« Juste la fin du monde » Jean-Luc LAGARCE (théâtre)


Pour ceux qui ne le savent pas encore, je suis professeur de Français au lycée (mais aussi en 4e) et depuis la réforme Blanquer, nous avons donc des œuvres imposées en 1ère. Enfin on nous laisse un peu le choix puisque 3 œuvres sont proposées par genre littéraire et nous avons la liberté de choisir parmi les trois œuvres proposées. Pour le théâtre donc, cette année nous avions le choix entre Le Malade imaginaire de Molière, Les Fausses confidences de Marivaux et donc Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagache. Avec mes collègues, nous avons donc choisi la pièce de Lagarce, que je n’avais pas lue d’où cette lecture faite ce dimanche.

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Bilan mensuel de lecture : Juillet 2019.


Si ce mois-ci je suis plus ou moins parvenue à chroniquer les livres lus, je n’ai toujours pas rattrapé mon retard de chroniques des mois précédents (7 romans attendent toujours que je me penche sur eux pour les chroniquer. Je vais essayer de m’y mettre en août).

Comme beaucoup d’entre vous, j’aime les mois estivaux toujours propices à la lecture. Des heures à lire et à tourner les pages, sans me soucier de copies à corriger… mais pas sans séquences à préparer, hélas ! Mais juillet est avant tout pour moi, le mois du fameux lâcher-prise, (enfin, j’essaie) et des lectures de quelques pavés.

A l’exception d’un SP, j’ai essentiellement puisé dans ma PAL ce mois-ci et notamment dans la littérature anglaise, grâce au challenge British heroines lancé par le Forum Whoopsy Daisy qui a pris le relais du Mois Anglais.

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« La Colonie » MARIVAUX (1750) – Théâtre


La Colonie fait partie des pièces utopiques de Marivaux, avec L’Île des esclaves et L’Île de la raison. Dans les trois cas, l’intrigue de la pièce se situe sur une… île. Les personnages y ont abordé soit après un naufrage, soit pour fuir, comme c’est le cas dans La Colonie, des ennemis envahisseurs. L’île permet de créer l’utopie : loin du monde réel, il faut donc reconstruire une société et, si possible, en créer une meilleure que celle qu’on a quittée. Les naufragés de La Colonie, hommes et femmes, issus du peuple, bourgeois et nobles, travaillent donc à l’établissement de lois. Enfin surtout les hommes, et c’est bien ce que leur reprochent Arthénice et Mme Sorbin. Et si les femmes avaient enfin droit au chapitre ?

Nous voici […] dans la conjoncture du monde la plus favorable pour discuter notre droit vis-à-vis les hommes.

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« Edmond » Alexis MICHALIK – Rentrée Littéraire 2016 #7 – Théâtre


michalik-edmondCyrano et moi, c’est une longue histoire d’amour. J’ai vu la représentation de la pièce avec Weber, j’ai vu le film de Rappeneau plusieurs fois, j’ai étudié la pièce quand j’étais en 3ème (j’en avais appris la fameuse tirade du nez); je l’ai fait en classe avec ma classe de 4ème l’an dernier et je la refais cette année. Bref, je connais la pièce presque sur le bout des doigts, alors quand une attachée de presse m’a proposé de lire la pièce d’Alexis Michalik, vous pensez bien que je n’ai pas résisté très longtemps.

Edmond Rostand vient de faire un four avec sa pièce La princesse lointaine. Endetté, il cherche à convaincre Coquelin, le plus grand acteur de l’époque de jouer dans sa prochaine pièce, qu’il n’a non seulement pas écrite mais dont il ignore encore le sujet. Or pour convaincre Coquelin, il faut avoir un sujet et un rôle à sa hauteur. Sauf que l’inspiration semble s’être envolée ainsi que sa confiance en lui. Et puis, voilà que son ami Léo tombe amoureux d’une petite costumière très jolie, Jeanne, qui a les yeux qui brillent quand on lui parle des vers d’Edmond. Au fil des rencontres, des situations, notre dramaturge va écrire sa pièce : Cyrano de Bergerac.

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Bilan de lecture mensuel : Septembre – Octobre 2016.


logo-bilan-mensuel1Vous aurez droit ce matin à deux bilans mensuels pour le prix d’un. Septembre m’a emportée dans son flot de la rentrée, des premiers cours, des réunions, des premières copies, à tel point que j’ai réalisé il y a quelques jours que j’en avais oublié mon bilan de septembre. Je profite donc de ces derniers jours de vacances pour rattraper mon retard, même si je n’ai pas encore pu chroniquer toutes mes lectures.

Comme souvent en cette période de l’année, mes lectures ont essentiellement été orientées par la Rentrée Littéraire. Mon double bilan est donc marqué par la lecture des nombreux SP que je reçois toujours avec envie et plaisir. Seuls deux livres de ma PAL sont sortis de mes étagères durant ces deux mois.

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« Moins 2 » de Samuel BENCHETRIT, avec Guy BEDOS et Philippe MAGNAN – Théâtre.


MOINS 2Le rideau rouge cramoisi s’ouvre sur un décor sombre, plateau noir, fond noir, et au centre, deux lits d’hôpitaux sur lesquels dorment deux hommes aux cheveux blancs. Deux hommes en pyjama et charentaises aux pieds, le bras relié par un cathéter à une perfusion. L’un est atteint d’un cancer aux poumons, l’autre d’un cancer du rein, les deux sont condamnés, la fin est programmée : une semaine, pour l’un, deux semaines, pour l’autre.

Moins 2, pièce tragi-comique, écrite par Samuel Benchetrit en 2005, fut créée alors avec Jean-Louis Trintignant. Dix ans plus tard, le théâtre Hébertot accueille à nouveau cette pièce et voit le retour au théâtre de Guy Bedos. Un Guy Bedos, fringant, au regard toujours aussi à la fois malicieux et tendre. Il y a dans cette pièce, dans ce duo de vieux messieurs à qui il ne reste que quelques semaines à vivre, quelque chose de Vladémir et Estragon d’En attendant Godot de Beckett.

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« L’Avare » MOLIERE


Molière l'avareL’Avare fut créée pour la première fois en 1668 et ne rencontra pas un franc succès puisqu’elle ne fut jouée que neuf fois du vivant de Molière. En 1668, Molière a 46 ans et a déjà écrit ses grandes comédies : Tartuffe et Dom Juan. Avec L’Avare, il revient à des comédies plus divertissantes et à la prose, pour autant certains aspects de L’Avare me paraissent assez sombres.

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« Andromaque » Jean Racine – Théâtre


Racine AndromaqueUn petit retour aux classiques ne fait jamais de mal, et revenir à Racine reste toujours pour moi un plaisir particulier. Mes études de Lettres m’ont amenée à lire, voire relire plusieurs de ses pièces (Phèdre, Iphigénie, Britannicus, Mithridate, Bérénice). Il me semble avoir déjà lu Andromaque, mais mes souvenirs étaient assez flous et une circonstance pro m’a poussée hier soir à me replonger dans le théâtre classique. Lire des alexandrins, et surtout ceux de Racine fut donc un réel délice et, si ce n’était l’heure tardive, je les aurais bien lus à haute voix tant la musicalité de ces vers est forte.

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« Un homme trop facile » Eric-Emmanuel SCHMITT


schmitt un homme trop facileOn ne présente plus Éric-Emmanuel Schmitt, ses romans comme ses pièces sont souvent plébiscités. J’avais lu avec plaisir une précédente pièce sur Diderot : Le Libertin, qui avait été créée en son temps avec le regretté Bernard Giraudeau dans le rôle titre. Dans cette pièce publiée chez Albin Michel et actuellement à l’affiche du théâtre de la Gaité Montparnasse, Schmitt s’intéresse au Misanthrope de Molière.

Alex, acteur aimé et aimable, se prépare, dans sa loge à interpréter le rôle d’Alceste, quand apparaît dans son miroir un Inconnu. S’engage alors un dialogue, très souvent entrecoupé, entre l’acteur et le personnage désigné pendant toute la pièce par la périphrase : l’inconnu dans le miroir. A cette rencontre entre réalité et fiction, viennent s’adjoindre toute une série de péripéties : menace de mort sur Alex, tentative de séduction sur l’actrice incarnant Célimène, etc.

Si l’idée de départ est très alléchante et m’a donné envie de découvrir cette nouvelle pièce, je dois dire que tout l’à côté, les intrigues secondaires m’ont semblé du remplissage sans guère d’intérêt, notamment cette histoire de menace de mort qui n’apporte rien et entraîne la pièce dans des digressions qui frôlent l’absurde dans le mauvais sens du terme.

Je trouvais intéressant le sujet de la mise en abyme théâtrale, mais Schmitt la traite d’une façon simpliste, sans guère de profondeur et notamment en évoquant certaines habitudes liées au genre comme s’il nous apprenait des choses que, je pense, tout le monde connait : le fameux « merde » que l’on lance aux acteurs et auquel ils ne doivent pas répondre, les 3 coups du brigadier, et, comme si nous ne l’avions pas compris, cette réplique qui, je crois, a fini de me désespérer : Oh j’y pense, ce nom, il existe, c’est le vôtre : misanthrope (p.131) ! Mais c’est bien sûr, Alceste est le personnage du Misanthrope !!!! merci M. Schmitt nous ne l’avions pas compris. Mais il y a pire ! si si ! Grâce à Eric-Emmanuel Schmitt nous apprenons que le vrai nom de Molière était en fait Jean-Baptiste Poquelin : ben ça alors !!

Qu’en est-il du réinvestissement de la pièce de Molière ?

Pour coller à la pièce de Molière, Schmitt fait parler Alceste en alexandrins, mais, comment dire, n’est pas Molière qui veut, et du coup les vers manquent souvent de légèreté et les rimes sont parfois un peu tirées par les cheveux. (On peut être honnête homme, et faire mal des vers. Philinte, acte IV, scène I, vers 1144)

Cela dit (oui on va tenter de trouver quelques points positifs), l’intérêt que l’on peut trouver dans cette pièce réside dans le fait qu’Alex (vous remarquerez la proximité sonore entre Alex et Alceste !) n’est absolument pas un misanthrope et qu’en ce sens il serait plus proche d’un autre personnage de la pièce de Molière : Philinte. Devant cette opposition de caractère, l’inconnu assure qu’Alex n’est pas apte à incarner le rôle. Si Molière dénonçait l’hypocrisie de la Cour, Schmitt semble ici dénoncer (oui, si on veut!) l’hypocrisie du milieu des acteurs. Alex ainsi ne rabat pas le caquet d’un auteur présomptueux, par exemple, ce qui entraîne la colère d’Alceste, ou encore complimente à l’excès l’actrice principale de la pièce pour ne pas la contrarier avant de monter en scène.

Les échanges entre Alceste et Alex vont entraîner quelques reconsidérations. Sans aucun doute si Alex, finalement, interprète magistralement son rôle, c’est qu’il a, au préalable, pu converser avec l’Inconnu. Alex prend alors conscience de ses contradictions. Et cet inconnu dans le miroir que, nous tous, nous percevons lorsque nous nous observons, quand nous nous interrogeons sur notre paraître et notre être, n’est autre qu’une autre face de nous-même : ALEX : Je vous portais en moi, monsieur le Misanthrope, comme l’un de mes possibles que je n’ai pas choisi. (p.150). Le miroir nous reflète mais à « l’envers », face à nous, comme face à un autre, et cet autre, pour Alex est précisément son opposé et en même temps le personnage qu’il doit incarner sur scène. Voilà sans doute ce qui m’a le plus intéressée dans cette pièce, même si j’ai regretté que Schmitt n’aille pas plus au fond de son sujet, que les dialogues entre Alex et l’Inconnu ne soient pas plus nombreux. Il aurait sans doute fallu épurer la pièce de tous les à côté, pour se concentrer davantage sur la relation entre Alex et l’Inconnu. De même, comme je le disais plus haut, j’aurais aimé des réflexions plus intéressantes sur le théâtre, les acteurs et non ces clichés sans intérêt.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas retrouvé le charme du Libertin, les répliques bien senties, les réflexions intéressantes. Jusqu’au titre, cette pièce me semble bâclée et c’est bien dommage. Je vous conseille donc plutôt de lire ou relire Le Misanthrope de Molière.

Merci aux Editions Albin Michel.

« Les Femmes savantes » de MOLIERE


Molière les femmes savantes oeuvre complète 4Je poursuis mon envie de lectures classiques avec cette comédie de Molière que je n’avais encore jamais lue. Voilà bien l’étrangeté des études de lettres qui m’ont fait étudier parfois plusieurs fois la même pièce et jamais certaines autres, mais il n’est jamais trop tard pour combler nos lacunes.

Molière a 50 ans quand il écrit cette pièce, on y voit souvent le signe d’une maturité et l’on sent en effet une pleine maîtrise du genre, avec un retour aux alexandrins et aux 5 actes qui lui donnent une allure classique quelque peu démentie par des registres qui se succèdent : comique, dans toute sa diversité, et élans tragiques. C’est donc une comédie, certes, mais sérieuse et qui aborde des thèmes que Molière avait déjà soulevés dans L’Ecole des femmes ou Les Précieuses ridicules, par exemple, mais ici ces thèmes prennent une nouvelle ampleur.

Dans la famille bourgeoise de Chrysale, rien ne va plus. Sa fille Henriette souhaite épouser Clitandre, une jeune homme qui a ses entrées à la Cour, honnête et mesuré, il incarne les valeurs de l’époque. Mais, sa femme, Philaminte, qui se pique de sciences et de littérature, a elle fermément décidé de la marier à Trissotin, poète dont elle ne cesse de vanter la grandeur, tandis qu’il est fortement reconnu comme médiocre à la Cour.

Vont donc s’affronter deux camps : celui du cœur (Chrysale, Henriette, Clitandre) et celui de l’esprit (Philaminte, Armande (sa fille aînée) et Béliste (soeur de Chrysale et légèrement perchée comme on dit aujourd’hui).

Molière critique ici, comme dans la plupart de ses pièces, les familles bourgeoises qui accèdent depuis peu à la science et notamment les femmes qui tiennent salon et se piquent de littérature sans en connaître grand chose.

A travers ses trois femmes savantes que sont Philaminte, Armande et Béliste, il dresse le portrait de trois types d’écueils : l’aveuglement et le manque de jugement de Philaminte ; la pédanterie d’Armande qui dit refuser le mariage mais qui se laisserait bien pliée et Béliste, vieille fille qui devient savante par dépit et pense que tous les hommes sont secrètement amoureux d’elle, elle incarne également ce que pourrait bien devenir Armande si elle s’obstine dans son rôle.

Les Femmes savantes est aussi une pièce à clefs. En effet, le fameux Trissotin, signifiant « trois fois sot » en largement inspiré de l’abbé Cotin qui avait fortement critiqué L’école des femmes. De même, la querelle entre Trissotin et Vadius fait échos à celle engagée entre Cotin et Ménage sur les mêmes motifs : l’un avait critiqué les vers de l’autre sans savoir qu’ils étaient du second.

Le sujet principal de cette pièce est avant tout la pédanterie. Thème encore et toujours d’actualité comme en témoigne ces quelques répliques :

Il semble à trois gredins, dans leur petit cerveau, / que, pour être imprimés, et reliés en veau, / Les voilà dans l’État d’importantes personnes ; / Qu’avec leur plume ils font les destins des couronnes ; / Qu’au moindre petit bruit de leurs productions / Ils doivent voir chez eux voler les pensions ; / Que sur eux l’univers a la vue attachée ; / Que partout de leur nom la gloire est épanchée (Acte IV, Scène III).

Ce n’est pas tant la science et l’étude qui sont reprochées aux femmes, que l’usage et la compréhension qu’elles en font et en ont. Molière s’en prend encore une fois aux bourgeois, et là précisément aux bourgeoises, il se moque de leurs travers et la volonté des femmes de briller en société par leur savoir est finalement un travers comme un autre et rappelle également M. Jourdain.

Il y aurait aussi à dire sur le personnage de Chrysalde, père faible, tétanisé par la volonté implacable de sa femme, écrasé si ce n’est vampirisé par des femmes décidées. Clitandre est l’homme de son siècle. Il ne refuse pas l’étude à sa femme, mais, dans ce siècle qui prône la mesure et la retenue, il préfère que sa future épouse ne fasse pas étalage de son savoir en société.

Il est nécessaire de lire cette pièce dans son contexte historique et social, même si, comme je l’ai dit, la pédanterie est toujours bien présente à notre époque. Les bourgeois voulant imiter les aristocrates est un sujet récurent chez Molière et cette fois ce sont les bourgeoises qui en prennent pour leur grade.

Une lecture qui donne du pepse et qui prouve une fois encore qu’un classique est avant tout une œuvre qui ne se démode pas !

Pièce lue dans le cadre du Challenge Molière et du défi

Challenge molièreGeorge relit Molière