« L’Avare » MOLIERE


Molière l'avareL’Avare fut créée pour la première fois en 1668 et ne rencontra pas un franc succès puisqu’elle ne fut jouée que neuf fois du vivant de Molière. En 1668, Molière a 46 ans et a déjà écrit ses grandes comédies : Tartuffe et Dom Juan. Avec L’Avare, il revient à des comédies plus divertissantes et à la prose, pour autant certains aspects de L’Avare me paraissent assez sombres.

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« Les Femmes savantes » de MOLIERE


Molière les femmes savantes oeuvre complète 4Je poursuis mon envie de lectures classiques avec cette comédie de Molière que je n’avais encore jamais lue. Voilà bien l’étrangeté des études de lettres qui m’ont fait étudier parfois plusieurs fois la même pièce et jamais certaines autres, mais il n’est jamais trop tard pour combler nos lacunes.

Molière a 50 ans quand il écrit cette pièce, on y voit souvent le signe d’une maturité et l’on sent en effet une pleine maîtrise du genre, avec un retour aux alexandrins et aux 5 actes qui lui donnent une allure classique quelque peu démentie par des registres qui se succèdent : comique, dans toute sa diversité, et élans tragiques. C’est donc une comédie, certes, mais sérieuse et qui aborde des thèmes que Molière avait déjà soulevés dans L’Ecole des femmes ou Les Précieuses ridicules, par exemple, mais ici ces thèmes prennent une nouvelle ampleur.

Dans la famille bourgeoise de Chrysale, rien ne va plus. Sa fille Henriette souhaite épouser Clitandre, une jeune homme qui a ses entrées à la Cour, honnête et mesuré, il incarne les valeurs de l’époque. Mais, sa femme, Philaminte, qui se pique de sciences et de littérature, a elle fermément décidé de la marier à Trissotin, poète dont elle ne cesse de vanter la grandeur, tandis qu’il est fortement reconnu comme médiocre à la Cour.

Vont donc s’affronter deux camps : celui du cœur (Chrysale, Henriette, Clitandre) et celui de l’esprit (Philaminte, Armande (sa fille aînée) et Béliste (soeur de Chrysale et légèrement perchée comme on dit aujourd’hui).

Molière critique ici, comme dans la plupart de ses pièces, les familles bourgeoises qui accèdent depuis peu à la science et notamment les femmes qui tiennent salon et se piquent de littérature sans en connaître grand chose.

A travers ses trois femmes savantes que sont Philaminte, Armande et Béliste, il dresse le portrait de trois types d’écueils : l’aveuglement et le manque de jugement de Philaminte ; la pédanterie d’Armande qui dit refuser le mariage mais qui se laisserait bien pliée et Béliste, vieille fille qui devient savante par dépit et pense que tous les hommes sont secrètement amoureux d’elle, elle incarne également ce que pourrait bien devenir Armande si elle s’obstine dans son rôle.

Les Femmes savantes est aussi une pièce à clefs. En effet, le fameux Trissotin, signifiant « trois fois sot » en largement inspiré de l’abbé Cotin qui avait fortement critiqué L’école des femmes. De même, la querelle entre Trissotin et Vadius fait échos à celle engagée entre Cotin et Ménage sur les mêmes motifs : l’un avait critiqué les vers de l’autre sans savoir qu’ils étaient du second.

Le sujet principal de cette pièce est avant tout la pédanterie. Thème encore et toujours d’actualité comme en témoigne ces quelques répliques :

Il semble à trois gredins, dans leur petit cerveau, / que, pour être imprimés, et reliés en veau, / Les voilà dans l’État d’importantes personnes ; / Qu’avec leur plume ils font les destins des couronnes ; / Qu’au moindre petit bruit de leurs productions / Ils doivent voir chez eux voler les pensions ; / Que sur eux l’univers a la vue attachée ; / Que partout de leur nom la gloire est épanchée (Acte IV, Scène III).

Ce n’est pas tant la science et l’étude qui sont reprochées aux femmes, que l’usage et la compréhension qu’elles en font et en ont. Molière s’en prend encore une fois aux bourgeois, et là précisément aux bourgeoises, il se moque de leurs travers et la volonté des femmes de briller en société par leur savoir est finalement un travers comme un autre et rappelle également M. Jourdain.

Il y aurait aussi à dire sur le personnage de Chrysalde, père faible, tétanisé par la volonté implacable de sa femme, écrasé si ce n’est vampirisé par des femmes décidées. Clitandre est l’homme de son siècle. Il ne refuse pas l’étude à sa femme, mais, dans ce siècle qui prône la mesure et la retenue, il préfère que sa future épouse ne fasse pas étalage de son savoir en société.

Il est nécessaire de lire cette pièce dans son contexte historique et social, même si, comme je l’ai dit, la pédanterie est toujours bien présente à notre époque. Les bourgeois voulant imiter les aristocrates est un sujet récurent chez Molière et cette fois ce sont les bourgeoises qui en prennent pour leur grade.

Une lecture qui donne du pepse et qui prouve une fois encore qu’un classique est avant tout une œuvre qui ne se démode pas !

Pièce lue dans le cadre du Challenge Molière et du défi

Challenge molièreGeorge relit Molière

« Le Médecin volant » Molière


Je continue ma lecture des pièces de Molière. Ce matin, une petite lecture rapide et fort amusante. Cette farce marque l’entrée en scène du célèbre Sganarelle, rôle que Molière jouera lui-même.

Il est question de mariage arrangé que l’on cherche à différer pour permettre à deux jeunes gens de s’unir par amour. Pour cela, la sœur de la future mariée invente un stratagème : un médecin contrefait doit isoler la jeune fille pour permettre à son amant de la rencontrer. Valère, le jeune premier, engage son valet Sganarelle, qui se prend au jeu du savant médecin.

Le médecin est ici un type de farce bien connu et l’on perçoit déjà dans ce « jeune » Sganarelle, les traits de caractère que Molière ne cessera de reprendre pour ce personnage si souvent présent dans ses pièces : il aime boire, est filou, baragouine du latin, craint les coups de bâton. Plusieurs répliques m’ont fait rire, et je suis toujours fascinée de rire de bon coeur à des répliques écrites voilà quatre siècles.

Gorgibus : Vite une table, du papier, de l’encre.

Sganarelle : Y a-t-il quelqu’un qui sache écrire ?

Gorgibus : Est-ce que vous ne le savez point ?

Sganarelle: Ah! je ne m’en souviens pas ; j’ai tant d’affaires dans la tête, que j’oublie la moitié… (p.41)

Mais le ressort principal de la farce tient à un comique de gestes et de situation particulier, puisque, pour éviter d’être démasqué, Sganarelle se trouve obligé de jouer deux rôles : le sien et celui du médecin. Ainsi sur plusieurs scènes, Sganarelle doit faire croire qu’il est deux, ce qui entraîne des jeux de scène acrobatiques, rapides qui relèvent du gag et qui expliquent le titre de la farce : le médecin vole car Sganarelle doit changer de costume (celui de valet, celui de médecin) pour maintenir Gorgibus dans la confusion.

Plus aboutie que Le Barbouillé, cette farce gagnerait encore plus à être vue sur scène, comme souvent les farces d’ailleurs. Mais certaines répliques témoignent déjà d’une maîtrise du comique de mots, et un certain clin d’oeil à Corneille se saisit avec délice :

J’ai des talents particuliers, j’ai des secrets. Salamalec, salamalec. « Rodrigue, as-tu du coeur? » Signor, si ; signor, non. Per omnia saecula saeculorum. (p40)

Baroque à souhait, tout se mélange dans cette simple réplique, et l’on se demande bien ce que Rodrigue vient faire dans cette galère !

Pièce lu dans le cadre du Challenge Molière et de :

« La Jalousie du Barbouillé » Molière


Dans le cadre du Challenge Molière organisé par Sharon, j’ai décidé d’acheter l’œuvre complète du dramaturge dans la collection GF. Cela faisait longtemps que je voulais avoir toutes ses comédies sous la main, c’est chose faite. Du coup une idée un peu folle a germé dans ma tête : j’ai décidé de lire toutes ces pièces dans l’ordre chronologique. Alors je mettrai le temps qu’il faudra, mais le challenge de Sharon va m’aider dans cette résolution.

J’ai donc commencé hier par une des premières farces écrites entre 1646 et 1658, quand la troupe de Molière était en province.

L’intrigue est des plus simples : une querelle de couple, entre le Barbouillé (= le fariné) et sa femme Angélique. Celle-ci reproche à son mari d’être un ivrogne qui passe son temps dans les cabarets, tandis que le mari soupçonne sa femme de nouer quelque intrigue avec Valère. Les insultes fusent. Les personnages sont stéréotypés et propres aux farces populaires dont le seul but est de divertir, de faire rire, digne de la commedia dell’arte.

Certaines scènes ne font qu’une réplique et il est évident que ce texte ne sert que de canevas, de support à des improvisations et comique de gestes.

Toutefois nous retrouvons déjà certains sujets, voire certains types que Molière va réutiliser tout au long de sa carrière. Le docteur philosophe, s’il est un personnage typique de la farce, est aussi un personnage souvent présent dans les grandes comédies de Molière. Celui de cette farce est verbaux et pédant à souhait, ponctuant son discours d’expressions latines. Nous trouvons également le personnage de Georgibus (ici le père d’Angélique), que Molière réemploiera dans Les Précieuses Ridicules, par exemple. L’intrigue elle-même est reprise dans George Dandin, avec certes plus de finesse.

Cette farce est donc intéressante, non réellement pour elle-même, mais parce qu’elle contient en germe, déjà, tout le talent que Molière déploiera dans ces grandes comédies.