« Crépuscule » Victor Hugo


hugo victorParce que je découvre ce matin les tweets vomis par certains élèves de Première après leur épreuves écrites du Bac Français, j’ai eu envie de recopier ici ce poème de Victor Hugo, auquel ils n’ont rien compris, eux qui ne savent plus voir dans les mots les images qu’ils suscitent, par manque de culture certes, mais aussi de sensibilité littéraire (en espérant qu’ils aient une sensibilité autre).

(suite…)

Dimanche Poétique #33 : « Le Corbeau » Edgar Allan Poe


Le Corbeau

Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais,
faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume
d’une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête,
presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de
quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma
chambre. «C’est quelque visiteur, – murmurai-je, –
qui frappe à la porte de ma chambre;
ce n’est que cela et rien de plus.»

Ah! distinctement je me souviens que c’était dans le glacial
décembre, et chaque tison brodait à son tour le plancher du
reflet de son agonie. Ardemment je désirais le matin;
en vain m’étais-je efforcé de tirer de mes livres
un sursis à ma tristesse, ma tristesse pour ma Lénore
perdue, pour la précieuse et rayonnante fille que les anges
nomment Lénore, – et qu’ici on ne nommera jamais plus.

Et le soyeux, triste et vague bruissement des rideaux
pourprés me pénétrait, me remplissait de terreurs
fantastiques, inconnues pour moi jusqu’à ce jour;
si bien qu’enfin pour apaiser le battement de mon coeur,
je me dressai, répétant: «C’est quelque visiteur attardé
sollicitant l’entrée à la porte de ma chambre;
– c’est cela même, et rien de plus.»

Mon âme en ce moment se sentit plus forte. N’hésitant donc
pas plus longtemps: «Monsieur, dis-je, ou madame, en
vérité, j’implore votre pardon; mais le fait est que je
sommeillais et vous êtes venu frapper si doucement, si
faiblement vous êtes venu frapper à la porte
de ma chambre, qu’à peine étais-je certain
de vous avoir entendu.» Et alors j’ouvris
la porte toute grande; – les ténèbres, et rien de plus.

Scrutant profondément ces ténèbres, je me tins longtemps
plein d’étonnement, de crainte, de doute, rêvant des rêves
qu’aucun mortel n’a jamais osé rêver; mais le silence ne fut
pas troublé, et l’immobilité ne donna aucun signe, et le seul
mot proféré fut un nom chuchoté: «Lénore!» – C’était moi
qui le chuchotais, et un écho à son tour murmura ce mot:
«Lénore!» Purement cela, et rien de plus.

Rentrant dans ma chambre, et sentant en moi toute mon
âme incendiée, j’entendis bientôt un coup un peu plus fort
que le premier. «Sûrement, – dis-je, – sûrement,
il y a quelque chose aux jalousies de ma fenêtre;
voyons donc ce que c’est, et explorons ce mystère.
Laissons mon coeur se calmer un
instant, et explorons ce mystère;
– c’est le vent, et rien de plus.»

Je poussai alors le volet, et, avec un tumultueux battement
d’ailes, entra un majestueux corbeau digne des anciens
jours. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta pas,
il n’hésita pas une minute; mais avec la mine d’un lord
ou d’une lady, il se percha au-dessus de la porte
de ma chambre; il se percha sur un buste de Pallas
juste au-dessus de la porte de ma chambre;
– il se percha, s’installa, et rien de plus.

Alors, cet oiseau d’ébène, par la gravité de son maintien et
la sévérité de sa physionomie, induisant ma triste
imagination à sourire: «Bien que ta tête, – lui dis-je, –
soit sans huppe et sans cimier, tu n’es certes
pas un poltron, lugubre et ancien corbeau,
voyageur parti des rivages de la nuit.
Dis-moi quel est ton nom seigneurial
aux rivages de la nuit plutonienne!»
Le corbeau dit: «Jamais plus!»

Je fus émerveillé que ce disgracieux volatile entendît si
facilement la parole, bien que sa réponse n’eût pas une bien
grand sens et ne me fût pas d’un grand secours; car nous
devons convenir que jamais il ne fut donné à un homme
vivant de voir un oiseau au-dessus de la porte
de sa chambre, un oiseau ou une bête sur un buste
sculpté au-dessus de la porte de sa chambre,
se nommant d’un nom tel que – Jamais plus!

Mais le corbeau, perché solitaitrement sur le buste placide,
ne proféra que ce mot unique, comme si dans ce mot unique
il répandait toute son âme. Il ne prononça rien de plus;
il ne remua pas une plume, – jusqu’à ce que je me prisse
à murmurer faiblement: «D’autres amis se sont déjà envolés
loin de moi; vers le matin, lui aussi, il me quittera
comme mes anciennes espérances déjà envolées.»
L’oiseau dit alors: «Jamais plus!»

Tressaillant au bruit de cette réponse jetée avec
tant d’à-propos: Sans doute, – dis-je, – ce qu’il
prononce est tout son bagage de savoir, qu’il a pris
chez quelque maître infortuné que le Malheur
impitoyable a poursuivi ardemment, sans répit,
jusqu’à ce que ses chansons n’eussent plus qu’un
seul refrain, jusqu’à ce que le De profundis de son
Espérance eût pris ce mélancolique refrain:
«Jamais – jamais plus!»

Mais le corbeau induisant encore toute ma
triste âme à sourire, je roulai tout de suite un siège
à coussins en face de l’oiseau et du buste et de la
porte; alors, m’enfonçant dans le velours, je
m’appliquai à enchaîner les idées aux idées, cherchant
ce que cet augural oiseau des anciens jours, ce que
ce triste, disgracieux, sinistre, maigre et augural
oiseau des anciens jours voulait faire entendre en
croassant son – Jamais plus!

Je me tenais ainsi, rêvant, conjecturant, mais
n’adressant plus une syllabe à l’oiseau, dont les
yeux ardents me brûlaient maintenant jusqu’au fond
du coeur: je cherchai à deviner cela, et plus encore,
ma tête reposant à l’aise sur le velours du coussin
que caressait la lumière de la lampe, ce velours
violet caressé par la lumière de la lampe que sa tête,
à Elle, ne pressera plus, – ah! jamais plus!

Alors, il me sembla que l’air s’épaississait, parfumé par
un encensoir invisible que balançaient les séraphins
dont les pas frôlaient le tapis de ma chambre.
«Infortuné! – m’écriai-je, – ton Dieu t’a donné par ses
anges, il t’a envoyé du répit, du répit et du népenthès
dans tes ressouvenirs de Lénore! Bois, oh! bois ce
bon népenthès, et oublie cette Lénore perdue!» Le
corbeau dit: «Jamais plus!»

«Prophète! – dis-je, – être de malheur! oiseau ou démon!
mais toujours prophète! que tu sois un envoyé du
Tentateur, ou que la tempête t’ait simplement échoué,
naufragé, mais encore intrépide, sur cette terre déserte,
ensorcelée, dans ce logis par l’Horreur hanté, – dis-moi
sincèrement, je t’en supplie, existe-t-il, existe-t-il ici un
baume de Judée? Dis, dis, je t’en supplie!» Le corbeau
dit: «Jamais plus!»

«Prophète! – dis-je, – être de malheur! oiseau ou démon!
toujours prophète! par ce ciel tendu sur nos têtes, par
ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme
chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle
pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment
Lénore, enbrasser une précieuse et rayonnante fille que
les anges nomment Lénore.» Le corbeau dit: «Jamais
plus!»

«Que cette parole soit le signal de notre séparation,
oiseau ou démon! – hurlai-je en me redressan. – Rentre
dans la tempête, retourne au rivage de la nuit plutonienne;
ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir
du mensonge que ton âme a proféré; laisse ma solitude
inviolée; quitte ce buste au-dessus de maporte; arrache
ton bec de mon coeur et précipite ton spectre loin de ma
porte!» Le corbeau dit: «Jamais plus!»

Et le corbeau, immuable, est toujours installé sur le buste
pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre;
et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon
qui rêve; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui,
projette son ombre sur le plancher; et mon âme, hors du
cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne
pourra plus s’élever, – jamais plus!

traduit par: Charles Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L’or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

Dimanche Poétique #33


Ne reprenez, Dames, si j’ay aymé :
Si j’ay senti mile torches ardentes,
Mile travaus, mile douleurs mordentes :
Si en pleurant, j’ay mon tems consumé,

Las que mon nom n’en soit par vous blamé.
Si j’ay failli, les peines sont presentes,
N’aigrissez point leurs pointes violentes :
Mais estimez qu’Amour, ê point nommé,

Sans votre ardeur d’un Vulcan excuser,
Sans la beauté d’Adonis acuser,
Pourra, s’il veut, plus vous rendre amoureuses :

En ayant moins que moy d’occasion,
Et plus d’estrange et forte passion.
Et gardez vous d’estre plus malheureuses.

Sonnet XXIV, Louise Labé (1524-1566)

 

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Sur une Idée de Celsmoon.

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Dimanche Poétique #32


A George Sand (II)

Telle de l’Angelus, la cloche matinale
Fait dans les carrefours hurler les chiens errants,
Tel ton luth chaste et pur, trempé dans l’eau lustrale,
Ô George, a fait pousser de hideux aboiements,

Mais quand les vents sifflaient sur ta muse au front pâle,
Tu n’as pu renouer tes longs cheveux flottants ;
Tu savais que Phébé, l’Étoile virginale
Qui soulève les mers, fait baver les serpents.

Tu n’as pas répondu, même par un sourire,
A ceux qui s’épuisaient en tourments inconnus,
Pour mettre un peu de fange autour de tes pieds nus.

Comme Desdémona, t’inclinant sur ta lyre,
Quand l’orage a passé tu n’as pas écouté,
Et tes grands yeux rêveurs ne s’en sont pas douté.

A  George Sand (VI)

Porte ta vie ailleurs, ô toi qui fus ma vie ;
Verse ailleurs ce trésor que j’avais pour tout bien.
Va chercher d’autres lieux, toi qui fus ma patrie,
Va fleurir, ô soleil, ô ma belle chérie,
Fais riche un autre amour et souviens-toi du mien.

Laisse mon souvenir te suivre loin de France ;
Qu’il parte sur ton coeur, pauvre bouquet fané,
Lorsque tu l’as cueilli, j’ai connu l’Espérance,
Je croyais au bonheur, et toute ma souffrance
Est de l’avoir perdu sans te l’avoir donné.

Alfred de Musset Poésie Posthumes

Dimanche Poétique #32


A Qui la faute ?

– Tu viens d’incendier la Bibliothèque ?
– Oui.
J’ai mis le feu là.
– Mais c’est un crime inouï !
Crime commis par toi contre toi-même, infâme !
Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme !
C’est ton propre flambeau que tu viens de souffler !
Ce que ta rage impie et folle ose brûler,
C’est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage
Le livre, hostile au maître, est à ton avantage.
Le livre a toujours pris fait et cause pour toi.
Une bibliothèque est un acte de foi
Des générations ténébreuses encore
Qui rendent dans la nuit témoignage à l’aurore.
Quoi! dans ce vénérable amas des vérités,
Dans ces chefs-d’oeuvre pleins de foudre et de clartés,
Dans ce tombeau des temps devenu répertoire,
Dans les siècles, dans l’homme antique, dans l’histoire,
Dans le passé, leçon qu’épelle l’avenir,
Dans ce qui commença pour ne jamais finir,
Dans les poètes! quoi, dans ce gouffre des bibles,
Dans le divin monceau des Eschyles terribles,
Des Homères, des jobs, debout sur l’horizon,
Dans Molière, Voltaire et Kant, dans la raison,
Tu jettes, misérable, une torche enflammée !
De tout l’esprit humain tu fais de la fumée !
As-tu donc oublié que ton libérateur,
C’est le livre ? Le livre est là sur la hauteur;
Il luit; parce qu’il brille et qu’il les illumine,
Il détruit l’échafaud, la guerre, la famine
Il parle, plus d’esclave et plus de paria.
Ouvre un livre. Platon, Milton, Beccaria.
Lis ces prophètes, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille
L’âme immense qu’ils ont en eux, en toi s’éveille ;
Ébloui, tu te sens le même homme qu’eux tous ;
Tu deviens en lisant grave, pensif et doux ;
Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croître,
Ils t’enseignent ainsi que l’aube éclaire un cloître
À mesure qu’il plonge en ton coeur plus avant,
Leur chaud rayon t’apaise et te fait plus vivant ;
Ton âme interrogée est prête à leur répondre ;
Tu te reconnais bon, puis meilleur; tu sens fondre,
Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs,
Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs !
Car la science en l’homme arrive la première.
Puis vient la liberté. Toute cette lumière,
C’est à toi comprends donc, et c’est toi qui l’éteins !
Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints.
Le livre en ta pensée entre, il défait en elle
Les liens que l’erreur à la vérité mêle,
Car toute conscience est un noeud gordien.
Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.
Ta haine, il la guérit ; ta démence, il te l’ôte.
Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute !
Le livre est ta richesse à toi ! c’est le savoir,
Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,
Le progrès, la raison dissipant tout délire.
Et tu détruis cela, toi !
– Je ne sais pas lire.

Victor Hugo, L’Année Terrible (Juin 1871)

 

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Dimanche Poétique #31


LA MUSE

Apaise-toi, je t’en conjure ;
Tes paroles m’ont fait frémir.
Ô mon bien-aimé ! ta blessure
Est encor prête à se rouvrir.
Hélas ! elle est donc bien profonde ?
Et les misères de ce monde
Sont si lentes à s’effacer !
Oublie, enfant, et de ton âme
Chasse le nom de cette femme,
Que je ne veux pas prononcer.

 

Extrait de « La Nuit d’Octobre » d’Alfred de Musset

 

Retrouvez d’autres poèmes en ce beau dimanche :

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Dimanche Poétique #30


 

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

Courte tâche! La tombe attend – elle est avide !
Ah! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

Les Fleurs du mal – Spleen et Idéal – Charles Baudelaire

 

Dimanche Poétique créé et inventé par Celsmoon et suivi par : Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, Claudialucia, Edelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L’or des chambres, La plume et la page, Laurence, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, Mathilde, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Satya, Schlabaya, Sev, Séverine, Soie, Tinusia, Uhbnji, Violette, Yueyin, Zik

Dimanche Poétique #29


Un poème que l’on peut dire de circonstance….. ma contribution aux manifestations parisiennes….

Barricade rue Soufflot, Horace Vernet

Paris Bloqué

Ô ville, tu feras agenouiller l’histoire.
Saigner est ta beauté, mourir est ta victoire.
Mais non, tu ne meurs pas. Ton sang coule, mais ceux
Qui voyaient César rire en tes bras paresseux,
S’étonnent : tu franchis la flamme expiatoire,
Dans l’admiration des peuples, dans la gloire,
Tu retrouves, Paris, bien plus que tu ne perds.
Ceux qui t’assiègent, ville en deuil, tu les conquiers.
La prospérité basse et fausse est la mort lente ;
Tu tombais folle et gaie, et tu grandis sanglante.
Tu sors, toi qu’endormit l’empire empoisonneur,
Du rapetissement de ce hideux bonheur.
Tu t’éveilles déesse et chasses le satyre.
Tu redeviens guerrière en devenant martyre ;
Et dans l’honneur, le beau, le vrai, les grandes moeurs,
Tu renais d’un côté quand de l’autre tu meurs.

Victor Hugo, L’année terrible

Dimanche Poétique #28


A George Sand (I)

Te voilà revenu, dans mes nuits étoilées,
Bel ange aux yeux d’azur, aux paupières voilées,
Amour, mon bien suprême, et que j’avais perdu !
J’ai cru, pendant trois ans, te vaincre et te maudire,
Et toi, les yeux en pleurs, avec ton doux sourire,
Au chevet de mon lit, te voilà revenu.

Eh bien, deux mots de toi m’ont fait le roi du monde,
Mets la main sur mon coeur, sa blessure est profonde ;
Élargis-la, bel ange, et qu’il en soit brisé !
Jamais amant aimé, mourant sur sa maîtresse,
N’a sur des yeux plus noirs bu la céleste ivresse,
Nul sur un plus beau front ne t’a jamais baisé !

Alfred de Musset, Poésies Posthumes

Dimanche Poétique #27


Chanson d’automne

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon coeur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine

Ce poème de circonstance, en ce début d’automne, a aussi les échos du débarquement et d’une chanson de Gainsbourg ….

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