue, tellement femme avec ses rondeurs de bébé » (p.188) ; un « vieux bonhomme » qui finalement se révèle avoir 36 ans (p.68) ; des libellules qui ont « une grâce d’extraterrestre » (p.61) etc.

Voilà, à peu près, ce qui m’a empêchée dans ma lecture, qui m’a énervée, ou tout simplement gênée. J’ignore comment les épreuves sont préparées et relues, mais il semble que, du moins pour cet ouvrage-là, on soit allé un peu vite en besogne.

La deuxième raison de ma déception touche les récits eux-mêmes, mais dans une moindre mesure.

Il s’agit donc de quatre nouvelles relatant quatre intrigues policières totalement indépendantes et ne reprenant pas les mêmes personnages. Les idées de départ sont toujours assez intéressantes, mais le problème réside principalement dans plusieurs invraisemblances qui font que la mécanique du récit court et bien ficelé tombe à l’eau. La première nouvelle est sans doute la plus caractéristique car il n’y pas de chute, le maître-chanteur est arrêté, point final. On ne sait pas pourquoi il s’en est pris à l’héroïne, quel lien éventuel il pouvait y avoir entre elle et lui, l’homme sera simplement arrêté sans que le lecteur en sache plus sur le personnage. Bref, une nouvelle qui s’achève en pétard mouillé.

Les trois autres nouvelles sont plus prenantes, mais l’auteur reste dans des thèmes assez classiques, et j’ai regretté certains développements qui n’apportaient rien surtout dans le cadre du nouvelle dont le genre se veut ramasser, concis et efficace. J’ai davantage eu l’impression de lire quatre petits romans plutôt que quatre nouvelles.

Je sais bien que la critique est aisée et que la mienne, ici, peut être un peu dure, pourtant je n’ai pas envie de m’en excuser, car j’ai pris la peine de lire ce recueil dans son intégralité, de rédiger un billet qui m’a demandé une heure et demi, et que j’ai l’impression d’avoir fait mon « travail ». Loin de moi la volonté de donner des leçons, je ne juge pas l’ouvrage et la façon d’un point de vue professionnel, mais simplement d’après mon expérience de lectrice et d’amoureuse des livres bien faits. Les Éditions Persée m’ont fait parvenir d’autres ouvrages qui, je l’espère sincèrement, me feront mentir.

Recueil lu dans le cadre du Challenge Thriller.