« Dans la ville des veuves intrépides » de James CANON


canon les veuvesLe Club des Lectrices avait envie de sortir un peu des frontières de l’Europe pour explorer d’autres continents, et c’est vers l’Amérique Latine et plus précisément la Colombie que son choix s’est porté avec un roman de James Canon, de nationalité colombienne mais qui écrit en anglais.

Dans la Ville des veuves intrépides se déroule donc dans un petit village de Colombie, Mariquita, en 1992. Un beau dimanche matin, une cohorte de guérilleros débarque dans le village et réquisitionne avec violence tous les hommes du village, assassinant sauvagement ceux qui tentent de fuir. Désormais, seules les femmes restent, mis à part le padre Rafael. Que vont-elles devenir ? Et comment vont-elle subvenir à leurs besoins ?

Le roman est composé de plusieurs portraits et histoires de certaines des femmes du village. Ces portraits permettent également de raconter l’évolution du village, son organisation sur une période de 15 (ou 17 ?) ans. Chaque portrait est également suivi de témoignages d’hommes engagés soit dans l’armée paramilitaire, soit avec les guérilleros ou encore dans l’Armée nationale colombienne. Ces témoignages révèlent les exactions commises par les trois camps, et montrent donc toute la violence de cette révolution.

La composition de ce roman est un de ses premiers atouts, même si, au fil des pages, une certaine lassitude m’a gagnée et si les témoignages des hommes ont suscité chez moi une certaine angoisse.  L’autre intérêt est le ton de la narration. Un humour et une certaine folie règnent dans ces pages ce qui permet de suivre les aventures un peu rocambolesques de ces femmes avec souvent un sourire aux lèvres.

Mais ce qui m’a vraiment intéressée est la création de cette communauté de femmes, de cette mise en œuvre d’une société matriarcale qui, d’année en année, parvient à créer une société régit sur le mode du partage et pose cependant certaines problématiques évidentes comme la reproduction, l’amour homosexuel et l’émancipation féminine. Ces femmes ne sont pourtant guère épargnées par l’auteur. Elles sont souvent fortement poilues, hommasses, très corpulentes, un peu hargneuses, et, il faut le dire, passablement castratrices : le petit Julio devient travesti, le padre est impuissant et les 4 jeunes garçons, seuls mâles potentiellement reproducteurs, rêvent que leur pénis a disparu ou que des seins leur ont poussé. Ainsi, non seulement les hommes ont disparu, mais ceux qui restent ont perdu toute virilité.

Les femmes sont donc toute puissantes et vont, sous la direction de Rosalba, madame le maire, organiser une société qui finira par vivre en totale autarcie et en ayant rejeté au loin toute violence qui devient alors le fait des seuls hommes.

Je n’arrive pas réellement à savoir si j’ai aimé ou pas. Je l’ai lu sans réel déplaisir, certains passages m’ont paru un peu longs et répétitifs, certaines anecdotes un peu trop tirées par les cheveux, mais, en le refermant ce matin, je me suis quand même dit que j’avais passé quelques bons moments en le lisant. J’ai aimé l’originalité de la narration, la construction qui finit par se boucler, les réflexions sur une société matriarcale et certains portraits de femmes, ainsi que la façon de traiter la Révolution colombienne des années 90 et notamment en mettant en parallèle la vie des femmes restées seules au village et la vie des hommes engagés malgré eux. C’est un avis donc ni-oui ni-non que je vous livre ici, vous laissant le plaisir de le découvrir par vous même, si le cœur vous en dit.

Je viens de découvrir que ce roman a été adapté (hum façon de parler!) au cinéma en 2011 aux Etats-Unis. La bande annonce révèle que cette adaptation est bien éloignée de l’esprit du roman, ne serait-ce que par le casting. Pour ceux et celles qui ont lu le livre, Rosalba incarnée par Eva Longoria tient du pur fantasme ;) !

Roman lu dans le cadre du Club des Lectrices pour sa réunion du 20 Janvier et du Challenge La Littérature fait son cinéma !

Challenge la littérature cinéma

« La Folie du Roi Marc » de Clara DUPONT-MONOD


dupond-monod folie du roi marcDans le cadre du Prix des Lectrices organisé par le Club des lectrices dont je fais partie, je viens de finir ce roman, paru en 2000, coup de coeur de l’année 2012 de Lili Galipette.

Clara Dupond-Monod reprend la légende médiévale de Tristan et Yseut en mettant l’objectif sur le Roi Marc, époux d’Yseut. Par un récit en focalisation interne, l’auteure décrit les affres de cet homme et de ce roi trompé à la fois par sa femme et par son neveu, voire fils adoptif, Tristan. Double trahison donc qui entraîne dans l’âme tourmentée de Marc des sentiments contradictoires où se mêlent à la fois amour marital, amour paternel, jalousie et haine.

Reprenant le schéma narratif de la légende avec ses moments clefs (schèmes) (le philtre ; les lépreux ; la traversée du gué d’Yseut à califourchon sur Tristan déguisé en mendiant ; le mariage de Tristan avec Yseult aux Blanches Mains ; les voiles etc.), Clara Dupond-Monod fait la part belle à celui que la légende a souvent négligé le confinant dans le rôle du mari trompé et berné par les stratagèmes des deux amants. Marc raconte donc son histoire pour ne pas être oublié de la légende, pour exister et exprimer ses douleurs de mari et de père.

L’idée est séduisante. Ayant étudié la version de Béroul durant mes années de fac, replonger dans cette légende me plaisait assez. Cependant cette lecture m’a profondément ennuyée. J’ai vu dans la reprise de la légende de Tristan et Yseut qu’un prétexte à écrire sur un sujet déjà éculé en littérature et l’introspection de Marc m’a très vite lassée. Les répétitions sont nombreuses dans le récit (les descriptions figées d’Yseut ; Marc couché auprès d’Yseut et voulant la toucher, etc.), la multiplication des termes du Moyen-Âge pour faire médiéval m’a semblé surfaite d’autant que plusieurs passages avaient, au contraire, des accents d’anachronisme dans l’expression de la douleur de Marc menant à la folie.

Certes il s’agit d’une réécriture moderne d’une légende ancestrale voire d’un mythe, et chaque réécriture est une trahison. Clara Dupont-Monod a su rendre compte de l’esprit courtois de la littérature du Moyen-Âge (on suppose donc qu’elle s’est davantage inspirée de la version de Thomas d’Angleterre), dans certains passages la phrase a quelque chose des vers anciens, la voix de Marc rappelle l’origine orale de la légende… mais je n’ai pas été convaincue. Ce récit m’a semblé un peu vain.

Le seul intérêt est cette focalisation interne et ce changement de point de vue, mais très vite tout est dit et le récit ne finit par tenir que par le reprise des éléments narratifs de la légende. Or connaissant bien la légende, le récit a vite perdu de sa saveur aussi. Ce roi Marc m’a très peu émue même si les accents de sa douleur sont parfois bien exprimés sous la plume de Clara Dupont-Monod. Je crois que j’ai été écrasée par l’ennui et que cet ennui ne m’a pas permis d’être sensible aux plaintes de Marc.

Roman lu dans le cadre du Prix des Lectrices et du Challenge Romans sous influences.

prixdeslectriceschallenge Romans sous influences

« Jézabel » d’Irène NEMIROVSKY


némirovsky JézabelJ’entends parler d’Irène Némirovsky depuis de nombreuses années, et il a fallu la suggestion de Violette, du Club des Lectrices, pour que j’ai enfin l’occasion de la lire.

Irène Némirosky a été déportée et est morte à Auschwitz en 1942. Elle avait déjà écrit et publié plusieurs romans avant sa déportation, dont Jézabel paru en 1936. Plusieurs de ses oeuvres, dont le célèbre Suite française, sont parus à titre posthume depuis les années 2000.

Jézabel est le portrait d’une femme, Gladys Eysenach, femme d’une grande beauté. Le roman s’ouvre sur son procès. Elle est accusée d’avoir tué un jeune homme d’une vingtaine d’années, Bernard Martin. Pendant toute la première partie, nous suivons le procès de cette femme dont on se sait encore presque rien et qui nous est présentée à travers les témoignages des différents témoins venus à la barre. La deuxième partie est un long flash back revenant sur son histoire et sur les causes et circonstance de ce crime.

Gladys est obsédée par la jeunesse et par la beauté. Elle a une définition très précise de la féminité qui se résume à être belle, élégante et à être aimée. Très vite, elle va cacher son âge et va finir par contrôler toutes les personnes autour d’elles : sa fille, mais aussi les différents hommes qui vont partager sa vie.

Gladys est une femme égoïste, manipulatrice, dissimulatrice qui a un besoin immense de plaire, d’être remarquée. L’usage du temps sur elle, la pousse de plus en plus dans le mensonge et la manipulation, l’entraînant à des actes et à des décisions épouvantables pour préserver le secret de son âge.

Le titre est bien sûr à expliquer, car Gladys est une Jézabel moderne. C’est une femme méchante et rusée. D’après mes recherches, elle manipula son mari pour exterminer toutes les prophètes et hommes du Dieu d’Israël. Elle ne reconnaissait que sa propre religion, montrant ainsi une grande intolérance. Elle finit dévorer par les chiens.

Jezabel-devoree-par-les-chiens LEON-COMERRELéon Comerre, Jézabel dévorée par les chiens, 1878

Nul doute, qu’Irène Némirovsky en intitulant son roman Jézabel, place Gladys sous l’égide de cette femme, reconnue comme la femme la plus méchante de la Bible. Vouant un culte irraisonné à la beauté et à la jeunesse, elle va peser sur le destin des personnes qui la côtoient.

Ceci dit, qu’en est-il du roman ?

Ce n’est pas une grande révélation, je l’avoue. Tout d’abord parce que j’ai trouvé beaucoup de répétitions et quelques longueurs, venant certainement du fait que ce personnage, anti-héros par excellence, n’a entraîné presque aucune empathie chez moi. J’ai eu du mal à concevoir cet excès, voire cette folie, pour le culte de la jeunesse et de la beauté, pour ce caractère égoïste et froid. J’ai également trouvé que ce roman datait un peu et, en cela, il m’a fait penser à Belle de Jour de Kessel. Toutefois, le traitement est intéressant ici et la première partie sur le procès m’a beaucoup plu et je crois que j’aurais mieux aimé que Némirovsky en fasse l’objet de tout le roman. J’ai trouvé le flash-back narratif plus conventionnel.

Je ne suis pas parvenue réellement à savoir si Némirovsky ressentait elle-même une certaine empathie pour son personnage. Gladys incarne la beauté du diable, elle est une femme fatale au contact de laquelle on se brûle et sa fille, Marie-Thérèse est sans doute sa plus innocente victime.

Quoiqu’il en soit, Irène Némirovsky fait une analyse très juste de la psychologie de Gladys. Elle montre parfaitement le passage du temps, les angoisses de Gladys, sa folie, ses outrances, et l’écriture est juste et belle. Ce n’est donc pas, pour moi, un grand roman, mais il n’entache pas mon envie de lire d’autres roman de Némirovsky. Peut-être serai-je plus séduite par La Suite française.

Roman lu dans le cadre du Club des lectrices et du challenge Justice.

club des lectriceschallenge-justice

Le Prix des Lectrices


Celles et ceux qui me suivent ici régulièrement savent que, depuis deux ans, je participe au Club des Lectrices créé par Delphine. Nous nous réunissons une fois par mois pour parler d’un livre commun. Cette année, nous avons décidé de créer un Prix des Lectrices.

Après nous être concertées sur comment l’organiser, nous avons décidé de sélectionner nos coups de cœur de l’année 2011/2012. Chacune d’entre nous a donc proposé un titre. Nous avons un an pour lire les 8 romans en lice et élire celui qui aura fait l’unanimité. Ces livres ont été choisis parmi nos lectures personnelles, et non nécessairement parmi les livres lus pour le Club.

  • Entre ciel et mer de Jon Kalman Stefansson, proposé par Miss Bouquinaix
  • Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson, proposé par Claire
  • La Folie du roi Marc de Clara Dupont-Monod, proposé Lili Galipette
  • Suite française d’Irène Némirovski, proposé par Accalia
  • Du domaine des murmures de Carole Martinez, proposé par Marjolaine
  • Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka, proposé par Violette
  • Le Boulevard périphérique de Henry Bauchau, proposé par Delphine
  • Lire bien qui lira le dernier de Hubert Nyssen, proposé par moi.

L’annonce du futur célèbre Prix des Lectrices (qui n’ont pas qu’un cerveau, private joke) aura lieu pour les trois ans du Club, en novembre 2013.

La sélection est riche et passionnante, et je sens qu’il va être bien difficile de faire un choix. Plusieurs de ces romans me tentaient déjà, celui de Némirovski, de Martinez ou d’Otsuka, mais d’autres me permettront, je l’espère, de belles découvertes (Bauchau ou Stefansson par exemple). Je n’ai pas encore commencé mes lectures, vous me connaissez je suis toujours en retard de plusieurs trains.

Si vous avez déjà lu et aimé ces titres n’hésitez pas à m’en parler dans les commentaires.

Je rendrai compte bien évidemment de mes lectures sur ce blog et rajouterai les liens vers mes billets au fur et à mesure sur cette page. Si vous souhaitez mieux connaître ce club n’hésitez pas à visiter son blog.

Les logos ont été créés par Delphine.

Un Week-end un peu chargé ou comment ne pas se laisser abattre par l’adversité !


Vous pensiez peut-être que j’étais partie sur la cordillère des Andes ou sur une plage des Bahamas pour faire dorer mon corps de rêve… et bien pas du tout ! J’étais bel et bien dans ma « super » banlieue parisienne, à regarder, mais pas que, tomber des seaux d’eau, et, comble de joie, alors que je pensais profiter de mon week-end, un ENORME dossier m’est tombé sur le coin du nez à traiter pour lundi. A cela il fallait ajouter, le cours de tennis d’Antoine, un cadeau d’anniversaire à trouver pour ma soeurette, et un homme malade qui soudain prenait 10 ans de plus en une matinée.

J’ai donc fait comme j’ai pu : courses sous la pluie en râlant abondamment, embouteillages à gogo et boulot. MAIS… car oui, dans ce week-end de folie, il me fallait absolument trouver une porte de sortie ! J’ai donc commencé par me rendre à la Griffe Noire sous le prétexte faussement fallacieux de trouver le cadeau pour ma soeur.  Par la même occasion, je me suis déniché deux romans jeunesse, tout en papotant avec la responsable du rayon jeunesse avec laquelle j’aime échanger mes avis de lecture. Je suis donc ressortie plus guillerette que je ne l’avais prévu et deux livres sous le bras en plus d’un premier cadeau :

Velvet de Mary Hooper et Kaleb de Myra Eljundir. L’un sur le spiritisme au début du XXè et l’autre sur un personnage empathe et très inquiétant. Si j’ai choisi de moi-même le premier, le second m’a été très fortement conseillé par la libraire.

Ma deuxième porte de sortie fut la réunion, dimanche après-midi de notre Club des Lectrices à Paris. C’est toujours un bonheur de nous retrouver. Nous avons échangé nos avis sur Le Labyrinthe du temps de Fermine, puis avons choisi la prochaine lecture. Chacune a proposé un titre mûrement réfléchi, et cette fois-ci nous avions l’embarras du choix. Après quelques discussions et un vote, donc, La Librairie Tanabe a été choisi. J’avais noté ce livre depuis un billet de Sharon sur son blog.

Enfin, dernier petit réconfort, j’ai reçu mon calendrier « maison », c’est-à-dire un calendrier dont j’ai choisi les photo et qui est conçu autour des livres et de la lecture. Je suis gentille je vous en donne un petit aperçu en photos :

Mes enfants en train de lire, un peu de ma PAL et Marilyn. Une année 2013 sous l’égide de la lecture et des livres.

« Le Labyrinthe du temps » de Maxence Fermine


Ce roman m’avait été offert par un ami, il y a environ 6 ans, autant dire qu’il était largement temps de le sortir de sa léthargie. Par hasard, lors de la dernière rencontre du Club des Lectrices, Miss Bouquinaix a proposé la lecture de cet auteur. Après quelques hésitations, le choix du roman s’est porté sur ce roman-ci : une aubaine.

Ce roman est un conte sur le temps. Au début du XIXe siècle, un archimandrite, Vassili Evangelisto, quitte sa Russie pour évangéliser (d’où son nom) l’Arabie. Pendant son voyage il fait naufrage sur une île étrange où le temps s’est arrêté : L’île Labyrinthe, inscrite nulle part sur les cartes. Dans cette île, où d’étranges manifestations temporelles se produisent, Vassili aura pour quête de trouver le trésor du magicien Tahar. Pour l’aider, il a en sa possession un petit coffret en bois, muni de 7 serrures.

Texte poétique, fabuleux et initiatique, ce roman écrit simplement, pour ne pas dire trop simplement, se lit avec facilité, d’autant que les péripéties successives créent un certain rythme. Comme souvent dans les contes, on trouve des personnages archétypaux, des légendes, des aventures fabuleuses racontées par certains personnages, ce qui crée une atmosphère proche du mythe. On ne peut pas ne pas penser au voyage d’Ulysse et à ses aventures. Pas de cyclope, mais des grimoires, un magicien, des manifestations naturelles étranges, la symbolique du chiffre 3 (3 naufragés, 3 jeunes filles très belles, 3 temps), et une bien étrange horloge.

On pense également au triangle des Bermudes avec ses manifestations étranges et sa légende de distorsions spatio-temporelles ou de champs magnétiques.

Comme vous l’aurez compris, Maxence Fermine mêle et entremêle plusieurs références créant, il faut le reconnaître un conte assez particulier. Le problème vient essentiellement de ce qu’il veut en faire. A force d’entremêler les péripéties et les références, la lectrice que je suis, a fini par se lasser. Les références trop évidentes entraînent un manque de surprise, quelques clichés (la mise en abyme notamment maladroitement amenée) qui font sourire et qui, du même coup, font perdre l’effet escompté.

Enfin, la chute du roman m’a beaucoup déçue. Tout cela pour ça, telle fut ma réaction en refermant le livre. Une morale sans intérêt, un lieu commun sur le temps qui est bien dérisoire par rapport à tous les développements et les attentes distillés dans le roman.

Ce conte quelque peu philosophique, sur la vie et le temps, m’a fait penser aux romans de Paulo Coelho : de la philo pour les nuls.

Un roman qui m’a déçue. Connu pour avoir une plume poétique, Maxence Fermine, avec ce roman, ne m’a pas convaincue. Peut-être lirai-je Neige, sans doute son roman le plus célèbre.

Affaire à suivre.

Pour connaître l’avis des autres Lectrices du Club, rendez-vous sur le blog du Club des Lectrices.

Roman lu dans le cadre de l’Objectif PAL Noire : 102 – 4 = 98

« Le Avventure di Pinocchio, storia di un burratino » da Collodi


L’avantage de parler d’un livre connu de tous, fait qu’il nous évite de le résumer, même si, pour la plupart d’entre nous, Pinocchio nous est surtout connu pour la version dessin-animé de Walt Disney.

Si le titre est en italien, c’est que j’ai lu cette histoire dans le texte. Comme je n’étais pas très sûre de moi, n’ayant pas pratiqué l’Italien depuis bien 15 ans, j’ai opté pour une édition bilingue, qui m’a permis de ne pas fourrer mon nez dans le dico toutes les cinq minutes, et rendre ma lecture plus agréable. J’ai constaté cependant que, au fil des pages, je lisais avec de plus en plus de facilité, et allais de moins en moins voir sur la page de droite vérifier ma compréhension.

Tout semble commencer comme une conte de fées, mais très vite on comprend qu’il ne va pas être question de rois et reines :

C’era une volta… / Il était une fois…

Un re ! – diranno subito i miei piccoli lettori. / Un roi ! – diront aussitôt mes petits amis !

No, ragazzi, avete sbagliato. C’era una volta un pezzo di legno. / Non, les enfants, vous avez tort. Il était une fois un morceau de bois.
(p.38)

Ce début est essentiel, car Collodi tout d’abord définit son histoire comme un conte mais ancre son conte non dans un monde merveilleux, fait de palais et de luxe, mais dans une société populaire et pauvre, comme en témoigne, par exemple, les trompe-l’œil de la maison de Geppetto (une cheminée avec un bon feu et une marmite en train de bouillir). De ce fait Collodi destine son conte aux enfants du peuple, aux enfants des rues, qui ne veulent pas aller à l’école, qui font des bêtises et sont entraînés dans quelques méfaits. En bref, Collodi s’adresse aux têtes de bois, aux têtus, et voilà pourquoi il choisit un pantin fait de bois dur pour illustrer sa leçon de morale.

Car Pinocchio n’est, à n’en point douter, un conte moral. Pinocchio est l’extrême du mauvais garçon : menteur, désobéissant, violent, colérique. Et bien que plusieurs personnages tentent de le remettre dans le droit chemin, et notamment en tentant de le décider à aller à l’école, Pinocchio prend toujours les chemins buissonniers, or :

I raggazzi disobbedienti non possono aver bene in questo mondo / Les enfants désobéissants ne peuvent trouver le bonheur dans ce monde (p.100)

Pendant trente-six chapitres, nous suivons donc les tribulations de Pinocchio allant de charybde en sylla. Si, dans les pires situations, il burratino se repend avec force larmes et lamentations de ses désobéissances, il retombe bien vite dans d’autres péripéties de plus en plus terrifiantes, à tel point que cela finit par faire un peu beaucoup et que le lecteur moderne finit par se lasser d’autant d’entêtement.

Ce que je retiendrai surtout de cette lecture est le plaisir que j’ai eu à renouer avec la langue italienne. J’ai souvent lu à haute voix cette histoire ce qui m’a permis d’entendre cette langue, de rire aussi, car on ne peut que reconnaître une vitalité de la langue, un rythme dans la narration. L’aspect extrêmement moral de cette histoire a quelque chose de désuet même si Collodi, en touchant à l’enfance, nous parle encore un peu des enfants d’aujourd’hui.

Pour ce qui est de l’éventuel symbolisme que l’on pourrait trouver dans ce conte, l’image de Geppetto m’a fait penser à Joseph, père charpentier, père adoptif aussi, simple et issu du peuple qui tente d’élever son enfant en lui inculquant de bonnes valeurs. Mais il est bien évident que Pinocchio n’est absolument pas une image christique. Cependant, la morale chrétienne me semble bien présente ici, notamment dans la nécessité de respecter et d’honorer son père et sa mère, dans la notion de charité aussi, et d’entre-aide. Au fil des aventures, Pinocchio finit quand même par se bonifier jusqu’à devenir enfin un vrai petit enfant (un bel fanciullo coi capelli castagni, cogli occhi celesti e con un’aria allegra e festosa come une pasqua di rose / un bel enfant aux cheveux châtains, aux yeux bleus, l’air triomphant, gai comme un pinson parmi les fleurs. p.312).

Enfin, une petite précision sur l’auteur, Collodi est un pseudonyme pour Carlo Lorenzini, Collodi étant le village de naissance de sa mère. Il est essentiellement connu pour les aventures de Pinocchio mais cette histoire trouve sans doute son origine dans des manuels de lecture que Collodi rédigea pour les écoliers.

Lecture proposée par le Club des Lectrices.

Conte lu dans le cadre du Challenge In Italiano, du Challenge Il Viaggio et du Challenge Thursday Next.

Groupe Facebook pour le challenge In Italiano, n’hésitez pas à vous inscrire !

Bilan de Lecture : Août 2012


Après un bilan de lecture désastreux en Juillet, j’ai mis les bouchées doubles en août.

Ce bilan de lecture aoutien est surtout marqué par la Rentrée Littéraire. En effet 5 romans récemment sortis en librairie me sont passés entre les mains, mais peu finalement ont suscité un réel intérêt en moi. Le roman qui m’a le plus déçue reste Ombres chinoises de Linda See (Masse critique Babelio) : un roman mal écrit et à la construction bancale. Nous étions faits pour être heureux de Véronique Olmi, ne m’a pas non plus captivée, trop proche dans les thèmes avec un autre roman lu également en août : Un si bel avenir, qui, lui, fut une vraie rencontre. Deux autres romans m’ont relativement plu, mais sans réel enthousiasme et je crains que d’ici quelques semaines ces deux lectures finissent par s’évaporer comme une flaque d’eau dans un désert : Moi et toi de Niccolo Ammaniti, et Un week-end en famille de François Marchand. Deux romans très différents, voire diamétralement opposés. Gains de Richard Powers (chronique à venir) est certes un roman magistral de maîtrise, mais les plus de 600 pages ont fini par être un peu douloureuses. Une lecture intéressante mais assez difficile. Le roman qui m’a le plus enthousiasmée reste donc La Piste des Templiers de William Dietrich : un roman d’aventure qui mêle humour, péripéties et intérêts historiques.

Outre ces romans très récents, j’ai aussi profité des vacances pour parfaire mes connaissances en manga et BD. J’ai donc retrouvé avec plaisir Calvin et Hobbes, tome 6, et ai découvert un très beau manga Histoire couleur terre dont j’ai lu le premier tome, et compte bien lire en septembre les deux derniers tomes que j’ai pu emprunter à la bibliothèque municipale.

Enfin deux auteurs classiques dans des genres différents : Sandor Marai avec Les Braises, un roman intime sur l’amitié et ses illusions. Et un petit roman jeunesse de la grande Marie-Aude Murail : 22!.

Ce bilan m’a bien remonté le moral, autant pour le nombre de livres lus, que pour sa variété. J’ai eu la sensation de retrouver mon rythme, mais surtout il me procure une grande énergie même si, au final, peu de romans sortent vraiment du lot. Je me dis que plus je lis plus j’ai la chance de faire de belles découvertes.

***

Septembre montre donc son bout du nez, et avec lui de nombreuses belles résolutions et de nouvelles envies. Deux challenges créés avec deux amies me tiennent donc à coeur en ce début d’année scolaire : l’objectif Pal Noire créé avec Lor et Challenge in Italiano avec Marie. Ces deux challenges répondent à deux envies importantes pour moi : revenir à mes propres livres achetés à l’ouverture de ce blog, et tenter de ne pas me laisser envahir par les livres de la Rentrée (voilà pourquoi j’ai voulu en lire un maximum en août).

Dans le cadre de cet Objectif, j’ai déjà sorti de ma PAL : Un si bel avenir de Véronique Olmi. Le bilan de ma binôme Lor, est aussi consultable.

Le second est un retour à ma passion pour l’Italien. Je suis très heureuse d’avoir créé avec Marie ce challenge qui remporte un enthousiasme que nous n’espérions pas. Depuis hier, j’ai créé une page FB pour que les participants à ce challenge puissent partager leurs lectures, et leur amour pour l’Italie. Une page où la langue italienne sera à l’honneur.

Enfin, n’oublions pas mon challenge Cartable et Tableau Noir qui va nous permettre de retourner à l’école, à la fac ou au lycée sans les inconvénients des notes et des évaluations. Il est toujours temps de vous inscrire :

Enfin, dimanche je fais ma rentrée au Club des Lectrices et cela me transporte. Au programme une mise à plat de nos envies, peut-être des nouveautés (raviver le blog, créer un prix) mais surtout des discussions endiablées sur les livres.

Je vous souhaite une belle rentrée, de belles lectures et toujours intact le plaisir de lire et de partager nos lectures.

« Belle de jour » de Joseph Kessel


Grâce à ce roman, je viens de réaliser un exploit en lisant un livre emprunté à la biblio la semaine dernière et en pouvant le rapporter avec une fierté non feinte.

Avant même le roman, Belle de jour est avant tout, pour moi, un film de Bunuel, un film licencieux, vu il y a de nombreuses années, avec un léger sentiment de voyeurisme. Quand avec Le Club des Lectrices, le choix s’est arrêté sur ce roman de Kessel, je n’ai pas été très emballée. Le sujet ne me passionnait pas, et j’avais bien en tête encore les images du film.

Séverine est mariée à Pierre. Ils forment un couple amoureux et unis, appartiennent à la bonne bourgeoisie, font du ski l’hiver, sortent presque tous les soirs de la semaine dans la meilleure société et les restaurants les plus à la mode. Séverine est une femme très belle, protégée par son mari d’un amour paternel. Ils font chambre à part, et Séverine semble peu intéressée par l’amour physique. Après une maladie qui la cloua au lit pendant plusieurs semaines, la jeune femme se sent différente, et la conscience du corps, du désir, devient obsessionnelle.

Kessel explique le projet de son roman, dans une préface écrite a postériori : Ce que j’ai tenté avec Belle de Jour, c’est de montrer le divorce terrible entre le cœur et la chair, entre un vrai, immense et tendre amour et l’exigence implacable des sens. (p.10). Certes.

Le principal problème que j’ai eu avec ce roman réside dans le personnage de Séverine. Je l’avoue le côté femme-enfant, petit être fragile, paternée par son mari m’agace profondément. Ensuite l’histoire de la petite bourgeoise qui s’encanaille n’a rien arrangé à l’affaire. On ne peut même pas me reprocher ma fausse pudeur, car je ne trouve pas ce roman scandaleux comme il l’a pu être perçu lors de sa sortie, réputation renforcée en 1967 avec l’adaptation de Bunuel, une adaptation dans laquelle le réalisateur, ancien surréaliste, s’y est donné à cœur joie en rajoutant des scènes fantasmatiques. Sans doute faut-il prendre en compte l’année de publication de ce roman, et son originalité d’alors. Kessel, en effet, le publie en 1928, et il est bien évident que la lecture que nous pouvons faire de ce roman en 2012 est sans doute très éloignée de celle qui a pu être faite à la fin des années vingt.

Dans un style très différent, ce roman m’a renvoyée à L’ingénue libertine de Colette. Mais là où Colette mettait son ironie et sa légèreté, Kessel me paraît à la fois trop lyrique et trop dramatique, ce qui m’a rendu ce roman un brin ridicule par moment. Alors oui, je sais que critiquer Kessel relève du crime de lèse majesté, je m’en excuse par avance. Disons que c’est le traitement de l’histoire, le ton adopté qui m’a déplue et non le style en lui-même. Tout cela tombe dans le drame bourgeois et ne me convainc pas, pas plus que ne me convainc la fin, qui est pour moi le summum. Donc, vous l’aurez compris, ce roman, que j’ai trouvé long, est loin d’avoir suscité en moi un quelconque intérêt. Sans doute n’a-t-il pas su résister aux années, et se présente-t-il aujourd’hui comme quelque peu démodé dans son traitement, car il est évident que le désir féminin reste toujours un sujet littéraire intéressant, mais le désir féminin n’est pas nécessairement situé entre les deux extrêmes proposés par Kessel : la frigidité maritale ou le fantasme de la prostituée. J’ose croire qu’aujourd’hui une femme peut assumer sa sexualité en étant dans l’entre-deux. Mais peut-être aussi que l’homme n’est pas nécessairement le mieux placé pour évoquer le désir féminin, et que, qu’il le veuille ou non, son propre fantasme participe-t-il de son appréhension. Finalement je pense préférer le film qui va plus franchement dans le fantasme assumé.

Vous pouvez lire les avis des lectrices : Lili galipette Miss Bouquinaix

Roman lu dans le cadre du Challenge La littérature fait son cinéma

Un jour, George se rendit à la bibliothèque municipale…


Cela fait deux ans ce mois-ci que nous avons déménagé dans notre nouvelle maison, à quelques mètres seulement de la précédente mais dans une ville mitoyenne. Après un billet d’Estellecalim évoquant son inscription dans une bibliothèque parisienne, je me suis renseignée sur la bibliothèque municipale de Ch… . Vous connaissez mon amour pour les librairies, mais j’ai toujours eu un rapport assez conflictuel avec les bibliothèques. Je les ai pourtant toujours fréquentées : enfant, puis ado puis étudiante, j’ai adoré les Bibliothèques Universitaires, et enfin adultes et notamment depuis que j’ai des enfants. Pourtant je me suis toujours confrontée à plusieurs problèmes qui m’ont toujours fait préférer les librairies.

Le premier problème est maladif. Si, si. Je suis incapable de lire les livres que je dois rendre à une date fixe. Ainsi, soit je les rends en retard et suis donc pénalisée, soit je n’ai pas eu le temps de les lire et je les rends sans les avoir même ouverts.

Mon deuxième problème, vient du fait qu’étant trop habituées aux librairies et notamment aux tables des libraires, j’ai tendance à ne plus savoir ce que je veux lire quand je pénètre dans une bibliothèque. Je me sens un peu perdue, errant dans les allées des étagères de livres, sans savoir que choisir. Soudain je me sens timide, voire démunie, et cela m’angoisse.

Alors, me direz-vous, pourquoi m’être inscrite dans cette nouvelle bibliothèque ? La première raison est sans doute pour mes enfants, car je crois profondément que fréquenter les bibliothèques participe de l’envie de lire, et leur donne accès à une multitude d’ouvrages. Mais aussi, d’un point vue plus personnel, parce que la bibliothèque me permettra sans doute de lire des romans que je n’ai pas forcément envie d’acheter mais que j’ai envie de découvrir.

J’ai suffisamment réfléchi à mes problèmes liés aux bibliothèques pour savoir que dorénavant je dois changer mes rapports avec elles.

Pour parer à mon angoisse de ne pas savoir quel livre emprunter, j’ai donc décidé d’établir une LAL spéciale bibliothèque. Ainsi je serai moins désorientée. Pour éviter de rendre mes livres en retard, je m’en tiendrai qu’à un ou deux romans pas plus. Le prêt étant d’un mois, contre souvent trois semaines dans les autres bibliothèques, je me dis que j’aurais sans doute plus de chance de lire les livres que j’aurai empruntés.

Ainsi, lors de notre première visite, j’ai emprunté deux romans, l’un pour le Club des Lectrices du 10 juin, et le second pour moi parce que ce roman me tentait :

Je vous avoue que c’est un peu un pari pour moi, et je vous tiendrai au courant de mes progrès. Je pense aussi faire un catégorie spéciale Bibliothèque.