« Patte-Blanche » de Marie-Aude MURAIL


Murail Patte-BlancheDans le cadre de nos lectures du soir, j’ai lu aux enfants ce court roman jeunesse de Marie-Aude Murail. Dans une époque reculée, pendant le règne du Roi Louis, Messire Johan est le meilleur chasseur de loup du royaume. On repère un loup blanc, magnifique, et Johan veut absolument le tuer pour faire cadeau à la reine de son pelage immaculée et obtenir une prime de 10 000 écus. Des paysans font la battue et parviennent à faire tomber le loup dans un piège. Mais, quand Johan arrive au piège, le loup a disparu, ne laissant qu’une patte blanche coincée dans le piège. Quelques temps plus tard, la femme de Johan accouche de jumeaux : le petit garçon est frêle, et la petite fille présente une étrange déformation, à la place d’un de ses pieds, se trouve une patte blanche de loup.

Un peu comme dans 22!, Marie-Aude Murail situe l’action de ce conte dans une époque et un lieu un peu incertains. Elle réinvestit les éléments traditionnels du conte en modifiant le Il était une fois… par D temps du bon roi Louis ; la présence du loup ; celle d’enfants ; celle d’une gentille nourrice  une brin de mystère et de magie sans oublier la peur et une certaine violence, etc. On pense à mille et une références : Hansel et Gretel,  voire même aux jumeaux de La Petite Fadette grâce ce terme berrichon qu’emploie Sand dans son roman : les bessons pour les jumeaux, mais aussi à la bête du Gévaudan… Autant d’histoires qui relèvent du folklore.

Ce fameux loup blanc c’est un peu le Moby Dick de Johan (voilà encore un petite référence bien sentie!), la quête de l’impossible qui va d’abord provoquer son malheur, mais qui sera aussi le moyen de sa rédemption. Difficile de savoir si ce loup doit être perçu comme l’incarnation du Diable comme le pense Johan ou s’il n’est pas au contraire une sorte d’esprit magique de la forêt. Les enfants sont courageux et aimants. Il y a de très belles phrases sur la gémellité, sur ces bébés qui, séparés, se cherchent et ressentent un manque.

Un conte dans lequel les grands pourront s’amuser à retrouver les multiples références et que les enfants apprécieront pour son suspens et la beauté des personnages qui leur ressemblent et l’amour que le frère et la sœur se portent.

L’avis d’Antoine

J’ai bien aimé, ça stressait, les têtes des personnages étaient bizarres. Sinon c’était bien. Ça me faisait penser à l’œil du loup, parce que on ne sait pas si le loup est méchant ou gentil.

SUPER SUPER SUPER SUPER SUPER SUPER SUPER SUPER !!!!!!!!!!!!

L’avis d’Eliot

Le loup était un petit peu méchant. Il  voulait manger la  petite fille pour récupérer sa patte. Son frère est arrivé à temps. Ouf! C’était un peu marrant. Je  n’ai pas aimé le chasseur.

[Non mes enfants ne sont pas génies de l’orthographe et de la grammaire, j’ai donc corrigé les petites et les grosses fautes, mais ce sont eux qui ont écrit leur ressenti avec leurs mots]

Roman lu dans le cadre du Challenge Totem catégorie LOUP et du Challenge Animaux du Monde.

challenge TOTEMChallenge Animaux du monde

Roman lu grâce à la Bibliothèque Municipale.

« Le Chevalier qui cherchait ses chaussettes » de Christian Oster


Oster le chevalierIl était une fois un chevalier qui, après une nuit passée au pied d’un arbre, ne retrouva plus ses chaussettes ! Cela est bien embêtant, car comment se présenter devant une princesse à délivrer des griffes d’un dragon, pieds nus ?

Voilà l’étrange mésaventure qui arrive au chevalier de ce conte qui se présente dans les règles du genre : le « Il était une fois… » ; le méchant dragon ; la jolie princesse prisonnière et le valeureux chevalier. Sauf que Christian Oster manie le burlesque avec brio. La perte des chaussettes va quelque peu décontenancer son chevalier qui est obligé, à plusieurs reprises et devant les péripéties inattendues qui se présentent à lui, de récapituler à plusieurs reprises la succession de ses actions. Sauf que ce pauvre chevalier a tendance à s’emmêler les pinceaux.

« D’abord, délivrer le dragon, se dit-il ; ensuite, le trouver ; puis réveiller mes chaussettes ; enfin, combattre la princesse. » (pp.13/14)

Il sera question de combats violents contre des dragons, de canard carbonisé, de magicien et de lutin avant que ce pauvre chevalier ne parvienne à boucler sa mission.

Ce conte burlesque, lu hier soir à mes enfants, a suscité bien des rires. Les dialogues sont souvent très drôles et décalés, ainsi que les interruptions surprenantes du récit avec des adresses aux enfants.

La lecture à voix haute fonctionne parfaitement tant le ton et les dialogues sont vifs. La parodie du roman de chevalerie ainsi que des éléments traditionnels du conte en font un livre à découvrir pour son originalité et son côté burlesque.

Ce roman est édité à L’École des Loisirs dans la collection Mouche, il est donc accessible pour de jeunes lecteurs à partir de 7 ans, mais il peut bien sûr se lire à des enfants plus petits.

Roman lu grâce à la Bibliothèque Municipale.

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« Little Stuart » de E.B WHITE


White Little StuartTout le monde connaît Little Stuart depuis l’adaptation cinématographique avec Dr House dans le rôle du papa de Stuart ! C’est au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil, l’an dernier, que j’ai acheté ce livre pour mon fils Antoine. Bien que le roman soit un peu conséquent pour lui, je m’étais dit que comme il connaissait le film, la lecture en serait facilitée. Depuis un an, il ne l’a pas touché, donc, en fin de semaine dernière je l’ai choisi pour nos lectures du soir (pour en savoir plus suivez le lien!).

Dans la famille Little, il y a la maman, le papa, le petit garçon George, et… Stuart, cadet de la famille, tout petit et qui ressemble fortement à une souris ! Bien que cela puisse paraître étrange au lecteur, le fait que Maman Little ait accouché d’une souris ne semble guère étonner les personnages du roman. Stuart est certes une souris mais a tout d’un garçon : il parle, se lave les dents, aime être bien habillé, etc.

Le roman est divisé en deux parties. La première partie narre la vie de Stuart chez lui avec ses parents. La façon dont ses parents doivent adapter la maison à sa petite taille (il dort dans un paquet de cigarettes !), démontre qu’il est utile d’avoir un plus petit que soi sous la main, et sa cohabitation difficile avec le chat de la maison, Snowbell qui a bien du mal à résister à l’envie de le croquer.

La deuxième partie est une sorte de road movie. Stuart part à la recherche d’une oiselle, Margalo, que les Stuart avaient recueillie et que le méchant Snowbell a effrayée au point de lui faire prendre le large. Durant son voyage, Stuart va vivre différentes aventures insolites et faire plusieurs rencontres.

Ce roman, datant de 1945, est un classique de la littérature jeunesse américaine. Il prône des valeurs essentielles comme la tolérance et la loyauté, mais sans trop donner dans les bons sentiments. Stuart est une petite souris ou un petit garçon qui, bien que petit et vivant dans un monde peu adapté à sa taille, se débrouille très bien, fait preuve de jugeote et de courage. La première partie est celle que nous avons préférée, car elle montre avec assez d’humour la vie au quotidien de Stuart et les diverses astuces mises en place pour lui faciliter la vie. La seconde partie qui est rythmée par les différentes rencontres que fait Stuart au cours de son voyage est moins passionnante. Beaucoup de longueurs et surtout des aventures qui au final n’apportent pas grand chose. Enfin, la fin en queue de poisson est un peu décevante. Nous avons eu la sensation d’avoir fini le tome 1 d’une série, mais malheureusement il n’existe pas de tome 2 et l’on ignore donc comment s’achève la quête de Stuart.

Toutefois les enfants ont, tous les soirs, été ravis de retrouver Stuart, mais je les ai trouvés plus attentifs durant la première partie du roman, un  peu comme moi donc. Il y a plusieurs scènes assez drôles, notamment l’une d’elle chez un dentiste qui nous a bien fait rigoler. Notre avis est donc assez mitigé, car la fin nous a laissé sur une note de déception, ce qui est dommage.

little stuart filmComme je le disais au début de ce billet, ce roman a été adapté au cinéma en 2000, avec dans le rôle de la maman de Stuart, Geena Davis et dans le rôle du papa, le fameux Hugh Laurie.

Contrairement au roman, Stuart est un enfant adopté et le film insiste, surtout au début sur une rivalité avec George qui n’existe pas dans le roman. Le film est centré sur la première partie du roman avec plusieurs changements, notamment concernant Margalo qui, contrairement au roman, est au service d’un voleur et présente donc une personnalité plus contrastée. Nous retrouvons cependant Snowbell, ainsi que la course de bateau sur le bassin du parc, mais là encore avec quelques modifications par rapport au roman. La seconde partie du roman est absent du film, si mes souvenirs sont bons.

Cette lecture a cependant donné très envie aux enfants de revoir le film.

Un roman jeunesse donc à lire comme un classique, mais aussi pour ce petit personnage attachant et drôle qu’est Stuart.

Roman lu dans le cadre du Challenge La Littérature fait son cinéma, du Challenge Animaux du monde, du Challenge Gilmore Girls 2013.

Challenge la littérature cinémaChallenge Animaux du mondechallenge gilmore girls 2013

« Kamo, l’idée du siècle » de Daniel PENNAC


Pennac kamo l'idée du siècleEncore un livre qui ne sera pas resté longtemps dans la PAL ! En cette après-midi froide, tandis que la neige commençait petit à petit à fondre, j’ai eu envie d’un petit roman à lire dans la journée, un petit roman qui fasse du bien. Très vite mon choix s’est arrêté sur ce roman jeunesse de Daniel Pennac, parce que je savais qu’avec Daniel Pennac je n’allais pas m’ennuyer.

Kamo est le meilleur ami du narrateur. Ils se connaissent depuis la crèche, sont comme des frères. Kamo, c’est le garçon qu’on admire, le leader, celui qui fédère et que tout le monde admire et que l’on suit parce qu’il est super fort et ose dire les choses. Tout commence par la tristesse de Mado-Magie, l’assistance de crèche qui s’est occupée des garçons et qui est devenue un peu comme une tante, bref de la famille, de celle du narrateur et de celle de Kamo. La famille de Kamo est amputée du père, mort trop tôt. Les pères meurent toujours trop tôt. Bref, Mado-Magie est triste car son dernier fiancé l’a quittée et en plus est parti avec la télé. Les garçons aimeraient bien l’aider, mais l’approche de l’entrée en sixième devient une préoccupation majeure. Il faut dire que tout le monde n’arrête de leur dire : n’oublies pas que l’année prochaine, tu entres en sixième. Tout le monde leur en parle sauf leur instit, M. Margerelle, et les élèves de CM2 et Kamo en tête se demandent bien pourquoi leur instit préféré ne leur en parle jamais, de cette sixième. C’est là que Kamo va avoir l’idée du siècle et que tout va se mettre en place pour le pire et le meilleur ! (oui j’ai inversé le diction, c’est fait exprès!).

Je voudrais remercier Miss Bouquinaix pour m’avoir permis de faire la connaissance de Kamo et de son univers. Ce petit roman à mettre dans toutes les mains est un moment de lecture merveilleux. Tout d’abord parce que j’ai eu l’impression de retourner en CM2 et aussi parce que j’imaginais mon fils Antoine (il n’est encore qu’en CM1, mais bon) parmi les copains de classe de Kamo et du narrateur. On sent que Daniel Pennac a été prof. Les élèves sont saisis avec justesse, les « profs » nous en rappellent d’autres, des vrais, de ceux que l’on a croisés pendant notre vie scolaire. C’est drôle, c’est bien construit, on est avec les élèves, en classe avec eux et on revit ! Les parents sont tels qu’en eux-mêmes, angoissés pour les études de leur marmots, ils s’énervent, ils donnent des leçons… mais aiment leur enfant surtout.

Ce roman, c’est aussi une quête de l’autre, de l’amour véritable. Presqu’un conte de fée, en tout cas une belle histoire d’amour de grands vue à travers les yeux des enfants. Car, en lisant ce roman, nous perdons nos yeux d’adulte et chaussons nos lunettes d’enfant. C’est une régression délectable !

Vous aurez compris que les trois autres livres mettant en scène les aventures de Kamo ne vont pas tarder à être lus dans la foulée !

Roman lu dans le cadre du Challenge Daniel Pennac et du Challenge Cartable et tableau noir.

challenge Daniel Pennacchallenge cartable et tableau noir

« Le Roman d’Ernest et Célestine » de Daniel PENNAC


pennac ernest et célestineL’un des multiples bonheurs d’avoir des enfants, c’est, pour des lectrices et lecteurs comme nous, d’avoir le prétexte d’acheter des livres jeunesse. Pour Noël, je n’ai pas résisté à l’envie d’offrir à Antoine Le Roman d’Ernest et Célestine de Daniel Pennac, scénario (mais plus encore) du film qui passe en ce moment au cinéma. Antoine étant toujours un peu récalcitrant aux romans un tant soit peu épais et Eliot souhaitant connaître aussi cette histoire, nous avons donc décidé que je la leur lirai un peu tous les soirs avant d’aller voir le film. Cette lecture à voix haute a donc occupé nos soirées pendant une petite semaine.

Une lecture à voix haute et à plusieurs est une expérience bien différente d’une lecture silencieuse et en solitaire. Les mots, les traits d’humour, les intonations de la voix, les changements de voix procurent un plaisir amplifié par les réactions des enfants écoutant, suspendus à mes lèvres, l’histoire qui se déroule.

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Daniel Pennac, dans ce roman, raconte la rencontre entre Ernest, un ours brun et Célestine, une petite souris. Ces deux personnages, créés par Gabrielle Vincent en 1982, sont les héros d’albums pour enfants. Pennac crée ici une histoire originale.

Ernest et Célestine n’étaient pas destinés à se rencontrer et encore moins à être amis. Car, de tout temps, les Ours, en haut et les Souris, en bas, sont des ennemis jurés. Mais voilà, Ernest et Célestine sont un peu à part. Ils refusent tous les deux leur destin ancestral : Ernest aime la musique et ne veut pas être juge comme tous ses ancêtres, et Célestine veut être peintre et non dentiste. Leur amour de l’art va créer entre eux un lien amical fort envers et contre tous.

L’histoire inventée par Pennac est pleine de rebondissements, de douceurs, de rires, mais aussi de violence. Les deux mondes s’affrontent, et Ernest et Célestine vont vivre moult péripéties et revirements, poursuivis à la fois par le monde d’en bas et le monde d’en haut. L’écriture de Pennac est rythmée, s’accélère dans l’action, se ralentit dans les moments calmes, se tend en plein suspens, si bien qu’elle s’adapte parfaitement à la lecture à haute voix. J’ai rarement trouvé un texte qui réponde à ce point à la lecture à haute voix pour les enfants. La meilleure preuve est que les enfants ont été captivés et réclamaient chaque soir leurs chapitres.

Là encore, dans ce roman, j’ai retrouvé l’humour et le sourire de Pennac. Les titres des chapitres sont un exemple de cet humour intelligent et sensible que j’aime tant : chapitre 3 : Comment tout commença (Il faut bien que ça finisse par commencer) ou encore chapitre 30 : Le dernier chapitre (Mais les histoires ne finissent jamais, elles continuent en nous). Mais dans tout le roman, Pennac insère des traits d’humour et des situations comiques.

Mais ce roman a aussi une portée morale (bon dit comme ça, ça fait un peu solennel), car ce que montre cette histoire d’amitié impossible est que la peur de l’autre naît de la méconnaissance, des préjugés et de la méchanceté, et qu’il faut dépasser ces a priori, aller vers l’autre pour mieux le comprendre et ne plus en avoir peur.

Comme je le disais au début, ce roman est le scénario du film Ernest et Célestine, mais il est un peu plus que cela, car Pennac insère parfois en fin de chapitre des dialogues entre l’Auteur, le Lecteur, Ernest et Célestine. Des dialogues en marge de l’histoire qui interrogent sur la lecture, l’écriture de roman et les personnages. Si j’ai aimé l’histoire racontée, je crois que j’ai surtout apprécié ces petits dialogues qui expliquent comment se crée une histoire, qui montrent les exigences du lecteur, comment le personnage peut avoir une vie indépendante orientant le récit dans une autre direction… bref du Gérard Genette devenu accessible aux enfants et drôlement plus sympa :

Le Lecteur : Excusez-moi d’intervenir, chez Auteur, mais ça va durer encore longtemps ? Non, je vous pose la question parce que moi, les descriptions, je n’aime pas beaucoup ça…

Ernest : Tu n’as qu’à sauter le chapitre !

Célestine : Ernest, ne sois pas désagréable avec le lecteur, tu veux ?

Ernest : Ecoute, il n’est jamais content. Tout à l’heure on voulait qu’il saute un chapitre abominable, il a refusé, et maintenant qu’on lui fait un joli chapitre de description, il veut le sauter. (pp.94/95)

Allez encore un petit extrait :

Le Lecteur : Mais quoi ?

L’Auteur : Mais il faut que je me repose un peu. Je vais aller me faire un café.

Le Lecteur : Ah ! Non ! Ce n’est pas le moment !

Ernest : Il a bien droit à son petit café, tout de même?

Célestine : C’est vrai. Il a beaucoup travaillé aujourd’hui.

Le Lecteur : Pas question. Je veux la suite, moi ! (pp.72/73)

Ces dialogues sont une merveille et ont provoqué plusieurs interrogations de la part de mes enfants sur le rôle de l’auteur et du lecteur. Notamment dans un passage où l’auteur écrit qu’il « raconte » l’histoire. Ce verbe raconter a entraîné quelques discussions intéressantes.. Car qui raconte en fait : l’auteur ou maman ? L’auteur raconte une histoire par écrit et maman raconte l’histoire en la lisant. Mais alors ? le Lecteur de l’histoire, qui est-il ?

Moi qui adore les interventions d’auteurs, les mises en abyme et la métatextualité (oui terme barbare, je l’avoue et qui signifie tout simplement un texte qui explique sa propre fabrication, c’est donc en gros un texte qui parle de lui-même, exactement ce que font Ernest, Célestine, L’auteur et le Lecteur dans ces dialogues), j’étais aux anges avec ces dialogues et je trouve génial d’initier les enfants à la stylistique sans en avoir l’air ! Pennac reste un prof dans l’âme, un prof fabuleux en plus d’être un merveilleux conteur d’histoires !

Nous allons voir le film cet après-midi 😉 !

Roman lu dans le cadre du Challenge Daniel Pennac , le Challenge La littérature fait son cinéma et du Challenge Le Nez dans les livres.

challenge Daniel Pennacchallenge-le-nez-dans-les-livresChallenge la littérature cinéma

« Celle que j’aime » d’Audren


audren celle que j'aimeJe ne peux pas parler forcément de tous les livres que je lis le soir à mes enfants, mais j’avais envie, ce matin, de vous parler de celui-ci, parce qu’il est un peu particulier. C’est le premier livre qu’Antoine a choisi seul, comme un grand, en lisant la quatrième de couverture, en le feuilletant consciencieusement, l’an dernier au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil. La deuxième raison est que depuis ma rencontre avec Audren, j’avais très envie de lire un de ses livres. J’ai retrouvé dans les pages de Celle que j’aime, la vitalité et l’humour de cette femme.

Paul est un gentil petit chat, amoureux de Lison. Un midi, à la cantine, il entend son amoureuse avouer qu’elle est végétarienne. C’est une nouvelle catastrophique ! Paul, qui rêvait de reprendre plus tard la charcuterie de ses parents avec Lison, voit tous ces rêves de bonheur s’écroulaient d’un coup ! Il doit choisir entre son rêve d’être charcutier et son amour pour Lison.

Avec beaucoup d’humour et de tendresse, Audren évoque les affres des premières amours enfantines. Paul est désespéré, déprimé, sa vie n’a plus de sens, il se sent déchiré et tellement triste. Paul est amoureux comme un grand, et ses soucis s’ils sont quelque peu différents de ceux des adultes, provoquent cependant les mêmes conséquences. Pas de mièvrerie ou d’ironie sous la plume d’Audren pour parler du sentiment amoureux des enfants. Si la mère de Paul n’y prend pas garde et croit que les yeux rouges de Paul sont dus à un allergie au pollen, le petit chat quant à lui vit difficilement sa désillusion.

Les enfants ont été très attentifs à cette lecture, et un passage les a fait particulièrement rire, même longtemps une fois le livre refermé ! J’y ai même encore eu droit ce matin au petit déjeuner, ils connaissaient les répliques de Paul et de son copain Théophile par cœur :

audren celle que j'aime page 38

Ce roman d’amour pour enfant est une belle façon de mettre des mots sur ce que les enfants peuvent ressentir, sur ce que les parents prennent parfois trop à la légère. L’humour est présent cependant, mais sans jamais ironiser sur les sentiments sincères de Paul.

J’ai beaucoup aimé le fait qu’Audren ait choisi pour personnage un petit chat sensible, et parle de l’amour à travers les yeux d’un garçon et non d’une fille. Les filles d’ailleurs apparaissent dans ce roman (sauf bien sûr Lison qui est parfaite !) quelque peu superficielles.

C’est donc bien réellement un roman d’amour pour garçon, car oui, les garçons aussi ont des sentiments tendres et peuvent être tristes et pleurer à cause d’une fille.

Ce petit roman est édité par L’Ecole des Loisirs, collection Mouche avec de jolies illustrations de Stéphanie Blake. Conseillé à partir du CE1.

Livre lu dans le cadre du Challenge Cartable et tableau noir.

challenge cartable et tableau noir

« Fantômette contre Fantômette » de Georges Chaulet


Il y a certaines aventures de Fantômette que je me souviens parfaitement voir lues dans mon enfance, et celle-ci en fait partie. En la relisant la semaine dernière, j’ai eu le plaisir de retrouver les Galeries Farfouillette (nom que nous avions fini par adopter dans ma famille pour parler des Galeries Lafayette), mais aussi cette sensation étrange de déjà lu qui replonge dans des souvenirs anciens. J’ai toujours aimé les histoires de doubles en littérature, et je finis par me demander si cet intérêt n’est pas né de cette lecture-ci.

Dans cette aventure, Fantômette est accusée de cambriolage dans le grand magasin de Framboisy, les Galeries Farfouillette. Elle a été nettement aperçue sur le toit du bâtiment et un petit mot laissé au stand des parfums portant sa signature semblent prouver que la justicières ait changé de camp. Ficelle, Boulotte et Françoise ont bien l’intention de mener l’enquête.

Lors du challenge que j’avais lancé l’été dernier autour de la bibliothèque rose, j’avais déjà relu quelques aventures de notre justicière masquée (Les exploits de Fantômette, Pas de vacances pour Fantômette). Les exploits de Fantômette était la première, Pas de vacances était la 8ème. Il s’agit donc ici de la 12ème aventure, autant vous dire que Georges Chaulet était déjà bien rôdé, et ça se sent. Les personnages sont moins caricaturaux que dans la première aventure, et l’intrigue est un peu plus complexe. Le lien entre Fançoise et Fantômette reste dans le domaine de l’implicit, même si un lecteur avisé aura bien vite compris qu’elle ne forme qu’une seule et même personne.

Ce qui me fait sourire, et que je n’avais pas forcément relevé enfant, ou du moins je ne m’en souviens pas, sont les inventions autour des patronymes, et notamment ceux des détectives : l’inspecteur Fouinard ou Lahury, par exemple. Les scènes en classe sont aussi assez drôles notamment grâce à Ficelle qui écoute sa radio cachée dans son pupitre et qui incarne bien ces amies que nous avons tous connues durant notre scolarité.

La résolution de l’intrigue est progressive et Françoise sait, avant tout le monde, le fin mot de l’histoire, un peu comme Hercule Poirot qui, dans les romans d’Agatha Christie, donne sa version finale. Alors oui, les intrigues sont moins élaborées que celles d’Agatha Christie, mais les aventures de Fantômette n’ont pas vraiment le même lectorat. Malgré cela, il n’y a pas d’invraisemblance et le tout se tient bien. C’est donc une belle initiation aux polars, me semble-t-il, et une aventure plus aboutie que les toutes premières aventures.

Roman lu dans le cadre du Challenge Fantômette hommage à Georges Chaulet, du Challenge S.T.A.R 5.

« L’Oeil du Loup » de Daniel Pennac


Daniel Pennac est un auteur qui m’enthousiasme, et quand j’ai pris connaissance de l’existence de ce petit roman pour la jeunesse, j’ai eu envie de le faire partager à mes enfants en le leur lisant à voix haute. J’ai donc profité des vacances. Il s’avère que la maîtresse d’Antoine m’avait devancée, mais Antoine n’a pas rechigné à entendre cette histoire pour la deuxième fois.

Dans un zoo, un loup d’Alaska à la fourrure bleue va et vient dans son enclos. Un petit garçon depuis plusieurs jours est posté derrière les grilles à le regarder. Le loup veut l’ignorer, cet enfant l’énerve, il se comprend pas ce qu’il fait là tous les jours à l’observer. Le loup a un oeil fermé, une vieille histoire du temps où il vivait en liberté. A bout, le loup décide de planter son oeil dans les yeux du petit garçon. Et dans l’oeil du loup, tout le passé de celui-ci s’anime.

Pennac divise son récit en deux parties : l’histoire du loup puis l’histoire du petit garçon, Afrique, un orphelin qui a le don de parler aux animaux. La première partie du récit m’a plus séduite que la deuxième, même si cette dernière, en relevant davantage du conte, présente aussi beaucoup de charme.

L’auteur nous plonge dans les pensées du loup et c’est essentiellement cette focalisation interne qui m’a touchée. Pennac, par la pensée du loup, aborde ainsi plusieurs thèmes : le rapport de l’homme avec l’animal et notamment les trappeurs avides des fourrures des loups, la destruction de la nature par l’homme (la déforestation, par exemple) et la difficulté de l’animal à vivre dans un monde où l’homme est le principal prédateur et exploiteur de l’animal. La sagesse est incarnée par l’enfant, être simple, proche de la nature et futé qui comprend les bêtes, toutes les bêtes, les sauvages comme les domestiquées.

Dans ce conte, Pennac offre un hymne à l’animal en égratignant l’homme qui se révèle bien plus sauvage que le loup ou le guépard. Dans une langue simple, souvent drôle, il raconte une histoire sensible et juste. Le Zoo, prison pour animaux, devient, grâce à l’enfant, un endroit qui incarne alors une certaine utopie où les animaux et les hommes peuvent vivre ensemble. Chaque animal a son propre destin, sa propre histoire, et tous, par le biais du petit garçon, ont un lien entre eux. Pennac va au-delà des a priori réhabilitant chaque animal, les déchargeant des clichés et des réputations donnés par les hommes.

L’histoire d’Afrique, petit garçon orphelin qui a lui aussi subi les violences des hommes, est un être innocent. Ses multiples péripéties à travers le monde et ses diverses rencontres avec les animaux en font un personnage de conte moderne.

Un joli conte donc, à faire lire à nos enfants ou à leur lire.

Livre lu dans le cadre du Challenge TOTEM Loup, du Challenge S.T.A.R 5, du Challenge Animaux du Monde.

« Halte aux livres ! » de Brigitte Smadja


Quand on est, comme moi, addict aux livres, qu’on en achète, en emprunte, en troque, en reçoit à tout va, quand les étagères en sont pleines, quand on ne cesse de les empiler partout dans la maison et que l’on a des enfants, on peut se demander si, tous ces lives, finalement, ne sont pas étouffants pour eux. Je me suis souvent poser cette question. Et si ma passion de la lecture et des livres n’était pas en train de dégoûter mes enfants de la lecture. Le roman jeunesse de Brigitte Smadja aborde cette question du point de vue de Basile dont la maman a beaucoup de point communs avec moi. Elle aime lire, aller au Salon du livre et offrir des livres à son fils. Mais Basile, lui, n’aime pas les livres, il les déteste même, mais se garde bien de le dire de peur de faire de la peine à sa maman, et qu’elle ne l’aime plus. Dans sa chambre, une immense bibliothèque couvre les murs, prend toute la place. Mais ce que Basile aime c’est la science, c’est démonter des lampes et voir ce que cache l’intérieur d’une radio ou de la télévision. Le problème est que ces démontages énervent Papa, et que sa chambre est un vrai capharnaüm ce qui ne fait pas très plaisir à Maman. Un dimanche après-midi au Salon du Livre va alors devenir un vrai cauchemar pour Basile, mais aussi pour Maman.

J’ai choisi ce livre pour Antoine, je dois l’avouer, un peu par culpabilité, et un peu aussi pour voir ce qu’il en pensait, lui, de tout ça. Il l’a commencé, pas encore fini, donc je n’ai pas encore sa réponse. Je le lui ai piqué ce matin sur sa table de nuit, je voulais voir comment Smadja traitait la question. Et j’ai aimé. Car finalement, ce que Basile n’aime pas, ce ne sont pas les livres, mais la lecture en solitaire. Il regrette le temps où, avant la naissance de sa petite sœur, son père lui racontait Le Petit chaperon rouge en prenant une grosse voix pour faire parler le loup. Quand Basile relit seul ce conte, il n’a plus peur du loup, il ne ressent pas la même chose.

Et puis Basile est un scientifique dans l’âme. Il ne croit pas aux lapins verts, et aux animaux qui vivent comme des humains.

Cette fois, je n’en peux plus de ces milliers de pages et d’images de lapins qui se marient, de crocodiles qui perdent leurs dents, de cochons qui s’achètent des maisons de campagnes, de souris qui n’en finissent plus de se reproduire. (p.55)

La maman de Basile n’a pas su tenir compte des envies de son fils, et a donné aux livres une fonction que d’autres donnent à la télévision : un moyen de se débarrasser de ses enfants. Basile est donc partagé entre la peur de déplaire, et cette haine pour les livres qui symbolisent encore plus sa solitude face à une petite sœur qui accapare toutes les préoccupations parentales.

Je vous rassure, les choses vont s’arranger, et Basile va se réconcilier avec les livres, mais je ne vous dirais pas comment.

Ce petit roman m’a donc beaucoup intéressée, car il m’a permis de me remettre en question, et de m’interroger aussi sur le fait que la lecture reste un choix personnel que l’on ne peut imposer aux autres, et surtout à ses enfants. Quand on est parent, et même si l’on n’est pas nécessairement un gros lecteur (comme le papa de Basile), la lecture est importante, on veut que nos enfants lisent, parce que c’est important, pour l’école, pour la culture, pour l’orthographe, on est fier d’affirmer que nos enfants dévorent les livres, bref, on met sur la tête de nos enfants une pression telle que parfois, la lecture devient une corvée, et que les enfants prennent les livres en grippe. C’est oublier que la lecture est avant tout un plaisir et non un devoir, et que nos enfants ne prennent pas nécessairement plaisir aux mêmes choses que nous. C’est oublier aussi, que la lecture peut être un partage, un moment intime entre soi et ses enfants. Un moment pendant lequel on est ensemble, blotti l’un contre l’autre. Quand un enfant commence à savoir lire tout seul, on le laisse se débrouiller, il est tout seul, justement, et c’est bien ce que regrette Basile. Car tous les enfants aiment les histoires, mais tous ne sont pas toujours prêts à se retrouver seul face à un livre.

Brigitte Smadja a écrit là un roman qui, à la fois, déculpabilise les enfants mais aussi fait réfléchir les parents.

Roman jeunesse lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres.

« Le livre qui fait aimer les livres même à ceux qui n’aiment pas lire ! » de Françoize Boucher


Delphine, lors de notre dernière rencontre du Club des Lectrices, nous a présenté ce livre, objet non identifié, fluo à souhait, et terriblement tentant ! Après en avoir tourné quelques pages, je l’ai mis dans mon sac, gentillement prêté par Delphine, passeuse de livres devant l’éternel. A peine rentrée chez moi, je l’ai soumis à Antoine, mon petit cobaye préféré. Il n’en a fait qu’une bouchée, riant tout seul dans son lit, et heureux, une demi-heure plus tard, de m’annoncer qu’il l’avait déjà fini, et me montrant les pages qui l’avaient le plus fait rire.

Avec Delphine et les lectrices du club nous avions un peu débattu sur les illustrations que nous trouvions guère réussies et un peu criardes, mais Antoine les a, au contraire trouvées à son goût. Moi-même, j’avoue que je ne les trouve pas si mal que cela et assez en accord avec le texte, quelque peu déjanté.

Il s’agit donc d’un manifeste pour la lecture libre, car Françoize Boucher ne culpabilise pas les petits lecteurs, voire les non-lecteurs, même si tout est fait cependant pour valoriser la lecture. Certains arguments se succèdent, réalistes ou totalement loufoques mais toujours très drôles :

Photo récupérée chez Bladelor qui avait déjà parlé de ce livre l’été dernier

Un livre donc qui reprend les arguments traditionnels (lire permet de faire moins de fautes d’orthographe) mais en les illustrant de façon drôles. Mais j’avoue que les arguments loufoques sont sans contexte ceux qui m’ont fait le plus rire comme les deux exemples ci-dessous (mes propres photos) :

Et le summum reste cette double page (spéciale dédicace à Lili Galipette!) :

Au final c’est un livre intelligent qui aborde la lecture de façon drôle et sans complexe. J’aurais pu vous donner d’autres photos des illustrations, mais le mieux pour vous et de vous précipiter pour le lire et passer ainsi une dizaine de minutes à rire, ce qui est toujours bon à prendre. Si vous avez des enfants, l’expérience menée sur Antoine (9 ans) prouve assez que ce petit livre est très efficace.

Merci donc à mon amie Delphine pour ce prêt. Vous pouvez aussi aller lire ce qu’elle a pensé sur son blog et découvrir tout ce dont je n’ai pas parlé ici.

Livre lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres.