« Ma mère est une blogueuse » Lisa BALAVOINE et Gaëlle DESLIENS avec TAG à l’intérieur.


ma mère est une blogueuseTu la vois tous les jours pianoter sur son clavier. Je blogue ! dit-elle (et le repas n’est toujours pas prêt). C’est un mystère pour toi ce monde parallèle. Ces billets, ces comms, ces swap, ces trolls, ces stats… Que fait-elle chaque jour à écrire et à commenter ? Ce petit carnet est le tien. Il va t’aider à y voir plus clair. 

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« Les mots indispensables pour parler du SEXISME » J. MAGANA & A. MESSAGER (Abécédaire)


sexismeJe ne déroge pas à mon habitude de présenter sur ce blog, le jour de LA Journée de la Femme, un billet (parfois une citation ou une réflexion) dont le sujet a pour but à la fois d’illustrer ce 8 mars, mais aussi de rappeler mes propres convictions.

Le livre que je vous propose aujourd’hui est un abécédaire, réalisé par une femme et un homme, dont l’ambition est de combattre le sexisme ambiant en interrogeant le lecteur : Ce livre est l’histoire d’un échange, d’un partage dans une relation d’égalité. Ce que devrait être une société sans sexisme en somme, comme l’expliquent en avant-propos les deux auteurs.

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« Dickens, barbe à papa » Philippe DELERM


delerm barbe à papaDans la famille Delerm, je l’avoue, le fils est sans doute celui que je préfère, mais, le père est en bonne position surtout depuis une rencontre lors de mon premier salon du livre où j’avais eu la chance d’échanger quelques mots avec lui – et où j’avais glissé timidement et rougissante que j’avais un gros faible pour Vincent -. Bref, ce petit livre publié dans la collection Folio 2€, me fut offert par Liyah, il y a aura un an en février, et je l’en remercie car il m’a permis de me changer les idées après avoir lu trois pages du Docteur Sleep de Stephen King qui m’avaient plongé dans l’angoisse. Pour combattre l’angoisse, Philippe Delerm est parfait !

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« Lectures intimes » Virginia WOOLF


Woolf Lectures intimesLectures Intimes rassemble plusieurs textes parus dans divers revues.

Le recueil s’ouvre par un texte sur Jane Austen, présentée comme gaie, pleine de vitalité, géniale même par cet œil critique et en même temps un peu espiègle sur sa société. Mais c’est l’analyse que Virginia Woolf fait de Persuasion qui est réellement passionnante dans ce premier texte, analyse qui montre comment Jane Austen, petit à petit, devenait romantique.

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« Dernier inventaire avant liquidation » Frédéric BEIGBEDER


beigbeder inventaireLe Livre du poche vient d’éditer au format poche un livre pourtant écrit depuis 2001 : Dernier inventaire avant liquidation. Il se trouve que j’avais déjà cet ouvrage dans ma bibliothèque, un cadeau de mon homme datant de 2001. C’est en commençant à lire la version poche que je me suis souvenue que je l’avais déjà lu. Pourquoi avoir attendu 12 ans pour éditer ce livre en format poche, telle est la question. Mais qu’importe parce que la façon dont je l’avais lu en 2001 a été bien différente de celle faite en 2013 ! Façon différente donc, car entre 2001 et 2013, j’ai créé ce blog et finalement je me dis que ces avis de Beigbeder sur les 50 romans plébiscités par 6000 lecteurs, avaient quelque chose à voir avec des posts de blog !

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« La Marche du cavalier » Geneviève BRISAC


brisac la marche du cavalierDans sa préface, Geneviève Brisac explique le pourquoi de son livre : Tenter, à tâtons, à travers des livres que j’aime, d’approcher cette énigme de la création sexuée, et de la création tout court (p.11). Elle choisit 10 auteurs, écrit, plus ou moins un chapitre sur chacune. Plus ou moins, car elle va et vient entre elles au sein de ces chapitres. Elles mêlent leurs œuvres, montrent comment elles se répondent d’une nouvelle à l’autre, d’un roman à l’autre. Parmi elles, il y a bien sûr Jane Austen, Virginia Woolf et Karen Blixen, sans doute les plus connues, et Geneviève Brisac préfère parler d’elles trois comme des figures tutélaires. Elle développe davantage son propos pour des auteurs dont elle déplore que leurs livres soient souvent introuvables en librairie, celles qui d’ailleurs ne sont pas citées sur la 4ème de couv. et c’est bien dommage : Grace Paley, Jean Rhys, Rosetta Loy, Sylvia Townsend Warner ou encore Ludmila Oulitskaïa. Elle nous parle de leurs œuvres, de leur vision du monde et de l’écriture à travers une double interrogation : y a-t-il une littérature féminine ? (p.11) et quelle est la particularité de cette littérature ? (suite…)

« Le vice de la lecture » Edith Wharton (Un Jeudi, Un Livre #3)


Cela fait bien longtemps que ce petit essai traîne sur mes étagères… j’ai lu plusieurs billets à son propos, et notamment celui de Delphine, assez critique envers ce petit livre… il me fallait donc le lire, et tenter de comprendre ce qu’Edith Wharton cherchait à dire ici.

Ce billet suivra donc d’assez près le fil de ma lecture, et tant pis si, pour une fois, je vous en dis trop (à la limite ça vous évitera de le lire!).

D’entrée Edith Wharton prend le contre-pied d’une idée reçue et que nous n’aurions pas idée de contredire : le lecture n’est pas une vertu, elle est un vice ! et si elle est devenue un vice c’est essentiellement à cause de la fameuse « diffusion de la connaissance ». Ce qui revient à dire, que la démocratisation de la lecture (elle parle d’ailleurs du suffrage universel) a dénaturé la lecture.

Donc pour Edith Wharton, la lecture n’est pas plus une vertu que respirer. Nous  lisons, non par devoir, comme on fait du sport pour entretenir sa santé, et en cela le sport est une vertu, mais la lecture relèverait plutôt du réflexe.

Ensuite l’auteur passe aux livres. Un livre est bon s’il entraîne une modification à la fois de la pensée de son auteur, et de son lecteur : Les plus grands livres jamais écrits valent pour chaque lecteur uniquement par ce qu’il peut en retirer. Vient alors une phrase qui peut (et qui a dérangé Delphine d’ailleurs!) déranger :

Les meilleurs livres sont ceux desquels les meilleurs lecteurs ont su extraire la plus grande somme de pensée de la plus haute qualité ; mais c’est généralement de ces livres-là que les piètres lecteurs recueillent le moins. (pp.9/10)

Bien sûr l’opposition entre bons lecteurs et piètres lecteurs est gênante, d’autant que l’on peut s’interroger sur la définition exacte de l’un et de l’autre. Il faut donc poursuivre. Pour Wharton, nous ne sommes pas tous lecteurs, comme nous ne sommes pas tous musiciens, entendez bons musiciens. Certes  nous pouvons connaître quelques accords de guitare, et pianoter la sonate à Hélène, mais dire que nous sommes musiciens serait faux. Pour la lecture ce serait donc la même chose. Nous savons tous lire, certes, puisque nous l’avons appris à l’école, mais cela ne fait pas de nous forcément de bons lecteurs, nous serions alors, ce que Wharton appelle des lecteurs mécaniques. Or le danger de ces lecteurs mécaniques vient du fait qu’ils veulent se mêler de littérature : Et c’est seulement lorsque le lecteur mécanique s’égare hors de son pré carré qu’il devient un danger (p.11) : aïe !  oui là je l’avoue ça fait un peu mal ! Car pour Wharton, le lecteur mécanique doit se contenter de livres faciles (ceux qui ne nécessitent aucun effort autre que de tourner les pages et se servir de ses yeux (re-aïe!!!) p.11), mais ce pauvre lecteur mécanique a un grand défaut, c’est qu’il est un incorrigible suffisant, et qu’il s’attaque à la littérature et se mêle de donner son avis.

Croyez-moi ce pauvre lecteur mécanique en prend pour son grade, il aura beau faire, il ne pourra jamais atteindre le stade du lecteur-né. Et pourquoi? parce que le lecteur mécanique lit par devoir et non par essence, pourrais-je dire. La lecture devient un travail, alors même que pour le lecteur-né, elle est un besoin vital. Et là soudain, je comprends mieux, et j’adhère davantage. Le lecteur mécanique serait incapable de percevoir les liens entre les livres, les échos entre eux. Le livre lu devient un devoir accompli consciencieusement, et non une promenade, une déambulation, une passerelle vers autre chose.

Mais le lecteur mécanique a un autre vilain défaut, il suit la vox populi (et attention là aussi ça va faire mal!) : Il se dirige tout droit vers le livre dont on parle, et l’importance de celui-ci est pour lui proportionnelle au nombre de ses rééditions (p.19). C’est donc là aussi un vieux débat, qui rejoint le jugement de Sainte-Beuve sur la littérature industrielle (article que j’ai d’ailleurs très envie de lire attentivement!). Car Wharton, va plus loin, s’il y a lecteur mécanique, il y a aussi auteur mécanique. Le lecteur mécanique entraîne donc 4 grands maux :


1.
Il suscite la demande d’une écriture médiocre

2. il ralentie la vraie culture

3. Il confond la morale et les jugements intellectuels

4. Il a fourvoyé la critique,  en entraînant une disparition de l’analyse du style et du sujet, pour la remplacer par un récit des évènements (ce qui me fait doucement penser aux 4ème de couv.)

Alors que retirer de tout cela ?

Tout d’abord je trouve que cette réflexion reste très moderne, et que bien qu’écrites en 1903, certaines de ses affirmations sont encore d’actualité. Il suffit de constater l’appauvrissement des analyses critiques au sens plein du terme, c’est-à-dire l’analyse précise d’un style, pour des jugements d’ordre affectifs ou moraux. Moderne aussi parce que, sur bien des aspects, cet essai rejoint, me semble-t-il, certains billets d’un Pierre Jourde sur sa perception des romans de Marc Lévy, par exemple.

J’émets, ou du moins, j’essaie d’émettre souvent ici un avis, certes subjectif, mais qui cherche à ne s’appuyer pas uniquement sur du ressenti, mais  sur une réflexion (celle-ci sera jugée valable ou non selon celui qui la lira) qui veut aller au-delà de la morale, et c’est pourquoi je suis souvent embarrassée pour parler d’un livre qui m’a très fortement émue, car je sens bien que tout jugement intellectuel (entendez qui relève d’une réflexion de l’esprit!) peut en être influencé. Si certaines phrases de Wharton peuvent en effet déranger, et si ce lecteur mécanique qui lit par devoir et non par nécessité, en prend pour son grade, il me semble cependant que ce lecteur a quelque peu changé de forme, même si plusieurs de ces caractéristiques sont encore de mise. Mais si cet essai est dérangeant, c’est surtout qu’il nous renvoie à notre état de lecteur. Car forcément je me pose la question : dans quelle catégorie suis-je ? quelle lectrice finalement suis-je vraiment ? Mon petit égo me porterait à être dans le camp des lecteurs-nés, mais pourtant je dois reconnaître avoir quelques similitudes avec ce pauvre lecteur-mécanique qui court après le dernier livre paru ! Wharton tranche la question en créant deux catégories distinctes, or il me semble que les choses ne sont pas aussi simples, et je crois que l’on peut être à la fois un lecteur mécanique et un lecteur-né. Mais, et cela quitte à déranger à mon tour, je reste persuadée que la littérature industrielle pour Saint-Beuve, commerciale, pour notre époque, est un danger pour le littérature au sens propre. Non qu’il faille bannir la première, ou la regarder de haut, non qu’il faille que ses lecteurs soient dénigrés, mais parce qu’il s’opère, me semble-t-il aujourd’hui un amalgame, et une tendance à apprécier chaque livre avec le même critère celui de la petite histoire et du ressenti. Or pour moi, la valeur d’un livre ne tient pas tant à son histoire, qu’à la façon dont celle-ci est racontée, c’est-à-dire un style, une pensée, une réflexion, or je suis d’accord avec Wharton quand elle écrit : Il est impossible de donner une idée de la valeur d’un livre par le résumé de son contenu (p.29). Au-delà des émotions qu’il peut susciter, un livre doit porter à la réflexion, cela est pour moi essentiel, mais cela peut être autrement pour d’autres, et il ne s’agit pas ici d’un jugement de valeur. Chacun recherche dans la lecture quelque chose de différent, pour ma part je recherche autre chose qu’un simple divertissement, parce que pour moi la littérature m’aide à penser, à mieux me connaître, moi mais les autres aussi, bref à vivre, et tout ne se vaut pas. Certains livres que je trouve bons ne le sont pas pour d’autres, et vice-versa, la difficulté de l’essai de Wharton est qu’elle prend parti pour un type de lecteur plutôt que pour un autre, que certaines affirmations sont séches et peuvent heurter, mais c’est aussi ce qu’il y a d’intéressant.

Un Jeudi, Un Livre

Défi Mia : 2/12

Lu aussi dans le cadre du Challenge Le Nez dans les Livres !

« 50 lectures du soir, histoires et contes traditionnels » Julien Salmon et Maud Petetin


Je voulais vous présenter un ouvrage que j’ai trouvé très intéressant, et d’autant plus aujourd’hui de grève des enseignants. Il s’agit d’un ouvrage autour de l’apprentissage de la lecture pour les enfants de CM1/CM2, élaboré par deux professeurs des écoles qui ont constaté que leurs élèves avaient tous des niveaux de lecture différent. Cette méthode de lecture repose sur deux principes : la lecture ET la compréhension de ce qui est lu. En effet, lire, déchiffrer un texte ce n’est pas encore savoir lire, ce qui différencie un lecteur apprenant d’un lecteur confirmé est précisément sa capacité à reformuler ce qu’il a lu avec ses propres mots, et en saisir tout le sens.

L’ouvrage comprend donc 5 histoires connues : La Chèvre de M. Seguin, La petite fille aux allumettes, Hansel et Gretel, Le Petit Poucet et Riquet à la houpe. Chaque histoire est découpée en plusieurs séquences qui feront chacune l’objet d’une lecture du soir. A la suite du texte, quelques questions de compréhension sont proposées ainsi que des questions plus théoriques sur la grammaire, par exemple, ou des questions favorisant l’imagination de l’enfant en proposant de deviner la suite.

Une étude à montrer que les enfants qui regardaient trop la télévision, perdaient leur capacité d’imagination et de créativité, et cela se percevait notamment dans leurs difficultés à inventer une suite. Cet ouvrage propose donc une approche ludique de la lecture, tout en améliorant leur capacité de lecture et d’appropriation des textes, et en donnant accès à des textes classiques de la littérature du conte.

Bien qu’Antoine soit en CE2, j’ai voulu tester sur lui cette méthode. Il a tout d’abord montré beaucoup d’intérêt pour les histoires proposées, et a voulu commencer par Hansel et Gretel, conte qu’il connaissait déjà. Les séquences sont relativement courtes (une à deux pages), et bien découpées pour donner envie de poursuivre le soir suivant. J’ai dû adapter les questions à son niveau, mais concernant celles du type : Pourquoi les parents veulent-ils abandonner les enfants?, Antoine a su formuler les raisons convenablement. Certaines questions portent également sur le vocabulaire (Qu’est-ce qu’une marâtre?), ce qui permet aussi une enrichissement.

En conclusion, j’ai trouvé que ce livre permettait d’aborder la lecture en alliant le plaisir et l’apprentissage de façon ludique, tout en donnant à lire des contes classiques. Il faut bien sûr l’envisager comme un divertissement et non comme un devoir, une obligation pour que cette méthode reste efficace. A découvrir donc.

Merci à Céline D. des éditions Mon petit éditeur.

Samedi sandien #13 : George Sand vue par Emile Zola


Aujourd’hui, je ne vous parlerai pas d’un roman de George Sand, mais d’une analyse d’Emile Zola portant sur l’œuvre de George Sand. Lors de ma visite de l’exposition Manet au Musée d’Orsay (promis je vous en parlerai un autre jour!)  j’ai déniché le recueil des articles journalistes d’Emile Zola.

L’article paraît dans la revue Le Bien public le 11 juin 1877, et s’intitule tout simplement « George Sand ». Émile Zola évoque Sand par le biais d’une comparaison avec Balzac. Comme si l’étude de l’œuvre d’une femme ne pouvait se faire que sous l’égide d’une œuvre écrite par un homme… mais peut-être vois-je trop le mal partout! mais vous verrez que non, finalement !

Zola ouvre son article en évoquant la reprise de la pièce de George Sand Le marquis de Villemer (oui il faudra aussi que je vous parle du théâtre de Sand!) à la Comédie Française. Il faut signaler que l’article de Zola paraît après la mort de Sand, cette dernière s’étant éteinte le 8 juin 1876. Il s’agit d’un hommage posthume qui fait également suite à l’inauguration d’une statue de la romancière au foyer de la Comédie Française. Toutefois Zola prend soin de préciser : je songeais beaucoup plus, je l’avoue, au romancier qu’à l’auteur dramatique. Il faut bien confesser que l’auteur dramatique en elle était médiocre, tandis que le romancier a tout au moins joué un rôle immense. Je parlerai donc du romancier (p.269). On notera les termes et expressions mesurées.

L’article est donc construit autour d’une comparaison entre Balzac et Sand, soit entre le roman réaliste et le roman idéaliste, puisque c’est ainsi que Zola définit le genre des romans de George Sand. S’en suit une explication plus détaillée des deux formules : Sand est, pour le romancier naturaliste, une digne héritière au XVIIIème siècle et notamment de Rousseau et de sa Nouvelle Héloïse (elle précise simplement la formule que lui transmet le XVIIIème siècle, p.271), tandis que Balzac, est à coup sûr le prodige intellectuel le plus extraordinaire du siècle (p.272). Là où Sand crée une étrange réalité qu’elle a rêvée (p.271), Balzac, lui, travaille sur le corps humain (id.). Je vous laisse constater que là où l’homme travaille, réfléchit, la femme, elle, rêve… mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin!

Zola se demande qui, de deux romanciers, est celui qui a vaincu (p.272). Pour cela il dresse une analyse qui fait un peu froid dans le dos, et qui, finalement, est une opinion qui a toujours cours aujourd’hui concernant l’œuvre de Sand. En cela, Zola a vu juste : Presque tous ses romans disparaîtront. Peut-être son nom seul restera-t-il comme le représentant d’une forme littéraire, dans la première moitié du XIXème siècle (p.275). En parcourant les manuels scolaires de nos lycéens, on ne peut que donner raison (malheureusement) à ce cher Émile. Car pour Zola, les romans de Sand sont dangereux. Pourquoi ? lisons l’opinion du grand homme :

Mettez les romans de George Sand dans les mains d’un jeune homme ou d’une femme. Ils en sortiront frissonnants […] il est à craindre que la vie ne les blesse ensuite […]. Ces livres ouvrent le pays des chimères, au bout duquel il y a une culbute fatale dans la réalité. Les femmes, après une pareille lecture, se déclareront incomprises, comme les héroïnes qu’elles admirent […] Combien de femmes ont trompé leurs maris avec le héros du dernier roman qu’elles avaient lu! (pp.272/273)

Ahhh la lecture dangereuse tentatrice, l’imagination, cette folle du logis pour Pascal, cette mère de toutes les fautes (p.273) pour Zola ! En prônant la suprématie des romans naturalistes, Zola s’en prend au roman idéaliste, sans percevoir que ceux de Sand ont des accents socialistes qui, par certains côtés rejoignent ses propres aspirations. Zola revendique la vérité au rêve : Les scènes les plus audacieuses, la peinture des nudités, le cadavre humain disséqué et expliqué, ont une morale unique et superbe, la vérité (p.273). Mieux vaut une vérité sordide que des histoires inventées pour troubler les coeurs (p.273).

Zola finit son article en regrettant que l’on érige deux statues de Sand dans Paris et aucune de Balzac (heureusement Rodin pourvoira à ce manque en 1897, soit vingt ans après cet article!).

Mais, dans ces quelques pages, une phrase m’interroge :

On raconte que George Sand, écrit Zola,  quelques temps avant de mourir, aurait laissé échapper cette parole sur elle: « J’ai trop bu la vie. » J’ai étudié cette parole et je n’ai pas compris. (p.275)

Peut-être est-ce aussi le cas pour les romans de Sand. Peut-être a-t-il étudié ses romans, et peut-être ne les a-t-il pas compris. Car si on peut reconnaître que l’œuvre de Sand témoigne d’une vision idéaliste, voire parfois totalement utopiste, il n’en reste pas moins, que cette utopie prend appui sur une observation réaliste du monde qui l’entoure. Placer ses romans dans son Berry natal, parler des paysans qu’elle côtoyait tous les jours, rendre compte de ses aspirations socialistes est aussi une façon de dire la vérité, mais non pour la montrer dans sa crudité, mais pour tenter de créer un monde meilleur, plus équitable, et égalitaire. Alors, certes George Sand n’est pas une romancière réaliste, mais ses romans ne sont pas seulement des rêves dangereux pour les femmes, et ses prises de position politique, ses combats socialistes, ses engagements montrent assez à quel point elle était de plein pied dans son siècle. Zola engage un duel entre deux auteurs, un combat perdu d’avance pour Sand. Et finalement Émile Zola s’est trompé, puisqu’en 2011 George Sand est encore lue, étudiée, rééditée et si elle reste méconnue ce n’est pas à cause de la faiblesse de ses romans, mais bien parce que depuis deux siècles pèsent sur elle cette interprétation erronée de son œuvre.

Émile Zola, Honoré de Balzac, George Sand sont trois auteurs majeurs du XIXème siècle, trois auteurs clefs et symptomatiques de l’évolution du roman durant ce siècle. Il ne s’agit plus aujourd’hui de les faire s’affronter pour savoir qui va gagner ou perdre, mais de les lire pour ce qu’ils sont. Qui a raison qui a tort, qu’importe, chacun donne sa vision de la réalité et c’est, après tout, ce que l’on demande à un auteur, nous faire partager sa vision du monde.

« Biogée » Michel Serres


Ce n’est pas un essai, ce n’est pas un roman, c’est tout cela à la fois avec beaucoup de poésie aussi. Le nouveau livre de Michel Serres se divise en 6 principaux chapitres : « Mer et fleuve », « Terre et monts », « Trois volcans », « Vents et météores » (voilà pour les 4 éléments !) ; « Faune et flore » et « Rencontres, amours »… Si je prends la peine de faire cette énumération c’est parce que la lecture des titres des chapitres renseigne, dit déjà beaucoup du livre en lui-même.

La Biogée, (Bio, la vie ; Gée, la Terre) est le nom que Michel Serres donne à la Terre, cette Terre sur laquelle nous sommes nés et qui est menacée.

Michel Serres nous emmène en ballade à travers la nature, nous en montrant sa beauté mais aussi ses côtés sombres et dangereux. En ces temps où on nous rabat les oreilles sur les changements climatiques souvent en nous affolant, j’ai trouvé que ce livre présentait la situation avec intelligence et surtout poésie et philosophie, sans pour autant négliger l’aspect scientifique…

Michel Serres nous invite à jeter un regard sur notre monde, notre vie moderne en nous ramenant à l’essentiel, au plaisir de la vie et à la beauté du monde, et ça fait du bien.

Malgré cela, ce ne fut pas une lecture très facile pour moi, surtout parce que je lis peu d’essais, je l’ai donc lu, chapitre après chapitre, tout en continuant mes autres lectures, et ce fut agréable.

Un livre donc à découvrir ! Initiative intéressante, à la fin du livre une URL vous permet d’entendre Michel Serres lire son livre…

Je remercie les .