« On ne badine pas avec l’amour » d’Alfred de MUSSET


Musset on ne badine pasQuand on prend le pseudo George en référence à George Sand, on a forcément une certaine tendresse pour Alfred de Musset, tendresse qui pousse parfois même à baptiser son chat de ce prénom.

Hier après-midi, j’ai voulu me rafraîchir la mémoire et j’ai repris mon vieil exemplaire rassemblant les pièces les plus célèbres de Musset. Ce pauvre exemplaire présente les défauts des GF Flammarion, la colle sèche et la tranche a lamentablement craqué, du coup les pages se séparent. Le temps a aussi son effet sur les livres.

Alfred de Musset écrit On ne badine pas avec l’amour en 1834, de retour de Venise et après sa rupture avec George Sand. L’écriture de cette pièce est mue par une commande de Buloz, directeur de la célèbre Revue des deux mondes. Musset n’est guère enthousiaste, mais il l’écrit en deux mois avant de se lancer dans la rédaction de La Confession d’un enfant du siècle.

Alfred de Musset appartient à la deuxième génération romantique, celle qui commence vers 1830 et dont George Sand fait également partie. Il est romantique dans l’âme et influencé, pour le théâtre, par les préceptes de Victor Hugo sur le drame romantique.

Pour parler d’une pièce de Musset, il est un peu nécessaire de se replacer dans le contexte. Victor Hugo dans sa préface à Cromwell (1827) et Stendhal, avant lui en 1823, dans Racine et Shakespeare, en avaient posé les principes. Comme à chaque changement d’époque, la littérature évolue. Le drame romantique veut donc rompre essentiellement avec le carcan des règles classiques : volonté de réalisme, personnages ambivalents et originaux, mélange des tons (comique, tragique, drame) et prose. Musset est sans doute celui qui a le plus suivi les préceptes du drame romantique et cette pièce, et plus encore Lorenzaccio écrite en 1833, y répond assez fidèlement. Musset a donc largement contribué à l’éclosion du drame romantique sur la scène du théâtre des années 30.

A une époque indéterminée, Perdican revient dans le domaine de son père après des études de droit qu’il a suivies à Paris. Le voilà érudit. Parallèlement, sa cousine, Camille, vient de sortir du couvent et se rend également chez le baron pour récupérer l’héritage de sa mère. Les deux jeunes gens se revoient donc après avoir été séparés quelques années. Le baron, père de Perdican, est bien décidé à les marier. Depuis leur enfance, Perdican et Camille étaient promis à ce mariage, mais l’attitude froide de Camille, devenue dévote accomplie, semble remettre en question leur union. Si Perdican semble nostalgique de ce temps de l’enfance innocente, Camille donne l’impression de l’avoir oublié. Entre eux va donc s’engager un jeu dangereux dont Rosette, la soeur de lait de Camille, va en être la principale victime.

Sa rupture avec George Sand va fortement marquer l’œuvre d’Alfred de Musset : dans ses poèmes (6 poèmes lui sont explicitement dédiés), dans son œuvre romanesque (La Confession d’un enfant du siècle) et bien sûr dans ses pièces de théâtre. Leur passion alimentée par de nombreuses lettres va donc nourrir l’œuvre, ce qui est aussi le cas pour George Sand, mais sans doute avait-elle une plus forte capacité à se remettre. Je ne reviendrai pas sur les rebondissements divers de cette liaison qui fut bien tumultueuse. Quoiqu’il en soit, dans l’œuvre de Musset, George Sand apparaît souvent comme une femme froide, hautaine, qui a oublié leur amour, comme en témoigne ces vers :

Toi qui me l’as appris, tu ne t’en souviens plus
De tout ce que mon coeur renfermait de tendresse,
Quand, dans nuit profonde, ô ma belle maîtresse,
Je venais en pleurant tomber dans tes bras nus !

La mémoire en est morte, un jour te l’a ravie
Et cet amour si doux, qui faisait sur la vie
Glisser dans un baiser nos deux cœurs confondus,
Toi qui me l’as appris, tu ne t’en souviens plus.

Camille, comme George Sand, ne souhaite pas se souvenir du passé. Ayant écouté les récits des amours défuntes de ses consœurs de couvent, Camille craint l’amour sans l’avoir connu. Son âme est déchirée entre sa foi et sa volonté de retourner au couvent, et son désir d’amour pur et réel entaché par les histoires d’abandons et de tromperies qu’on lui a racontées. Perdican se montre plus désinvolte. Il a connu des femmes, mais l’amour, le vrai, semble lui avoir échappé, ce qui ne l’empêche pas de croire à l’amour et préfère souffrir d’amour que de n’aimer jamais. Cette pensée de Perdican est d’ailleurs une pensée de George Sand :

On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de la tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. (Acte II Scène V)

Cette réplique, que l’on associe toujours à Alfred de Musset, est en fait un extrait d’une lettre de George Sand à Musset (12 mai 1834). On voit à quel point Sand le hante. La douleur dans l’amour est bien sûr un trait fortement romantique, mais Musset a le talent de transcender le vécu pour le mettre au service de son art, et sa pièce ne peut être perçue comme autobiographique.

Les éléments du Drame Romantique sont bien présents, avec des personnages, comme le Baron ou le curé, maître Bridaine (surtout porté sur la bouteille) ou l’ancien précepteur de Perdican, maître Bladius. Le Baron ne cesse de s’étonner de tout, ne comprend rien aux comportements de ses enfants. Ces personnages permettent une rupture de ton en provoquant des scènes assez comiques.

L’autre élément romantique est cet anticléricalisme très présent dans cette pièce. Louise l’amie de couvent de Camille apparaît comme une femme aigrie, triste et ayant perdu toute espérance ; la gouvernante de la jeune fille, Madame Pluche est une femme acariâtre et le couvent en lui-même apparaît peuplé de femmes aigries et malheureuses influençant les jeunes novices :

Il y a deux cents femmes dans ton monastère, et la plupart ont au fond du cœur des blessures profondes ; elles te les ont fait toucher, et elles ont coloré ta pensée virginale des gouttes de leur sang. Elles ont vécu, n’est-ce pas ? et elles t’ont montré avec horreur la route de leur vie ; tu t’es signée devant leurs cicatrices, coe devant les plaies de Jésus ; elles t’ont fait une place dans leurs processions lugubres […] O mon enfant ! Sais-tu les rêves de ces femmes, qui te disent de ne pas rêver? Sais-tu quel nom elles murmurent quand les sanglots qui sortent de leur lèvres font trembler l’hostie qu’on leur présente ? (Acte II, scène V).

Enfin, et je n’ai pu m’empêcher de penser à Jane Austen, quand Musset, dans sa pièce, condamne l’orgueil qui aveugle et fait commettre les pires actes : L’orgueil, le plus fatal des conseillers humains […] qu’es-tu venu faire sur nos lèvres, orgueil, lorsque nos mains allaient se joindre ? (Acte III, Scène VIII).

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le badinage, hérité du marivaudage, sur l’utilisation des lettres, sur les scènes épiées par un autre personnage, sur les quiproquos, sur l’innocence sacrifiée, mais je vous laisse découvrir ou redécouvrir tout cela.

Pièce lue dans le cadre du Challenge Romantique

challenge romantique

« Les Lumières du théâtre : Corneille, Racine, Molière et les autres » d’Anne-Marie Desplat-Duc


En cette période de rentrée scolaire, où tant de collégiens et lycéens vont aborder le théâtre du XVIIème siècle, voici un livre que tous les parents, si ce n’est les enseignants, devraient placer sur la table de chevet de leurs enfants. Bien que destiné à de jeunes lecteurs à partir de 11 ans, ce livre peut être lu à tous les âges, tant il regorge d’informations, et d’anecdotes sur des auteurs que l’on a trop souvent tendance à ne percevoir que d’un point de vue bêtement scolaire.

Le grand mérite d’Anne-Marie Desplat-Duc, que l’on connaît pour sa série Les Colombes du Roi Soleil, fait pénétrer son lecteur dans l’intimité créatrice de Corneille, Molière ou Racine, sans oublier La Fontaine ou Boileau, et c’est un régal. Tout à coup ces auteurs nous apparaissent vivants, dépoussiérés, leurs œuvres prennent une autre signification car sont envisagées du point de vue des auteurs : ils y mettent leurs espérances, leur esprit de vengeance ou leur désir de plaire au Roi, Louis XIV.

Anne-Marie Desplat-Duc se concentre sur une période précise allant de 1637 à 1680, soit de la création du Cid de Corneille, à la création de la Comédie-Française. En alternant les chapitres consacrés chacun, en alternance, aux quatre auteurs pré-cités, Anne-Marie Desplat-Duc nous fait partager leurs joies et leurs déceptions, leur amitié mais aussi leurs rivalités. Soudain, ils ne sont plus de simples noms mais ils prennent vie, ils se rencontrent, notamment dans des cabarets, ils fréquentent les mêmes femmes, essentiellement des actrices belles et infidèles, ils parlent entre eux de leurs œuvres, de leurs difficultés à écrire, à trouver des mécènes, à entrer dans les grâces du Roi. Et c’est un monde que l’on découvre. J’ai fait des études de lettres, et pourtant c’est la première fois que j’entends parler de l’amitié entre Molière et Boileau, par exemple.

Ce livre m’a plu (je pense que vous vous en doutiez un peu déjà!) parce qu’il donne une vision nouvelle de ces auteurs, il les rend accessibles, compréhensibles, il les montre vivants (c’est l’âge je me répète, mais c’est pourtant exactement le terme) et souvent assez différents de ce que l’on pouvait s’imaginer de leur personnalité à la lecture de leurs œuvres. Ainsi Racine m’a toujours semblé assez austère, rigoriste, alors qu’Anne-Marie Desplat-Duc le montre comme un homme aimant la nuit et ses plaisirs, et particulièrement ambitieux pour ne pas dire arriviste. Molière, que je connais un peu mieux, m’a beaucoup touchée dans le portrait qu’en fait l’auteur : ami fidèle, dévoué souvent trahi, il est montré comme un fou de théâtre, à la fois dramaturge, acteur, metteur en scène, chef de troupe, veillant aux moindres détails des mises en scène et du jeu des acteurs, inventif aussi quand il crée les fameuses comédies-ballets avec Lully. Corneille est l’homme du passé, sans cesse en lutte contre le jeune Racine qui n’aspire qu’à prendre sa place et à être reconnu comme le seul auteur de tragédies. Ou encore La Fontaine, le malchanceux.

Parallèlement, et en suivant la création des différentes pièces des uns et des autres, Anne-Marie Desplat-Duc nous explique le théâtre de l’époque, évoque les grands acteurs et actrices de ce XVIIème siècle, montre les rivalités entre l’Hôtel de Bourgogne et le Palais-Royal, le théâtre de Molière. Elle dresse aussi, en filigrane, le portrait d’un Roi friand de divertissements, parfois généreux ou parfois refusant la grâce. La lutte de chaque instant pour produire des pièces somptueuses, l’espoir de plaire au Roi et de pouvoir vivre ainsi de leur métier. Elle dit aussi, ou rappelle, cette sombre condition des dramaturges et des comédiens voués à la fausse commune s’ils ne renoncent, sur leur lit de mort au métier qui fut le leur. Elle nous parle enfin de leur vie d’homme, les mariages, les infidélités, la mort des enfants.

Ce livre est enfin une bonne nouvelle dans ma traversée des lectures bof-bof, une vraie bouffée d’air qui me donne envie de relire toutes ces pièces évoquées au fil de ses pages.

Merci aux Éditions Flammarion Jeunesse et à Brigitte G. pour sa confiance.

Livre lu dans le cadre du Challenge Biographie.

« Le Bourgeois gentilhomme » Molière mise en scène C. Hiegel


Molière disait que le théâtre doit être vu, car, pour le lire, il faut posséder une imagination scénique. Hier j’ai suivi ses conseils, et suis allée voir Le Bourgeois Gentilhomme au théâtre de la Porte-Saint-Martin, mis en scène par la grande Catherine Hiegel, et François Morel dans le rôle titre.

J’avais un souvenir scolaire de la pièce, quelques scènes mémorables : belle marquise, vos beaux yeux…, le Mamamouchi (bien sûr) ou encore la scène du tailleur et le fou rire de Nicole, la servante. Mais ce que l’on oublie souvent est que cette pièce est une Comédie-ballet. Catherine Hiegel a fait le choix d’une mise en scène fidèle au texte. Si, par moment cela semble un peu ralentir la pièce, l’impression que j’en ai eu est d’avoir vu la pièce telle qu’elle fut (peut-être) jouée en 1670. Les costumes d’époque, mais surtout la musique omniprésente participent de cette sensation de voyage dans le passé. Et pourtant, l’actualité de ce qui est dit est saisissant, intemporel.

François Morel est un M. Jourdain juste, parfait, du sur mesure, tout en restant ce qu’il est. On rit comme si l’on découvrait la pièce pour la première fois, et les répliques, en étant incarnées, révèlent alors tout leur sens. Oui, Molière avait sans doute raison de ne concevoir le théâtre que sur scène, c’est sans aucun doute sur les planches qu’il prend toute sa puissance et devient évident. Une fois encore, j’ai trouvé la mise en scène de Catherine Hiegel (dont j’avais déjà apprécié le travail pour L’Avare à la Comédie Française) remarquable. Elle met à jour les implicites du texte, rompt le 4ème mur en faisant traverser la salle par ses acteurs.

Comme Antoine, beaucoup d’enfants faisaient partie du public. C’est la deuxième fois que j’emmène Antoine au théâtre voir une pièce de Molière et il était ravi. Il a ri, observé le jeu des lumières, et aura compris ce qu’il en aura compris, mais je pense qu’il en gardera un très bon souvenir.

Envie de voir la bande annonce, cliquez sur le lien :

Représentation vue dans le cadre du Challenge Molière.

« La Jalousie du Barbouillé » Molière


Dans le cadre du Challenge Molière organisé par Sharon, j’ai décidé d’acheter l’œuvre complète du dramaturge dans la collection GF. Cela faisait longtemps que je voulais avoir toutes ses comédies sous la main, c’est chose faite. Du coup une idée un peu folle a germé dans ma tête : j’ai décidé de lire toutes ces pièces dans l’ordre chronologique. Alors je mettrai le temps qu’il faudra, mais le challenge de Sharon va m’aider dans cette résolution.

J’ai donc commencé hier par une des premières farces écrites entre 1646 et 1658, quand la troupe de Molière était en province.

L’intrigue est des plus simples : une querelle de couple, entre le Barbouillé (= le fariné) et sa femme Angélique. Celle-ci reproche à son mari d’être un ivrogne qui passe son temps dans les cabarets, tandis que le mari soupçonne sa femme de nouer quelque intrigue avec Valère. Les insultes fusent. Les personnages sont stéréotypés et propres aux farces populaires dont le seul but est de divertir, de faire rire, digne de la commedia dell’arte.

Certaines scènes ne font qu’une réplique et il est évident que ce texte ne sert que de canevas, de support à des improvisations et comique de gestes.

Toutefois nous retrouvons déjà certains sujets, voire certains types que Molière va réutiliser tout au long de sa carrière. Le docteur philosophe, s’il est un personnage typique de la farce, est aussi un personnage souvent présent dans les grandes comédies de Molière. Celui de cette farce est verbaux et pédant à souhait, ponctuant son discours d’expressions latines. Nous trouvons également le personnage de Georgibus (ici le père d’Angélique), que Molière réemploiera dans Les Précieuses Ridicules, par exemple. L’intrigue elle-même est reprise dans George Dandin, avec certes plus de finesse.

Cette farce est donc intéressante, non réellement pour elle-même, mais parce qu’elle contient en germe, déjà, tout le talent que Molière déploiera dans ces grandes comédies.

« Memory » Vincent Delerm, théâtre


Je suis amoureuse de Vincent depuis la sortie de son premier album ! je l’aime lui, son père, sa mère… toute la famille ! Grâce à ma grande sœur, je suis allée hier soir voir son spectacle aux Bouffes du Nord, un théâtre étrange, quelque peu délabré, aux stucs effrités, comme rescapé d’une guerre quelconque, nous avions l’impression d’être dans une autre époque !

Dans ce spectacle, Vincent Delerm met en scène un personnage, Simon, que la fuite du temps terrifie. Sous l’égide de Woody Allen (le titre de son spectacle renvoie au film Stardust Memories, et la voix de Woody Allen ouvre le spectacle). Quelque peu déprimé, Simon fait le point sur sa vie, ses souvenirs, assailli par des chansons, des discours sur la triste condition de l’homme face au temps qui passe et qui efface les souvenirs, nous fait changer, nous fait oublier les choses que nous pensions importantes.

Plusieurs saynètes se succèdent, ponctuées de chansons de Vincent dans lesquelles se lisent la nostalgie mais pas seulement. Car nous retrouvons l’humour de Delerm, ses textes justes qui  juxtaposent les mots évocateurs, des mots qui nous renvoient à nos propres souvenirs.

Woody Allen, mais aussi Léo Ferré, Buster Keaton, sont autant de références culturelles, loin des clichés culturels, mais qui témoignent d’une appartenance intellectuelle dans laquelle je me retrouve. Avec Vincent on se souvient (à la façon de Perrec) des Rolland-Garros avec Boum-Boum, ou comment un cour de tennis peut être une métaphore de la vie ; de notre premier flirt ; de nos émissions d’enfant ; de nos réunions de famille… Aux rires se mêlent souvent une bonne dose de nostalgie, nostalgie que, pour ma part, je nourris depuis longtemps avec une certaine désespérance parfois, l’âge avançant.

Le spectacle est animé par plusieurs films projetés sur des draps, des écrans de fortune, des films noir et blanc de visages des années 50/60, des années de jeunesse de nos parents, des années lumineuses malgré le noir et blanc.

J’en suis ressortie d’abord envahie par une certaine tristesse, l’impression que décidément, comme dit Ferré tout fout le camp avec le temps, et puis, au volant de ma voiture, mes sentiments ont évolué, soudain j’ai senti à tel point la vie est belle, à tel point il faut en profiter, de tout, tous les jours, à tous les instants, pour ne pas se réveiller à la fin du compte en se disant qu’on est passé à côté.

Un spectacle qui relève parfois du théâtre expérimental, mais Delerm sait nous amener dans son univers, et nous renvoyer à nous-mêmes.

Merci ma sœurette, pour cette belle soirée passée avec toi et maman….. et Vincent au piano !

« L’Avare » de Molière, mise en scène Catherine Hiegel


Hier après-midi, j’ai emmené mon fils au théâtre à la Comédie Française, la maison de Molière, pour assister à la représentation de L’Avare mis en scène par Catherine Hiegel, avec dans le rôle de Harpagon : Denis Podalydès ! Aller au théâtre est un bonheur pour moi, mais le fait d’y emmener mon fils de 7 ans et demi, et de lui faire découvrir un lieu tellement chargé d’histoire faisait de cette après-midi un moment à part. Je me souviens encore de la première fois où j’ai assisté à une pièce, c’était aussi à la Comédie Française, je devais avoir le même âge qu’Antoine, c’était une représentation du Tartuffe avec Robert HIRSCH, mise en scène très moderne mais je m’en souviens de façon assez précise ! J’avais envie de transmettre ce bonheur à mon fils… et ça a marché, et c’est magique !

dans la salle Richelieu !

Bon venons-en à la représentation ! je pourrais résumer le tout par un seul mot : Génial ! mais je sens bien que ce serait un peu court…

Le décor : un grand escalier de marbre, dépouillé, sans sculpture dans les arches, une petite porte dérobée sous l’escalier par où l’on s’enfuit, derrière laquelle on se cache… Costumes d’époque, de hautes fenêtres et une lumière qui change au fur et à mesure de l’avancée de la pièce mimant ainsi les heures de la journée… Dès le début, le texte de Molière nous parvient, nous bouscule. La mise en scène de Catherine Hiegel, son interprétation de la pièce est magistrale et éclaire le texte d’une façon fabuleuse ! Les acteurs sont vifs, les intonations des actrices montrent à quel point ce texte est avant tout comique…dès le début on sent à tel point ce texte est moderne, et dès le début on est sous le charme ! L’arrivée de Podalydès est un feu d’artifice : cintré dans un costume noir, sorte de pantin désarticulé, il renoue avec les acteurs de la Comedia dell’arte, il ne lui manquait plus que le masque grimaçant ! Il bondit, dit le texte avec un naturel, une évidence sidérante ! Le monologue de la cassette est revisité, Podalydès grimpe sur les fauteuils de la salle, en équilibre sur les dossiers des sièges, il prend à parti les spectateurs, les accuse du vol de sa chère cassette, et soudain le texte vit !

Comment vous expliquez le bonheur de voir Antoine rire, de le voir absorbé, la bouche ouverte… alors oui certaines scènes sont un peu plus complexes pour un petit garçon de 7 ans et demi, mais la magie de Molière a opéré, aidée par une mise en scène et des acteurs en totale harmonie. Rire encore en 2010 devant une pièce montée la première  fois en 1669, donne le vertige ! Ce que j’ai surtout apprécié dans cette mise en scène c’est la façon dont le texte est revisité, intégré et de quelle façon il devient alors limpide, de quelle façon Catherine Hiegel et ses acteurs parviennent à en faire sortir tout le comique. Je me suis dit que c’était sans aucun doute comme cela qu’il fallait la jouer cette pièce, comme cela que Molière devait la jouer !

Je vous invite vraiment à y aller si vous habitez non loin de Paris… Céline du Blog Bleu y a emmené sa nièce (8 ans) vous pouvez aller lire son avis sur cette représentation, LA !

« L’Illusion Comique » de Corneille


Lire des classique peut faire peur : mauvais souvenir de lycée ou de collège, l’impression de  redevenir la petite adolescente mal dans sa peau qui ne comprenait rien à rien… on peut avoir donc une certaine réticence à se lancer, à l’âge adulte, une fois que toute inhibition adolescente est évanouie, dans une lecture d’une pièce de Corneille … !!!  et pourtant ce serait se priver d’un grand plaisir ! car incontestablement nous ne sommes plus tout à fait la même qu’à 17 ans, si nous avons changé l’œuvre elle, est la même, mais en même temps elle est différente parce que, soudain, nous la comprenons mieux !

Cette pièce est sans doute la pièce baroque par excellence ! Mise en abyme, inconstance des sentiments, faux soldat courageux, passage du comique au tragique… une merveille !

Écrite en alexandrins, les vers se dégustent plus qu’ils ne se lisent !!! Le magicien faisant voir au père éperdu, son fils parti de la maison depuis dix ans, grâce à une baguette magique est une sensationnelle invention. Ce magicien c’est le dramaturge, le père le spectateur !!! et nous suivons les aventures de Clindor avec joie ! les remarques sont fines, les femmes sont indépendantes et modernes en ce XVIIème siècle !!! Le personnage de Matamore, ce soldat fanfaron se vantant d’exploits guerriers et de conquêtes amoureuses innombrables qui pourtant s’effraie d’une feuille, comme le souligne Clindor, est drôle !!!

Mais derrière tout cela se distingue aussi le Corneille tragique qui viendra tout de suite après avec Le Cid !!! Isabelle préfigure Chimène, et l’acte V résonne déjà des accents des meilleures tragédies de Corneille !

Même si j’ai une préfère pour Racine (Racine et Corneille c’est comme les Beatles et les Rolling Stone!!!), j’ai été séduite par cette pièce que j’avais lue en fac et oubliée (en partie) et que j’ai redécouverte avec plaisir !

Ne vous laissez donc pas impressionnés par les classiques, ils sont merveilleux !

 

« Le libertin » Eric Emmanuel Schmitt


Je connaissais cette pièce pour en avoir entendu parler surtout pour son interprétation par Bernard Giraudeau. J’ignorais jusqu’à récemment qu’elle avait été écrite par Schmitt. Le libertin en question n’est autre que Diderot. Accueilli par le baron d’Holbach, Diderot est en pleine rédaction de l’Encyclopédie. Durant cette journée, Mme Therbouche souhaite faire le portrait du célèbre philosophe dans le plus simple appareil. Entre visite de femmes et tentative de rédaction de l’article « Moral » que Rousseau vient de refuser, Diderot va vivre une journée bien mouvementée !

Cette pièce est un bonheur de drôlerie et de finesse. Deux mouvements composent cette pièce. La première dans laquelle Schmitt propose le portrait d’un Diderot séducteur, attiré par les femmes, prônant la liberté, critiquant le mariage et son emprisonnement…. la seconde, plus amère, montre Diderot dans ses contradictions, ou comment sa philosophie peut, parfois se heurter à la vie réelle, à son aspect pratique  !

« DIDEROT: Le libertinage est la faculté de dissocier le sexe et l’amour, le couple et l’accouplement, bref, le libertinage relève simplement du sens de la nuance et de l’exactitude. » (p.50)

J’ai aimé cette façon originale de donner accès à la philosophie de Diderot, les répliques pleine d’humour :

« Mme DIDEROT (avec une moue interrogative). C’est à toi qu’on a confié l’article « Moral » dans L’Encyclopédie ? Pourquoi pas l’article « Boeuf mironton » ou bien « Blanquette de veau » ?

DIDEROT: Quel rapport ?

Mme DIDEROT: Tu ne sais pas faire la cuisine. » (p.51)

Schmitt parvient à recréer l’ambiance du XVIIIème, et cette Mme Therbouche tient beaucoup aussi bien de la marquise de Merteuil que de Manon Lescaut comme son  monologue, à la fin de la pièce, le montre :

« je mets un décolleté, des bas, des dessous de dentelle, j’endosse ma tenue de soldat et je pars à l’attaque. […] plaire, pour nous, les femmes, c’est une fin en soi, c’est la victoire elle-même. […] On ne peut pas vous prendre de face, messieurs, alors on vous ment. » (pp.130/131)

Ce Diderot pour être philosophe n’en est pas moins homme, et c’est merveilleux ! et me donne envie de lire et relire ce grand homme !!!

Cliquez sur l’image pour voir la bande annonce de la pièce !

 

 

Lu dans le contexte du Read-A-thon octobre 2010

48/321