« Secrets d’Histoire : Madame George » – Stéphane Bern


george sand nadarHier soir était diffusée l’émission Secrets d’Histoire, présentée par Stéphane Bern, consacrée à George Sand. Vous pensez bien que j’étais rivée à ma télé dès  20h50. Une émission entière consacrée à Sand, ce n’est pas si fréquent et j’avais hâte de voir ce qu’il allait en ressortir.

Je vous propose ce matin un petit débrief faisant état de mes impressions.

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« Emmeline » Alfred de MUSSET.


Musset emmelineLa collection Folio 2€ me donne l’occasion de découvrir deux nouvelles d’Alfred de Musset : Emmeline publié en 1837 et Croisilles de 1839. La première fut publiée la même année que Nuit d’octobre, poème faisant partie des Nuits, recueil indéniablement écrit en référence à George Sand. L’année d’avant, il publiait La Confession d’un enfant du siècle, roman sur sa relation avec George Sand. Or en lisant Emmeline, une petite voix me disait que cette héroïne avait quelques points communs avec cette dernière et certaines phrases semblent comme inspirées de leur relation.

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« On ne badine pas avec l’amour » d’Alfred de MUSSET


Musset on ne badine pasQuand on prend le pseudo George en référence à George Sand, on a forcément une certaine tendresse pour Alfred de Musset, tendresse qui pousse parfois même à baptiser son chat de ce prénom.

Hier après-midi, j’ai voulu me rafraîchir la mémoire et j’ai repris mon vieil exemplaire rassemblant les pièces les plus célèbres de Musset. Ce pauvre exemplaire présente les défauts des GF Flammarion, la colle sèche et la tranche a lamentablement craqué, du coup les pages se séparent. Le temps a aussi son effet sur les livres.

Alfred de Musset écrit On ne badine pas avec l’amour en 1834, de retour de Venise et après sa rupture avec George Sand. L’écriture de cette pièce est mue par une commande de Buloz, directeur de la célèbre Revue des deux mondes. Musset n’est guère enthousiaste, mais il l’écrit en deux mois avant de se lancer dans la rédaction de La Confession d’un enfant du siècle.

Alfred de Musset appartient à la deuxième génération romantique, celle qui commence vers 1830 et dont George Sand fait également partie. Il est romantique dans l’âme et influencé, pour le théâtre, par les préceptes de Victor Hugo sur le drame romantique.

Pour parler d’une pièce de Musset, il est un peu nécessaire de se replacer dans le contexte. Victor Hugo dans sa préface à Cromwell (1827) et Stendhal, avant lui en 1823, dans Racine et Shakespeare, en avaient posé les principes. Comme à chaque changement d’époque, la littérature évolue. Le drame romantique veut donc rompre essentiellement avec le carcan des règles classiques : volonté de réalisme, personnages ambivalents et originaux, mélange des tons (comique, tragique, drame) et prose. Musset est sans doute celui qui a le plus suivi les préceptes du drame romantique et cette pièce, et plus encore Lorenzaccio écrite en 1833, y répond assez fidèlement. Musset a donc largement contribué à l’éclosion du drame romantique sur la scène du théâtre des années 30.

A une époque indéterminée, Perdican revient dans le domaine de son père après des études de droit qu’il a suivies à Paris. Le voilà érudit. Parallèlement, sa cousine, Camille, vient de sortir du couvent et se rend également chez le baron pour récupérer l’héritage de sa mère. Les deux jeunes gens se revoient donc après avoir été séparés quelques années. Le baron, père de Perdican, est bien décidé à les marier. Depuis leur enfance, Perdican et Camille étaient promis à ce mariage, mais l’attitude froide de Camille, devenue dévote accomplie, semble remettre en question leur union. Si Perdican semble nostalgique de ce temps de l’enfance innocente, Camille donne l’impression de l’avoir oublié. Entre eux va donc s’engager un jeu dangereux dont Rosette, la soeur de lait de Camille, va en être la principale victime.

Sa rupture avec George Sand va fortement marquer l’œuvre d’Alfred de Musset : dans ses poèmes (6 poèmes lui sont explicitement dédiés), dans son œuvre romanesque (La Confession d’un enfant du siècle) et bien sûr dans ses pièces de théâtre. Leur passion alimentée par de nombreuses lettres va donc nourrir l’œuvre, ce qui est aussi le cas pour George Sand, mais sans doute avait-elle une plus forte capacité à se remettre. Je ne reviendrai pas sur les rebondissements divers de cette liaison qui fut bien tumultueuse. Quoiqu’il en soit, dans l’œuvre de Musset, George Sand apparaît souvent comme une femme froide, hautaine, qui a oublié leur amour, comme en témoigne ces vers :

Toi qui me l’as appris, tu ne t’en souviens plus
De tout ce que mon coeur renfermait de tendresse,
Quand, dans nuit profonde, ô ma belle maîtresse,
Je venais en pleurant tomber dans tes bras nus !

La mémoire en est morte, un jour te l’a ravie
Et cet amour si doux, qui faisait sur la vie
Glisser dans un baiser nos deux cœurs confondus,
Toi qui me l’as appris, tu ne t’en souviens plus.

Camille, comme George Sand, ne souhaite pas se souvenir du passé. Ayant écouté les récits des amours défuntes de ses consœurs de couvent, Camille craint l’amour sans l’avoir connu. Son âme est déchirée entre sa foi et sa volonté de retourner au couvent, et son désir d’amour pur et réel entaché par les histoires d’abandons et de tromperies qu’on lui a racontées. Perdican se montre plus désinvolte. Il a connu des femmes, mais l’amour, le vrai, semble lui avoir échappé, ce qui ne l’empêche pas de croire à l’amour et préfère souffrir d’amour que de n’aimer jamais. Cette pensée de Perdican est d’ailleurs une pensée de George Sand :

On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de la tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. (Acte II Scène V)

Cette réplique, que l’on associe toujours à Alfred de Musset, est en fait un extrait d’une lettre de George Sand à Musset (12 mai 1834). On voit à quel point Sand le hante. La douleur dans l’amour est bien sûr un trait fortement romantique, mais Musset a le talent de transcender le vécu pour le mettre au service de son art, et sa pièce ne peut être perçue comme autobiographique.

Les éléments du Drame Romantique sont bien présents, avec des personnages, comme le Baron ou le curé, maître Bridaine (surtout porté sur la bouteille) ou l’ancien précepteur de Perdican, maître Bladius. Le Baron ne cesse de s’étonner de tout, ne comprend rien aux comportements de ses enfants. Ces personnages permettent une rupture de ton en provoquant des scènes assez comiques.

L’autre élément romantique est cet anticléricalisme très présent dans cette pièce. Louise l’amie de couvent de Camille apparaît comme une femme aigrie, triste et ayant perdu toute espérance ; la gouvernante de la jeune fille, Madame Pluche est une femme acariâtre et le couvent en lui-même apparaît peuplé de femmes aigries et malheureuses influençant les jeunes novices :

Il y a deux cents femmes dans ton monastère, et la plupart ont au fond du cœur des blessures profondes ; elles te les ont fait toucher, et elles ont coloré ta pensée virginale des gouttes de leur sang. Elles ont vécu, n’est-ce pas ? et elles t’ont montré avec horreur la route de leur vie ; tu t’es signée devant leurs cicatrices, coe devant les plaies de Jésus ; elles t’ont fait une place dans leurs processions lugubres […] O mon enfant ! Sais-tu les rêves de ces femmes, qui te disent de ne pas rêver? Sais-tu quel nom elles murmurent quand les sanglots qui sortent de leur lèvres font trembler l’hostie qu’on leur présente ? (Acte II, scène V).

Enfin, et je n’ai pu m’empêcher de penser à Jane Austen, quand Musset, dans sa pièce, condamne l’orgueil qui aveugle et fait commettre les pires actes : L’orgueil, le plus fatal des conseillers humains […] qu’es-tu venu faire sur nos lèvres, orgueil, lorsque nos mains allaient se joindre ? (Acte III, Scène VIII).

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le badinage, hérité du marivaudage, sur l’utilisation des lettres, sur les scènes épiées par un autre personnage, sur les quiproquos, sur l’innocence sacrifiée, mais je vous laisse découvrir ou redécouvrir tout cela.

Pièce lue dans le cadre du Challenge Romantique

challenge romantique

« …et moi, où suis-je, pauvre George ! »


Il y a longtemps que je voulais relire les quelques pages  (à peine 24 dans La Pléiade) qui composent ce Journal Intime de George Sand. Je l’avais lu une première fois pendant mes études de Lettres, une amie me l’avait conseillé, et je l’avais emprunté à la bibliothèque universitaire. Je me souviens très bien de cette première lecture. Je me revois dans mon lit, parcourant ces pages passionnées, et ressentant fortement les sentiments mêlés de désespoir, de tourments et d’amour.

Ce Journal est disponible dans le tome 2 de La Pléiade consacrée à Sand, et uniquement consacrée à ses œuvres autobiographiques, Gallimard n’ayant pas jugé bon d’éditer l’œuvre romanesque de Sand, pour des raisons que je serais bien curieuse de connaître. Il est aussi disponible, du moins l’était-il, dans une collection « L’école des Lettres » chez Seuil.

Ce texte court couvre 15 jours de la vie de George Sand entre le 15 et le 28 novembre 1834. Sand et Musset ont rompu depuis leur retour de Venise (Musset est rentré en Février, Sand rentra bien plus tard, fin 1834). On sait que Sand eut une liaison avec le médecin italien de Musset, Pagello, qui déchaîna la jalousie du poète, et fit monter le scandale autour de George Sand. Ce journal rend donc compte essentiellement du désespoir de Sand face à cette rupture et au désintérêt de Musset pour elle. On y lit la souffrance, le manque, le désespoir de n’être plus aimée et d’aimer toujours pourtant, la passion charnelle aussi.

Quel est ce feu qui dévore mes entrailles ? il me semble qu’un volcan gronde au-dedans de moi, et que je vais éclater comme un cratère. […] J’embrasserai maintenant dans mes nuits ardentes le tronc des sapins et les rochers dans les forêts en criant votre nom, et, quand j’aurai rêver le plaisir, je tomberai évanouie sur la terre humide. (p.963)

De désespoir elle a coupé ses cheveux, pénitente, elle demande, supplie un signe de l’homme qu’elle aime. A ce désespoir vient s’ajouter sa position de femme célèbre, que l’on observe, que l’on juge, elle est la femme scandaleuse dont on parle à voix basse quand elle se rend au théâtre :

Moi, pauvre garçon ! on me regarde et puis on dit : « C’est George Sand. – Voyons ? voyons ? où donc ? Ah! » (p.967).

Au desespoir s’ajoute la médisance et la curiosité.

Texte sensible, passionné, intime et personnel dont les accents romantiques sont indéniables, mais avant d’être une oeuvre littéraire, ce journal est le témoignage d’une femme désespérée et amoureuse, au bord du suicide et de la folie, cherchant partout une solution pour moins souffrir, ne pouvant se résoudre à cette rupture.

Dites donc des grands mots et faites des phrases, fais-en toi-même,malheureuse femme qui écrit sans savoir quoi et qui ne sait rien, rien, sinon que tu aimes, à en mourir. (p.970)

Dans ces pages elle incarne, sans fard, pour elle-même, cette femme romantique des années 1830, et l’on perçoit alors Sand dans sa complexité face à Dieu, face à son identité (elle se nomme par son pseudo, s’habille en homme, fume ses cigarette), face à ses amis (Delacroix, Saint-Beuve…). Soudain ce que l’on sait de son oeuvre, de ses romans, et ce que l’on lit dans ces pages intimes ne font qu’un et montre à quel point le romantisme n’était pas qu’une posture littéraire mais bien un état d’âme d’une génération passionnée.

J’ai les cheveux coupés, les yeux cernés, les joues creuses, l’air bête et vieux, et là-haut (au théâtre), il y a toutes ces femmes blondes, blanches, parées, couleur de rose, des plumes, des grosses boucles de cheveux, des bouquets, des épaules nues ; et moi, où suis-je, pauvre George ! (p.913)

Sand rencontre, en ce mois de novembre 1834, Eugène Delacroix, qui l’immortalise en costume d’homme et montre ses cheveux coupés. Luigi Calamatta effectuera cette gravure d’après le portrait fait à l’époque par Delacroix :

Concernant l’histoire de ce texte, la très bonne préface du grand sandiste Georges Lubin, explique que nous ne possédons pas l’autographe (perdu ou brûlé). Le texte est une copie faite par Mme Joubert, amie de Musset qui l’avait chargée de conserver les lettres et ce journal de Sand. La partie d’une page a été arrachée nous privant donc ainsi d’une partie du texte. Ce texte fut donc contesté puis réhabilité comme étant bien de Sand. Paul Musset le cita abondamment, et mal intentionnellement dans le roman qu’il écrivit sur la liaison de son frère avec Sand, dans Lui et Elle, alors même que Sand pensait ce document brûlé. On imagine quelle dût être sa réaction en découvrant cet « emprunt ».

Sans doute faudrait-il aussi relire la correspondance de Sand et Musset pour compléter ces pages, cette correspondance amoureuse sans doute la plus belle de la littérature.

Oeuvre lue dans le cadre du Challenge Dames de Lettres, du Challenge Romantique, du Challenge Biographie , du Challenge George Sand et défi Samedi sandien : »En 2012, George lit Sand ».

Samedi Sandien #7 : « Elle et lui » (1859)


Elle et Lui fait parti des romans les plus connus de George Sand, sans doute parce qu’il est étroitement lié à la liaison de George Sand avec Alfred de Musset.

George Sand et Alfred de Musset se sont connus en juin 1833, lors d’un dîner rassemblant les collaborateurs de la célèbre Revue des deux mondes, dirigée par François Buloz. C’est Musset qui, touché par la lecture de Lélia en Juillet, écrivit alors à Sand : Je suis amoureux de vous. Je le suis depuis le premier jour où j’ai été chez vous.

Ils firent un long séjour à Fontainebleau, durant lequel ils écrivirent ensemble, et c’est ainsi que George Sand donna à Musset l’idée de Lorenzaccio.
Leur liaison fut tumultueuse, et fit les gorges chaudes du petite monde littéraire.

George Sand par Musset en 1833.

En novembre 1833, ils partent pour l’Italie, et notamment résident à Venise. Leur liaison s’effiloche, Musset sort et hante les bordels. Il tombe malade, Sand le soigne et fait venir à son chevet le médecin Pietro Pagello, qui devint l’amant de Sand. Musset guéri, rentre en France laissant Sand à Venise dans des conditions financières très difficiles. Elle finit pas rentrer en France en août accompagnée de Pagello. Pourtant les deux anciens amants ne cessent de correspondre, et leurs lettres sont sans doute les plus belles lettres d’amour de la littérature française. Pagello jaloux, inconsistant devant la figure romantique du poète, retourne en Italie. Sand et Musset renouent, mais les crises sont de plus en plus fréquente et ils se séparent à nouveau provocant le désespoir de Sand, qui, geste symbolique, coupe ses cheveux et les envoie à son amant. Ils rompent définitivement en mars 1835.

J’ai voulu vous raconter cet épisode de la vie de George Sand, puisque le roman Elle et Lui reprend beaucoup d’éléments biographiques de la liaison entre les deux écrivains, tout en en créant d’autres. Thérèse est George, Laurent est Musset. Les séjours à Fontainebleau et à Venise sont aussi présents dans le roman. Certains éléments diffèrent notamment le fait que Thérèse a un fils enlevé par son père. Mais dans le fond, la trame reprend l’histoire d’amour entre Sand et Musset.

Sans être un roman passionnant, Elle et Lui est surtout un document littéraire qui entraîna une querelle, notamment avec le frère aîné de Musset, qui en colère contre Sand, riposta par un roman intitulé Lui et Elle paru six mois après le roman de Sand. Musset est mort en 1857, et son frère Paul, qui lui vouait un véritable culte, veut ainsi prendre la défense de la mémoire de son frère qu’il juge dénigrée dans le roman de Sand. Musset avait lui-même évoqué sa liaison avec Sand dans son roman Confession d’un enfant du siècle. La passion de ces deux êtres est un amour romantique, un symbole, une illustration vivante des tourments romantiques. Ces deux êtres unis par la littérature, êtres siamois, d’une même sensibilité, se retrouvent autour de leurs oeuvres, et leur conception de l’écriture. Cette passion a permis l’éclosion d’oeuvres littéraires magistrales de la part de Musset : Les Caprices de Marianne, On ne badine pas avec l’amour (avec la fameuse tirade qui reprend une lettre écrite par Sand à Musset), mais aussi de nombreux poèmes dédiés à Sand. Les spécialistes de Musset ont généralement une dent acérée contre George Sand, l’accusant d’avoir asséché le génie de Musset, alors qu’elle semble avoir surtout été une Muse, bien que rebelle. Pour vous en convaincre lisez donc ce poème de Musset dédié à Sand et intitulé Souvenir.

L’avantage est que ce roman est largement disponible dans les librairies en format poche et vous pourrez le découvrir dans différentes éditions. POur compléter la lecture de ce roman je peux vous conseiller également l’ouvrage édité par José-Luis Diaz qui tente de rendre compte de l’épisode vénitien à travers la correspondance des deux amants mais aussi de leurs amis :

Enfin, le film de Diane Kuris Les enfants du siècle (malgré quelques défauts) retrace également la liaison passionnée entre Musset (Benoit Magimel) et George Sand ( Juliette Binoche).

Bien à vous


 

Dimanche Poétique #32


A George Sand (II)

Telle de l’Angelus, la cloche matinale
Fait dans les carrefours hurler les chiens errants,
Tel ton luth chaste et pur, trempé dans l’eau lustrale,
Ô George, a fait pousser de hideux aboiements,

Mais quand les vents sifflaient sur ta muse au front pâle,
Tu n’as pu renouer tes longs cheveux flottants ;
Tu savais que Phébé, l’Étoile virginale
Qui soulève les mers, fait baver les serpents.

Tu n’as pas répondu, même par un sourire,
A ceux qui s’épuisaient en tourments inconnus,
Pour mettre un peu de fange autour de tes pieds nus.

Comme Desdémona, t’inclinant sur ta lyre,
Quand l’orage a passé tu n’as pas écouté,
Et tes grands yeux rêveurs ne s’en sont pas douté.

A  George Sand (VI)

Porte ta vie ailleurs, ô toi qui fus ma vie ;
Verse ailleurs ce trésor que j’avais pour tout bien.
Va chercher d’autres lieux, toi qui fus ma patrie,
Va fleurir, ô soleil, ô ma belle chérie,
Fais riche un autre amour et souviens-toi du mien.

Laisse mon souvenir te suivre loin de France ;
Qu’il parte sur ton coeur, pauvre bouquet fané,
Lorsque tu l’as cueilli, j’ai connu l’Espérance,
Je croyais au bonheur, et toute ma souffrance
Est de l’avoir perdu sans te l’avoir donné.

Alfred de Musset Poésie Posthumes

Dimanche Poétique #31


LA MUSE

Apaise-toi, je t’en conjure ;
Tes paroles m’ont fait frémir.
Ô mon bien-aimé ! ta blessure
Est encor prête à se rouvrir.
Hélas ! elle est donc bien profonde ?
Et les misères de ce monde
Sont si lentes à s’effacer !
Oublie, enfant, et de ton âme
Chasse le nom de cette femme,
Que je ne veux pas prononcer.

 

Extrait de « La Nuit d’Octobre » d’Alfred de Musset

 

Retrouvez d’autres poèmes en ce beau dimanche :

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L’or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

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Dimanche Poétique #17


Un poème doublement de circonstance en cette période de salon du livre et de pagaille gouvernemental… comme quoi les années passent mais rien ne change vraiment :

Sonnet au lecteur

Jusqu’à présent, lecteur, suivant l’antique usage,
Je te disais bonjour à la première page.
Mon livre, cette fois, se ferme moins gaiement ;
En vérité, ce siècle est un mauvais moment.

Tout s’en va, les plaisirs et les moeurs d’un autre âge,
Les rois, les dieux vaincus, le hasard triomphant,
Rosafinde et Suzon qui me trouvent trop sage,
Lamartine vieilli qui me traite en enfant.

La politique, hélas ! voilà notre misère.
Mes meilleurs ennemis me conseillent d’en faire.
Être rouge ce soir, blanc demain, ma foi, non.

Je veux, quand on m’a lu, qu’on puisse me relire.
Si deux noms, par hasard, s’embrouillent sur ma lyre,
Ce ne sera jamais que Ninette ou Ninon.

Alfred de Musset

Et toujours mes remerciements à Celsmoon pour ces dimanches poétiques !

Dimanche Poétique #11


En ce jour de Saint-Valentin, un poème d’amour est de circonstance….

(George Sand par Musset 1833)

SOUVENIR

J’ai vu ma seule amie, à jamais la plus chère,
Devenue elle-même sépulcre blanchi,
Une tombe vivante où flottait la poussière
De notre mort chéri,

De notre pauvre amour, que, dans la nuit profonde,
Nous avions sur nos cœurs si doucement bercé !
C’était plus qu’une vie, hélas ! c’était un monde
Qui s’était effacé !

Oui, jeune et belle encor, plus belle, osait-on dire,
Je l’ai vue, et ses yeux brillaient comme autrefois.
Ses lèvres s’entr’ouvraient, et c’était un sourire,
Et c’était une voix ;

Mais non plus cette voix, non plus ce doux langage,
Ces regards adorés dans les miens confondus ;
Mon cœur, encor plein d’elle, errait sur son visage,
Et ne la trouvait plus.

Et pourtant j’aurais pu marcher alors vers elle,
Entourer de mes bras ce sein vide et glacé,
Et j’aurais pu crier : « Qu’as-tu fait, infidèle,
Qu’as-tu fait du passé ? »

Mais non : il me semblait qu’une femme inconnue
Avait pris par hasard cette voix et ces yeux ;
Et je laissai passer cette froide statue
En regardant les cieux.

[…]

Je me dis seulement : « A cette heure, en ce lieu,
Un jour, je fus aimé, j’aimais, elle était belle. »
J’enfouis ce trésor dans mon âme immortelle,
Et je l’emporte à Dieu !

Ce poème d’Alfred de Musset fut écrit en février 1841 (l’histoire ne dit pas si c’était le 14! ), il est dédié à Aurore Dupin, George Sand… A chaque fois, lire ce poème provoque en moi des frissons…

Merci à Celsmoon pour ces dimanches poètiques… d’autres poèmes sur d’autres blogs…. par LA

Dimanche Poétique #2


musset2

JAMAIS

Jamais, avez-vous dit, tandis qu’autour de nous
Résonnait de Schubert la plaintive musique ;
Jamais, avez-vous dit, tandis que, malgré vous,
Brillait de vos grands yeux l’azur mélancolique.

Jamais, répétiez-vous, pâle et d’un air si doux
Qu’on eût cru voir sourire une médaille antique.
Mais des trésors secrets l’instinct fier et pudique
Vous couvrit de rougeur, comme un voile jaloux.

Quel mot vous prononcez, marquise, et quel dommage !
Hélas ! je ne voyais ni ce charmant visage,
Ni ce divin sourire, en vous parlant d’aimer.

Vos yeux bleus sont moins doux que votre âme n’est belle.
Même en les regardant, je ne regrettais qu’elle,
Et de voir dans sa fleur un tel cœur se fermer.

Alfred de Musset
In Poésies Nouvelles