« Le Vrai lieu » Annie ERNAUX – Entretiens avec Michelle PORTE.


 

 

Ecrire, je le vois comme sortir des pierres du fond de la rivière » (p.72)

Ce petit livre d’entretiens est d’une grande richesse. Pour qui est sensible, comme moi, à l’oeuvre et à l’écriture d’Annie Ernaux, il est une vraie mine. J’ai noirci trois pages de citations, tant ce qu’elle nous livre de son écriture, de la conception de son oeuvre est passionnant. Elle éclaire sa démarche littéraire, la source de son intérêt pour la littérature, revient sur cet entre-deux social qui est à l’origine de ses romans.

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« Vigile » Hyam ZAYTOUN.


Aucune description de photo disponible.Vigile  est un très court roman d’un peu plus de 120 pages, mais dont on sent très vite la densité, la tension dramatique. La 4e de couv. donne le ton et j’avoue avoir un peu reculé devant l’obstacle, pour des raisons aussi personnelles. Je me suis enfin décidée dimanche dernier, je l’ai fini dans la journée.

Vigile c’est l’intrusion de l’extraordinaire, au sens étymologique du terme, dans l’ordinaire, le quotidien. La soirée d’un couple, la vaisselle, un sentiment de désillusion du couple, et puis le coucher. Mais dans la nuit, le mari de la narratrice émet des bruits étranges, plaisante-t-il ? Elle a du mal à s’extraire du sommeil… puis comprend qu’il fait une crise cardiaque. Commence alors une longue nuit, puis une longue semaine qui oscille entre désespoir et espoir, présent et passé.

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Premières Lignes… #7


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Rendez-vous initié par Malecturothèque

Ce livre n’est pas un roman, mais une recueil de confessions de femmes chinoises, des mères qui ont été séparées de leur fille. Dans une longue préface, Xinran prend soin de dresser le contexte à la fois de la tradition et de l’influence de la politique de l’enfant unique. Voici les Premières Lignes du premier récit :

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Un Livre dans la Boîte ! #3 – Deuxième épisode.


un livre dans la boîteIl y a presque deux semaines, je présentais les ouvrages jeunesse et ado que j’ai reçu en mars. Aujourd’hui, voici les romans « adulte » reçus sur la même période.

Des romans très variés par leur sujet, venant de différentes maisons d’édition, des auteurs que je connais pour avoir déjà lu un ou plusieurs de leurs romans, d’autres que je vais découvrir, mais tous ont attiré ma curiosité de lectrice.

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« Prof jusqu’au bout des ongles » Julie VAN RECHEM – Document – Rentrée Littéraire 2015 #6


Rechem ProfJulie Van Rechem, je la connais sous le pseudo de Chouyo depuis la création de mon tout premier blog, il y a 9 ans. Nous nous étions un peu perdues de vue, mais j’avais suivi son installation en Inde, je savais qu’elle était prof et qu’elle avait fini par rentrer en France. Et puis, on me propose de lire son livre : Prof jusqu’au bout des ongles et comme j’aime bien lire ce qu’écrivent les copines et comme le sujet me touche de près, j’ai dit OK avec plaisir.

Chouyo, enfin Julie Van Rechem, est professeur d’histoire-géographie-éducation civique dans deux collèges classés REP (Réseau d’Education Prioritaire) de la banlieue nord de Paris. Après une première année, post CAPES, qui lui a enlevé une bonne partie de ces espérances, elle est partie voir ailleurs, en Inde, notamment. Là, elle y a enseigné, s’est ressourcée, puis est revenue et s’est vu attribuer un poste sur deux établissements.

Cette période transitoire en Inde fut un temps précieux pour réfléchir, pour prendre suffisamment de recul et revenir plus sûre d’elle dans son métier. Comme elle l’écrit à la fin de son livre : Ce livre est celui que j’aurais aimé lire avant ma première rentrée des classes en tant qu’enseignante.

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« Parce que c’était toi… parce que c’était nous » de Christelle REMI


Christelle Rémi est la maman d’Elio, un petit garçon de 5 ans. Elle nous livre ici un témoignage de mère et de femme devant faire face au handicap de son fils, résultat d’un accouchement difficile.

Livre témoignage donc qui raconte précisément, sans fioritures l’histoire de son fils, depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui.

Il m’arrive rarement de parler d’un livre témoignage et si je parle de ce livre-ci aujourd’hui c’est notamment parce que Christelle Rémi m’a contactée par mail, mais ce n’était pas un mail comme les autres. A la fin de son mail, Christelle Rémi écrit : Merci si tu peux me donner un petit coup main. Ce petit coup de main, j’ai vraiment eu envie de le lui donner face à la lutte folle qu’elle mène pour son fils.

Son récit commence par son accouchement dans une clinique privée. Elle raconte comment elle pensait avoir pris toutes les précautions pour que tout se passe bien : une bonne clinique, un obstétricien réputé, sûr de lui. Elle raconte comment tout bascule et comment les certitudes s’effondrent. Quand tout se complique, elle dit le changement de comportement des médecins, leurs mots terribles balancés sans aucune psychologie, leur envie de se débarrasser d’elle et de son fils… Car ce que dénonce également Christelle Rémi dans son livre, c’est l’incapacité des médecins à assumer leurs erreurs, à reconnaître et à dire clairement les conséquences de leurs actes. Christelle et son mari ont donc dû réagir, prendre le taureau par les cornes, comme elle dit, suivre leur instinct malgré tout ce que le corps médical leur dit, ont dû se tourner vers des associations, ont dû chercher d’autres méthodes… bref, ils ne se  sont pas résignés à accepter le diagnostic : IMC, Infirmité Motrice Cérébrale.

Christelle Rémi aussi, bien sûr, raconte la façon dont le handicap (et elle tient à ce terme, refusant celui plus consensuel de différent) de son fils est perçu par son entourage et les gens en général : les « amis » qui s’éloignent, le regard des gens dans la rue. Mais elle a une telle énergie que peut lui importe. Tout au long de son récit, elle explique tout ce qu’elle a mis en place pour aider son fils, mais aussi ce à quoi elle a dû renoncer, comme son métier d’institutrice. Mais son énergie débordante l’entraîne à créer une Association (Association Petit Prince du Soleil), à écrire un livre sur le handicap destiné aux enfants (Bonjour de Mahana) dont tous les bénéfices sont reversés à l’Association, et tant d’autres choses.

Écrit pour faire ressortir tout ce qu’il y avait au plus profond d’elle (p.176), ce livre vous fait vivre le quotidien de Christelle et de son fils. J’ai beaucoup pensé à ce film magnifique La Guerre est déclarée en lisant les pages de Christelle, il y a beaucoup de similitudes, à la fois un sentiment d’être perdu et une force extraordinaire. On sent cet amour extraordinaire d’une mère pour son fils, ce petit Elio si beau.

Témoignage touchant mais qui a le mérite d’expliquer clairement les choses, de mettre les mots sur tout ce que peuvent endurer ces enfants et leurs parents. Mais il ne faut pas passer sous silence tout ce que ce petit garçon a apporté à sa famille, la force qu’il leur a insufflée, l’amour qu’il a reçu et qu’il a rendu.

Pour en savoir plus ou plus soutenir l’association de Christelle, vous pouvez aller sur le site de l’Association Petit Prince du Soleil.

Je me propose de faire voyager le livre de Christelle Rémi pour que nous soyons plus nombreux à parler de son combat et pour faire reculer les préjugés sur le handicap des enfants, la maison d’édition n’assurant aucune promotion. Si vous voulez recevoir ce livre et en parler sur votre blog envoyez-moi un mail à leslivresdegeorge[at]gmail.com.

« Flaubert est un blaireau » Alain Chopin


Alain Chopin est enseignant de français dans un lycée professionnel, ses élèves ne sont pas particulièrement intéressés par le français et la littérature mais Alain Chopin a la foi et tente à tout prix de les amener vers les textes et les auteurs.

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Daniel Pennac et à son Chagrin d’école que j’avais adoré. Là aussi des anecdotes de classe, des portraits d’élèves mais dans des chapitres très courts… trop courts, si bien que l’on passe trop vite de l’un à l’autre : il y a celle qui lit bien et qui aurait dû faire lettres mais se retrouve en bac pro; celui qui se découvre une vocation théâtrale, celle qui a des dons pour le dessin, celle et celui qui arrive toujours en retard etc. Mais on frôle parfois le cliché et tous les élèves finissent par se ressembler, on n’évite pas les répétitions. Il manque une densité, une réflexion plus aboutie, j’ai eu plus l’impression d’un zapping. Souvent les chapitres se finissent sur le fameux « que sont-il devenus ? » mais quel est l’intérêt finalement trouver à ces portraits ? D’autant que certains me semblent vains, comme l’épisode du chien pour la reconstitution d’une scène d’un roman de Jean-Claude Izzo.

– Faire partager une expérience de prof de français dans des classes de Bac Pro?

– Montrer comment le français peut intéresser des élèves qui a priori ne s’y intéressent pas ?

ou

– Ecrire sur les élèves qui ont le plus marqué le prof, sorte de photo de classe sur laquelle on se penche et entraîne des souvenirs, mais là l’intérêt est moindre pour ceux qui n’ont pas partagé ces évènements vécus par le groupe ?

J’ai bien ressenti l’affection de ce prof pour ses élèves, comment il a été touché par certaines personnalités, remarques, comment aussi il a su se remettre en question, adapter ses cours, son attitude…mais il manque quelque chose… une écriture, sans doute, une construction aussi qui capte davantage le lecteur. Chaque chapitre se succède mais finalement la réflexion est toujours la même, et le ton parfois trop condescendant a fini par m’agacer.

POURTANT

ce qui m’a touchée ce ne sont pas tant les élèves mais le prof, résultat certainement contraire à celui envisager par l’auteur. J’aurais aimé l’avoir comme prof, sans aucun doute pour cette façon d’adapter son cours à son public, pour les rencontres avec des auteurs, pour ses mises en scène de roman…

Une lecture en demi teinte donc, sans doute influencer par une comparaison avec Pennac…

Merci aux éditions Dialogues pour ce partenariat…

D’autres critiques plus enthousiastes chez BOB !!!

5/10

« Chagrin d’école » Daniel Pennac


Suite à cette merveilleuse émission sur Daniel Pennac dont je vous ai parlée, je n’ai pas pu résister au plaisir de lire Chagrin d’école. J’ai retrouvé l’ambiance, le ton, les remarques amusantes, la façon très particulière qu’a Pennac d’évoquer son métier de prof de français.

Pennac aborde l’école sous l’angle du cancre… angle intéressant et original qui lui permet de revenir sur son propre parcours à la fois de cancre et de prof de cancres ! Aussi ce texte est à la fois un texte autobiographique et un essai sur l’école. Mais l’originalité de Pennac tient aussi à son propre style.

Plusieurs passages de Chagrin d’école m’ont renvoyée à l’émission de France 5, on retrouve les mêmes anecdotes et le même esprit. Mais le texte va plus loin. Véritable étude du cancre, ce livre m’a enthousiasmée parce qu’il va à l’encontre de tout ce que l’on peut entendre sur la question, et tente surtout de trouver des solutions. Sans tomber dans la démagogie, Pennac nous fait part de son expérience, de ses réussites, mais aussi de ses échecs qui sont de véritables douleurs d’enseignant… incontestablement ce livre nous donne envie d’enseigner, comme Marèse donne envie de faire des bébés !

J’ai ri, j’ai eu la larme à l’oeil, bref j’ai vécu ce texte, et cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps! Comme le précédent, j’ai trimbalé celui-là partout, provoquant des sourires amusés de voyageurs dans le RER en m’observant lire et rire (quelle belle rime !)

Je ne peux résister au plaisir de vous livrer un petit extrait :

Le comble étant que, dans les classes de banlieue où les professeurs m’invitent, une des toutes premières questions que me posent les élèves regarde la crudité de mon langage. […] On s’en « branle » à l’oral, on s’en « bat les couilles » à longueur de récré, on « nique ta mère » à tire-larigot, mais trouver le mot « couille » ou les verbes « branler » et « niquer » noir sur blanc, dans un livre, quand leur place ordinaire est sur les murs des toilettes, alors ça…!

Pennac n’est pas dupe de lui-même. Quand parfois son texte semble trop idyllique, frôle la démagogie, surgit le Pennac cancre d’autrefois, sa mauvaise conscience, et s’engage alors un dialogue entre le Pennac rédigeant son livre et le Pennac cancre du temps de son enfance, le Pennac qui peine à lire, qui a peur de se tromper, qui se fait virer de ses écoles…

Plusieurs réflexions m’ont intérressée, notamment cette défense de l’internat qui permet au cancre de ne plus mentir à ses parents, qui n’a plus peur de trouver des excuses pour cause de devoirs non faits… la peur, voilà le sentiment principal du cancre, sentiment à la source de tout…

J’ai trouvé intéressant aussi ce qu’il dit sur le par cœur. Apprendre des textes par cœur pour s’approprier véritablement le texte, pour bien le comprendre, pour faire sien Rousseau, Montesquieu, mais aussi Woody Allen… J’avais une prof de stylistique qui citait de mémoire des textes entiers, elle venait sans aucun livre, et illustrait son cour de citations qui émergeaient de sa mémoire. Cela me fascinait… Il faudrait donc s’y mettre !

Enfin vous l’aurez compris c’est un livre à lire et sans doute à relire !

NOTE : 9/10