Un Livre dans la Boîte ! #3 – Deuxième épisode.


un livre dans la boîteIl y a presque deux semaines, je présentais les ouvrages jeunesse et ado que j’ai reçu en mars. Aujourd’hui, voici les romans « adulte » reçus sur la même période.

Des romans très variés par leur sujet, venant de différentes maisons d’édition, des auteurs que je connais pour avoir déjà lu un ou plusieurs de leurs romans, d’autres que je vais découvrir, mais tous ont attiré ma curiosité de lectrice.

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Bilan mensuel de lecture : Février 2016


logo-bilan-mensuel1Février cette année nous a offert un jour de plus pour clore nos lectures, un petit bonus d’un jour, c’est toujours bon à prendre ! Le miracle de janvier s’est reproduit ce mois-ci, chaque livre lu a eu droit à son billet, je maintiens donc le cap !

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« Plus froid que le Pôle nord » Roddy DOYLE


Doyle plus froid

A Dublin, Sandra, mère de Johnny et Tom, 12 et 10 ans, est lasse des colères violentes de sa belle-fille Erin. Cette dernière, au moment de l’adolescence, est en colère contre sa mère, Rosemary, qui avait décidé de tout quitter dix plus tôt en partant s’installer à New-York. Le sentiment d’abandon de la jeune fille la ravage et elle ne peut s’empêcher de s’en prendre aux autres membres de sa famille. Tandis que Sandra emmène ses fils en Laponie, au nord de la Finlande, pour un safaris d’hiver, Rosemary décide de revenir en Irlande pour reprendre contact avec sa fille. Un chapitre sur deux, le lecteur suit les aventures des frères en Laponie et les retrouvailles entre Erin et sa mère.

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« Un autre amour » Kate O’RIORDAN – A Year In England #6


O'Riordan autre amourConnie et Matt Wilson forment un couple heureux. A Londres, il vivent avec leurs trois garçons. Matt est dentiste, Connie a créé une petite entreprise de cartes postales décalées avec son amie Mary. Ils s’offrent un séjour à Rome où ils rencontrent, soit disant pas hasard, Greta, une amie d’enfance, mais aussi, et surtout, l’ancien amour de jeunesse de Matt. Greta vit un deuil très douloureux voire impossible, et Matt décide, un peu sur un coup de tête de rester quelques temps à Rome avec elle. Connie rentre donc seule à Londres. Que dire aux enfants ? Comment faire avec les clients du cabinet ? Et pourquoi Matt ne téléphone pas et reste si évasif sur sa date de retour ? Connie doit tout gérer et est traversée de mille interrogations, de doutes…

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« Emmeline » d’Elizabeth Bowen


Elizabeth Bowen est une romancière irlandaise,  mais l’intrigue de ce roman se situe à Londres dans les années 30. Deux jeunes femmes, Emmeline et Cécilia, vivent ensemble depuis le décès récent du mari de Cécilia, frère d’Emmeline. Celle-ci dirige une agence de voyage, l’autre est oisive, et aime voyager. Lors d’un retour de voyage, Cécilia fait la connaissance de Markie.

Il va m’être assez difficile de vous parler de ce roman, dont la lecture a été longue et entrecoupée de plusieurs autres romans. Autant vous dire, que certains détails de l’histoire sont un peu tombés aux oubliettes. Pour synthétiser, le lecteur suit, en parallèle, les hésitations amoureuses des deux héroïnes, et tout cela est enrubanné dans des digressions, des récits faisant intervenir plusieurs personnages secondaires, dont, je dois avouer, la fonction me paraît, pour certains, peu pertinente. J’ai réellement eu l’impression de m’enliser dans des considérations, des réflexions, des tourments que je n’ai pas toujours compris. Outre le fait que Markie est un homme exécrable et que l’on ne voit pas bien ce que peut lui trouver Emmeline, la valse des sentiments m’a étourdie au point de me faire chuter. Je crois n’avoir pas compris le fond du problème car pour moi, ces deux histoires d’amour (Emmeline-Markie ; Cécilia-Julian) m’ont paru superficielles et ne m’ont ni émue ni intéressée. Céline du Blog Bleu, lors d’échanges sur FB, a trouvé le mot juste : il s’agit d’une « histoire paresseuse« . C’est languissant à souhait à tel point que j’avais du mal à poursuivre ma lecture, me sentant moi aussi paresseuse à continuer.

On pouvait penser que l’analyse psychologique ou des sentiments, comme la pratiquent si bien une Edith Wharton ou une Jane Austen, aurait pu permettre une lecture plus intéressante, mais Elizabeth Bowen, dans ce roman-ci du moins et d’après moi, ne parvient pas à rendre les tourments de ses héroïnes clairs et pertinents. Je n’ai pas compris ses héroïnes, je n’ai pas compris leur histoire d’amour, et même leur amitié ne me semble pas si bien rendue que cela alors que la quatrième de couverture semble en faire un ressort essentiel. Bref, il semble que je sois passée totalement à côté.

Pourtant, je dois reconnaître qu’il se dégage de ce roman une atmosphère quelque peu envoutante qui justifie sans doute le fait que, finalement, je sois parvenue à la fin du roman. Mais ce dernier aurait très bien pu être allégé d’une bonne centaine de pages pour le rendre plus dynamique.

Roman lu dans le cadre du Mois Irlandais,du Challenge PAL Express et du Challenge ABC Babelio.

PAL Express : -9

« Carmilla » de Sheridan Le Fanu


Ce court roman de Sheridan Le Fanu, auteur irlandais, date de 1871, soit plus de 26 ans avant le célèbre Dracula de Bram Stocker. L’ambiance, malgré la date tardive, rappelle les romans gothiques de l’époque romantique : jeune fille pure, mélancolie, ruines, soirs de pleine lune, qui s’explique sans doute par une intrigue placée au début du XIXème. Les vampires, nous le savons bien, sont loin d’être un phénomène littéraire récent, et existait déjà bien avant la quadrilogie de Stephenie Meyer qui n’est qu’une vulgarisation aseptisée. Chez les romantiques français le thème du vampire et de l’attraction sexuelle était déjà présent :  chez Dumas avec La Dame pâle (1849) ou chez Gautier avec La Morte amoureuse (1836), sans parler de la littérature anglaise. Ici Le Fanu fait de son récit le témoignage d’une victime recueilli par le Docteur Hesselius qu’il auréole de connaissances scientifiques tentant ainsi de donner foi au récit que le lecteur se propose de découvrir. Ce témoignage est donc postérieur des faits de plusieurs années, et la mort de la narratrice fait désormais de son récit la seule trace des évènements que l’on va lire.

Le récit commence par le souvenir d’une nuit d’angoisse, durant laquelle la narratrice alors âgée de 6 ans, vit apparaître à son chevet une jeune fille exceptionnellement belle qui prit place dans son lit. La petite fille se rendort mais est soudain réveillée par la sensation de deux piqûres dans la gorge. Plusieurs années plus tard, l’arrivée en catastrophe d’une certaine Carmilla et de sa mère, va replonger la narratrice dans ses souvenirs d’enfance, et dans son angoisse d’alors.

Le Fanu reprend tous les mythèmes du vampirisme : jeune ingénue et candide, femme belle et mystérieuse, attraction sensuelle voire sexuelle, épidémie, langueur et parleur, dents pointues et morsures, cimetières, pleine lune, pieux dans le coeur et décollation pour éradiquer le monstre etc. Tout y est si ce n’est, et cela est à noter, que le vampire ici est une jeune fille qui s’en prend exclusivement à d’autres jeunes filles, ce qui entraîne donc le roman sur le chemin d’une attraction homosexuelle, et qui donne au roman une dose supplémentaire de sensualité et d’interdit. Le texte de Le Fanu est très explicite à ce sujet  :

Une légère rougeur aux joues, elle fixait sur mon visage un regard plein d’un feu languide, en respirant si vite que son corsage se soulevait et retombait au rythme de son souffle tumultueux. On eût cru voir se manifester l’ardeur d’un amant. J’en étais fort gênée car cela me semblait haïssable et pourtant irrésistible. (p.54)

Ce roman se déguste avec un léger frisson qui nous parcourt le dos, même si vers la fin la candeur de la narratrice a tendance à frôler l’aveuglement, pour ne pas dire autre chose. Il fait cependant son petit effet, et une fois commencé on ne veut plus le lâcher jusqu’à la fin. Le style qui se veut proche de l’oralité m’a paru parfois un peu maladroit, notamment dans les nombreuses parenthèses, ou les adresses aux lecteurs guère nécessaires, mais de façon générale le rythme de la narration fait oublier ces petites maladresses.

Ce roman a été lu dans le cadre du Challenge PAL Express, du Challenge Romantique, du Mois Irlandais et Challenge ABC Babelio lettre L.

PAL Express : – 1

« Le Prince heureux et autres contes » d’Oscar Wilde


J’ai découvert ce petit recueil de contes du grand Oscar totalement par hasard, et je ne le regrette pas car j’ai fait la connaissance avec une autre facette de l’auteur que je ne connaissais pas.

Trois contes sont donc recueillis dans cette édition destinée à la jeunesse. Le premier, Le Prince Heureux, est une histoire d’amour fabuleuse entre une hirondelle et une statue dorée à l’or fin. Le statue désespérée par la misère qui l’environne décide de venir en aide aux plus démunis, mais ne pouvant descendre de son socle, elle fait de la belle hirondelle son messager. Conte moral sur la fatuité des idoles richement honorées, sur le dévouement, sur l’amour pur, sur la misère des hommes et des enfants.

Le second conte, Le Rossignol et la rose, est un chant désespéré. Wilde oppose le monde humain au monde animal, et notamment aux oiseaux, les plus beaux poètes. L’amour humain se révèle ici versatile, et capricieux, alors que le rossignol se sacrifie tout entier au nom de cet amour si volatile.

Enfin, Le Géant égoïste reprend, comme son titre l’indique, un personnage traditionnel des contes. Ce conte est un hymne à l’enfance, aux jeux, à l’innocence, mais aussi à la nature, dans lequel l’image christique s’invite étrangement.

Oscar Wilde, dans ces contes, respecte parfaitement les règles du genre : les animaux et les statues parlent, on y trouve des géants, un brin de féérie, une morale etc. mais Wilde y insère son cynisme qui renouvelle le genre. L’Hirondelle comme le Rossignol sont deux symboles de l’amour pur que l’homme dénature et sacrifie, certains aspects m’ont fait penser aux sonnets de Ronsard, poète que Wilde admirait, ai-je lu quelque part. La fin des contes n’est donc pas si simple, et laisse un goût désenchanté, et cela même si, finalement certains se finissent bien. Se lit donc ici une vision assez pessimiste de l’homme par comparaison au monde pur et désintéressé des oiseaux ou des enfants.

Recueil lu dans le cadre du Mois Irlandais et du Challenge Victorien.

« On s’est déjà vu quelque part? » Nuala O’Faolain


Je m’apprête à rédiger un billet qui me trotte dans la tête depuis que j’ai commencé à lire cette autobiographie ! Il y a tant à dire, que je ne sais pas trop par où commencer !

Beaucoup de phrases soulignées, de pages cornées, d’émotions, d’interrogations ont ponctué ma lecture !

Mais commençons par le début. Avant que Violette ne propose ce livre pour le Club des Lectrices, j’avais entendu parler de cette auteure irlandaise dans la presse, j’avais appris sa mort récente en 2008, bizarrement je sentais que quelque chose m’attirait vers ses romans. On s’est déjà vu quelque part?, n’est pas un roman mais une autobiographie essentiellement centrée sur les années 70, même si se glissent plusieurs souvenirs d’enfance. Nuala O’Faolain est née à Dublin au début des années 40, dans une Irlande patriarcale et excessivement marquée par l’emprise de la religion. Mais cette autobiographie ne reprend pas le schéma traditionnel, les souvenirs se succèdent au gré des réminiscences, des noms et des lieux évoqués. Ce n’est pas, à proprement parler, un récit chronologique. En introduction, Nuala O’Faolain expose son pacte autobiographique :

« On s’est déjà vu quelque part? Vous êtes quelqu’un? » demandent-ils. Bon – suis-je quelqu’un? Je ne suis personne selon les critères du monde mais, après tout, qui décide qu’on est quelqu’un? Comment quelqu’un est-il fait? Je n’ai jamais rien fait de remarquable, comme la plupart des gens. […] J’ai eu envie de faire un compte rendu de ma vie. J’en avais fini avec cette vie de l’ombre. Je me suis assise pour écrire mon introduction, et j’en ai appelé à ma fierté. Je l’ai transformé en Mémoires. (p.10)

En postface, elle affirme : Pour le Noël suivant, cette histoire de ma vie – écrite pour moi, comme pour venir à bout de moi-même – avait tout changé. Elle avait toute seule empli le vide qui m’aurait sans doute attendue. (p.275)

Et c’est cela qui est magnifique dans cette autobiographie, cette confession, cette recherche de soi qui devient finalement notre propre recherche. Cette autobiographie, cette vie est marqué par trois ou quatre éléments essentiels : les livres, l’Irlande, la solitude.

Les premiers sont le socle de Nuala : La chose la plus utile que j’ai gardée de mon enfance est la confiance en la lecture. (p.36). Sa mère passait ses journées entre les pages d’un livre et l’alcool : J’ai dû voir déjà chez ma mère que lire est un refuge. Qu’ « On » ne peut pas vous atteindre quand vous avez un livre. (p.37). Et cette phrase en postface a résonné en moi comme si elle était née sous ma propre plume : « Rat de bibliothèque », c’est ainsi qu’on m’appelait à l’école. C’est vrai. J’ai creusé mon chemin à travers mes lectures, et personne ne pourra jamais me les enlever. (p.268). Paradoxalement cette autobiographie d’une auteure, est finalement davantage l’autobiographie d’une lectrice, et comment la lecture fut un moyen de se protéger mais aussi de se construire. Les allusions aux auteurs irlandais sont nombreuses (Alice Munro entre autres), les rencontres, les discussions dans les pubs, on découvre une effervescence intellectuelle dans une Irlande pesante, silencieuse, grignotée par le manque d’argent, l’alcoolisme et la violence des pères.

L’Irlande est bien sûr l’autre élément fondamental de cette autobiographie. Nuala O’Faolain traite de l’Irlande du côté des femmes. Elle décrit, en partant de sa propre famille, les ravages de l’alcoolisme, conséquence directe d’un patriarcat oppressant. Plusieurs pages sont consacrées au sort de ces femmes mariées à des hommes qui les dénigrent, les battent, ces femmes que les maternités successives emprisonnent, l’absence de contraception, les enfants non désirés, abandonnés, les vies et les carrières brisées de ces femmes.  Nuala fut partagée entre obéir à la tradition, de façon inconsciente et malgré l’exemple de sa mère, et le « quelque chose » en elle, qui l’en a préservé. Elle a détesté cette Irlande sombre, ce Dublin mortifère d’où elle a su s’échapper, mais au prix d’une certaine solitude.

La solitude dans cette autobiographie prend plusieurs visages ! La solitude des femmes que l’on refuse d’entendre, la solitude des enfants mal aimés par leur père, la solitude de Nuala incapable de construire une relation avec un homme. Sans doute les dernières pages, la postface, mettent le plus en lumière cet ingrédient que l’on sent tout le long de l’autobiographie. Solitude d’une femme qui ne se pas mariera pas, qui n’aura pas eu d’enfants, qui trouvent du réconfort dans les livres, et auprès d’un petit chien et d’un chat au regard tendre, mais aussi auprès de centaines de lettres de lecteurs reçues après la publication en Irlande de son autobiographie, ces paroles d’hommes et de femmes qui se sont reconnus dans ses mots (maux) à elle. Mais solitude aussi au sein même de sa fratrie, découverte de l’histoire de son frère Don, de sa perception qu’il avait de ce père si absent, et d’elle-même, intellectuelle dont il se sentait si éloigné.

Ce livre, mais cela vous l’aurez compris, m’a profondément émue, bouleversée, par l’intelligence qui s’en dégage, une intelligence sensible. La voix de Nuala a résonné en moi pendant ces six jours de lecture avec une telle intensité ! C’est magistral, et en écrivant ce billet je prends conscience de l’effet qu’a eu sur moi cette lecture, de cette sorte de tendresse que émane de cette femme. Il y a une telle franchise, une telle sensibilité, une telle réflexion sur la vie, la lecture, la condition des femmes, mais aussi une telle maîtrise de l’écriture, une façon d’aborder l’autobiographie avec originalité que je ne peux que vous conseiller cette lecture. De mon côté, je sais que ma rencontre avec Nuala O’Faolain ne s’arrêtera pas là, et je suis heureuse de savoir qu’il me reste tant à lire d’elle !

Quand j’ai appelé mes Mémoires On s’est déjà vu quelque part? c’était surtout pour devancer les gens hostiles qui auraient pu dire de moi écrivant sur moi-même : pour qui se prend-elle? Je n’aurais jamais imaginé éveiller cette chose qui ressemble à l’amour. (p.277)

Lu dans le cadre du Club des Lectrices

 

« Fin de partie » Samuel Beckett


Samuel Beckett n’est pas un auteur facile, et sa publication aux Editions de Minuit aurait tendance à confirmer cette réputation. Pourtant c’est un auteur qui me suit depuis de nombreuses années, pour tout dire depuis mon DEUG de lettres Modernes. Comment aborder une œuvre comme celle-là ? où trouver nos repères ? Certaines œuvres ne peuvent, me semble-t-il, n’être abordées qu’avec un peu de préparation. On ne se lance pas dans une lecture d’une pièce de Beckett, comme dans n’importe quelle autre lecture. Tout est déconcertant, chamboule notre logique, et, un peu comme avec Kafka, Beckett nous demande de nous réadapter, de changer notre point-de-vue et nos certitudes. C’est sans doute ce que j’apprécie le plus dans son écriture.

Quatre personnages sont présents en scène : Nagg, Nell, Hamm et Clov. Les deux premiers sont enfermés dans des poubelles, le troisième trône sur un fauteuil roulant, le dernier, boiteux, est le seul à pouvoir se déplacer. A l’extérieur, plus rien ni personne ne subsiste :

« HAMM. – Et le soleil ?

CLOV (regardant toujours). – Néant.

HAMM. – Il devrait être en train de se coucher pourtant. Chercher bien. »

Les suppositions vont bon train, mais les tentatives de rationalisation ne me semblent pourtant pas d’un grand intérêt. Je trouve dérisoire de vouloir trouver une explication réaliste aux pièces de Beckett. S’agit-il de personnes qui ont trouvé refuge après une guerre nucléaire ? cela importe peu, ce qui compte c’est la situation, et ce qui se dit ou plutôt ne se dit pas.

« HAMM. – On n’est pas en train de… de… signifier quelque chose ?

CLOV. – Signifier? Nous, signifier ! (Rire bref.) Ah elle est bonne ! »

Le langage et l’absence de sens (qui pourtant en donne!) me fascinent. J’aime ces soliloques, ces ruptures dans la communication, chacun enfermé dans son monde et sa logique, continuant un dialogue dont le contexte a disparu, un langage sur le mode de la répétition et du prosaïque, bref de l’Absurde.

La vision de Beckett sur l’homme est fortement pessimiste, l’homme, animal pensant, perd cependant, au moment de mourir, toute conscience, et toute sa vie devient alors vaine. Nos gestes sont répétitifs, nos préoccupations quotidiennes reflètent la vacuité de notre existence. Beckett nous force à nous interroger sur le sens de notre vie. Et si je préfère la vision plus optimiste d’un Camus (« il faut imaginer Sisyphe heureux »), celle de Beckett résonne en moi malgré tout.

Par Leiloona