« La Chartreuse de Parme » Stendhal #1


Avant de commencer quelques précisions sont nécessaires. Tout d’abord je précise que je n’ai pas eu le temps de relire ce roman, et que j’envisage d’en parler pour cette LC à partir de mes souvenirs de lecture. J’ai dû lire ce roman au moins 3 ou 4 fois, pour l’avoir eu au programme de mes études de Lettres. Eh oui quand on est étudiante en lettres à Grenoble, lire Stendhal et étudier ses romans coule de source. Je vais donc vous en parler à partir de quelques points qui ont laissé une empreinte très marquante dans ma mémoire. Mais en préparant mon billet, en parcourant ce roman, en relisant les phrases, mes notes dans les marges, soudain un immense regret a vu le jour, le regret de ne pas l’avoir relu. Du coup, je prévois de le relire bientôt et donc de donner une suite à ce billet.

Je ne rentrerai pas dans le détail de l’histoire de Fabrice Del Dongo, mais j’ai surtout envie de vous parler de ce personnage, anti-héros stendhalien, passionnant et paradoxal. Comme Julien Sorel dans Le Rouge et le noir, Fabrice a des rêves de gloire, mais sa naïveté, son inexpérience des codes sociaux, et surtout sa soif d’héroïsme vont être confrontés à une réalité bien moins romanesque. On pense bien sûr tout de suite à la scène célèbre de Waterloo, quand Fabrice (ah la fameuse focalisation interne !!!) totalement perdu au milieu du champ de bataille révèle une réalité guerrière bien loin de ce qu’il avait pu imaginer.

L’ironie stendhalienne a quelque chose à voir, me semble-t-il avec celle de Voltaire. Ainsi les intrusions d’auteur entraînent-elles une vision trouble du héros, et font sourire : Par une autre faiblesse de notre héros, que nous avouerons aussi naturellement que nous avons raconté sa peur dans le bureau de police au bout du pont, il avait les larmes au yeux (p.270), Et Fabrice bien que toujours appelé « héros » est souvent bien peu héroïque.

Cela m’amène à parler des intrusions d’auteur dont Stendhal raffole , et moi aussi, ça tombe bien : Mais pour le moment, nous sommes obligés de laisser Fabrice dans sa prison, tout au faîte de la citadelle de Parme ; on le garde bien, et nous l’y retrouverons peut-être un peu changé. Nous allons nous occuper avant tout de la cour, où des intrigues fort compliquées, et surtout les passions d’une femme malheureuse vont décider de son sort. (p.375).

J’aime ces ruptures du récit, et cette façon de mener le lecteur par la main, de rompre l’illusion romanesque en nous tirant par la manche, et nous laisser croire que nous suivons l’auteur dans l’écriture de son roman.

Enfin, l’épisode pour moi le plus marquant de ce roman est sans conteste, l’emprisonnement de Fabrice en haut de la tour Farnèse et sa rencontre avec Clélia Conti, la fille du geôlier. Cette partie du roman est d’autant plus présente dans mon esprit, que j’avais dû faire un exposé en amphi sur le thème de la prison dans La Chartreuse, mais aussi parce que la façon dont Stendhal envisage l’emprisonnement de Fabrice a de forts et étonnants parallèles avec un passage quasi similaire dans Consuelo de George Sand. Dans les deux cas, il s’agit de prisons heureuses, et Béatrice Didier en parle dans sa préface au roman dans l’édition Folio classique. Du haut de cette tour, dans cette position verticale d’élévation, Fabrice goûte au bonheur de la contemplation du paysage, mais aussi de la découverte de l’amour. Comme Julien Sorel du haut de son rocher contemple l’aigle et rêve au destin de Napoléon, Fabrice du haut de sa tour, surpris de n’y être pas malheureux se convainc presque qu’il est un héros !

Dans l’optique du Challenge Stendhal, on peut voir cette œuvre comme un roman clef dans la création de Stendhal. Bien qu’écrit en 7 semaines, comme le veut la légende, ce roman est très dense et rassemble les thèmes importants de l’œuvre de l’auteur : l’Italie, l’amour cristallisé, une vision négative du père, une idéalisation de Bonaparte, un héros paradoxal, l’ironie et une réflexion sur l’héroïsme. Sans doute moins lu que Le Rouge et le noir, peut-être à cause de son épaisseur qui peut dissuader, ce roman offre aussi une vision historique, la fin de l’emprise de l’Autriche sur l’Italie ! Roman donc riche, et dont il est difficile de saisir toute l’ampleur.

Il y aurait bien sûr encore beaucoup à dire, mais je me réserve pour mon deuxième billet. Vous pouvez aller lire les différents avis de : Tiphanie ; Céline  ; Aymeline ; Elodie ; Nathalia ; Cynthia ; Viviana ;

« Ecrire » Marguerite Duras


Avec ce billet, j’entame un rattrapage, un flash-back dans mes Lectures d’Avant le Blog. Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai choisi ce texte plutôt qu’un autre, sans doute parce que le souvenir que j’en garde est précieux. J’ai eu ma période Duras, comme on dit. Pourtant notre première rencontre fut houleuse, voire pire. J’étais en seconde et la prof de français nous avait mis Barrage contre le pacifique, au programme. Ce fut une lecture douloureuse, ennuyeuse, à tel point que Marguerite et moi, à la fin de ma seconde, ont été pas du tout copines.

L’année d’après, mon prof de latin (il y a comme cela des profs dont on se souvient…), vient à me parler de Duras : « – J’ai beaucoup de mal avec Duras… », j’étais assez balèze en euphémisme déjà à l’époque. La conversation s’engage et mon prof me glisse :  » – Lisez Les Petits chevaux de Tarquinia, et nous en parlerons ». Comme j’étais une élève consciencieuse, j’ai suivi le conseil de mon mentor. Et… depuis Marguerite et moi, on s’entend beaucoup mieux.

Ecrire est un texte, un essai peut-être, plutôt une réflexion sur l’écriture, sur cette fonction, cette nécessité d’écrire. Le style est limpide, bref, fait de petites phrases, de petits paragraphes lapidaires qui nous poussent à notre tour, à réfléchir. C’est bien sûr aussi un étude intéressante sur Duras écrivain. Sur la page de garde de mon exemplaire, j’avais marqué cela : « Fin septembre 93 – Grenoble », j’avais donc 21 ans, j’étais en fac de lettres.

En feuilletant mon exemplaire, je suis tombée sur trois paragraphes soulignés au crayon à papier :

Le Solitude, c’était ça aussi. Une sorte d’écriture. Et lire c’était écrire. (p.44)

et plus loin :

L’écriture c’est l’inconnu. Avant d’écrire on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en tout lucidité. / C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible, douée de pensée, de colère, et qui quelquefois, de son propre fait, est en danger d’en perdre la vie. (pp.64/65)

et enfin :

L’écrit ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit, et ça passe comme rien d’autre ne passe dans le vie, rien de plus, sauf elle, la vie. (p.65)

Pourquoi ces phrases-ci et pourquoi pas d’autres ? qu’est-ce qui m’a poussée, à l’époque, à souligner ces lignes ? Sans doute ma propre interrogation sur la solitude et la lecture, mais sans doute aussi, parce que ces notes sur l’écriture qui avance toute seule, qui crée un monde, me fascinaient et me fascinent encore aujourd’hui. J’aime lire les interrogations des écrivains sur leur art, comment ils écrivent, où, quand. En le découvrant, j’ai l’illusion de croire que je les connais un peu mieux. Dans texte, Duras s’interroge également sur sa relation avec ses livres, de la différence entre ce qu’elle a voulu écrire et la façon dont cela a été perçu une fois le livre paru, détaché d’elle.

Ce texte est finalement une belle entrée en matière pour aborder l’œuvre de Duras.

Photo de Boris Lipnitzki

De Duras, depuis Le Barrage contre le pacifique et Les Petits chevaux de Tarquinia, j’ai lu L’Amant, La Douleur et Moderato Cantabile.

Challenge Le Nez dans les Livres

Lectures d’avant….


En parcourant les blogs je suis tombée sur un billet de MyaRosa qui m’a donné envie de lui emboîter le pas. En effet dans ce billet, MyaRosa déplorait le fait que certains livres lus avant l’ouverture de son blog n’y figurent pas, alors même qu’ils avaient compté pour elle.

Depuis longtemps je déplore aussi ce manque. Mon blog n’est ouvert que depuis un peu moins de deux ans et demi, et mon vie de lectrice a débuté depuis au moins 30 ans…. Dois-je vous faire un schéma ?

Le problème est de parler de ces lectures alors même qu’elles sont anciennes, et que, comme le fait remarquer MyaRosa, leur souvenir s’est parfois un peu effacé.

Il s’agira donc de faire des billets moins développés que pour des lectures récentes, mais suffisamment cependant pour ne pas tomber dans une simple liste ou un simple recopiage des 4ème de couv. Cette initiative me permettra de laisser ici la trace de ces lectures. Quand je parlerai d’une Lecture d’Avant j’y apposerai ce logo en fin de billet. De plus, j’essaierai de tenir à jour ici la liste des livres chroniqués dans le cadre de ces Lectures d’Avant, avec un lien vers mes billets.

Photo de Christian Slagmulder

Si l’idée vous séduit, libre à vous d’y participer aussi et d’adopter mon logo !