« Le Vrai lieu » Annie ERNAUX – Entretiens avec Michelle PORTE.


 

 

Ecrire, je le vois comme sortir des pierres du fond de la rivière » (p.72)

Ce petit livre d’entretiens est d’une grande richesse. Pour qui est sensible, comme moi, à l’oeuvre et à l’écriture d’Annie Ernaux, il est une vraie mine. J’ai noirci trois pages de citations, tant ce qu’elle nous livre de son écriture, de la conception de son oeuvre est passionnant. Elle éclaire sa démarche littéraire, la source de son intérêt pour la littérature, revient sur cet entre-deux social qui est à l’origine de ses romans.

(suite…)

Entretien avec Dominique Dyens.


dyens dominique portraitComment êtes-vous devenue écrivain ?

J’ai toujours considéré que je me nommerais écrivain à partir du dixième roman. Je me nomme plutôt romancière, et j’étais romancière à partir du moment où mon premier roman a été publié, c’est-à-dire à partir du moment où il a été lu par d’autres, et par le plus grand nombre.

Cette période du premier roman me paraissait tellement magique, un peu inaccessible, à tel point que je mettais autour du terme « écrivain » beaucoup d’admiration, il y avait quelque chose qui m’empêchait, par modestie, de me nommer écrivain.

Je dois être fascinée par un certain type de femmes qui sont d’une certaine façon des héroïnes tragiques.

(suite…)

Entretien Littéraire avec Juliette #3 : La Lecture.


entretien juliette B avec moiSuite et fin de l’entretien littéraire avec la chanteuse Juliette. Aujourd’hui, Juliette va vous parler plus largement de la lecture. Vous pouvez lire les deux premiers épisodes en suivant les liens suivants : Les lectures fondatrices #1 et La littérature contemporaine #2.

Entretien accordé le 26 septembre 2013.

Épisode 3 : La Lecture

je lis beaucoup dans les lieux d’aisance.

(suite…)

Entretien Littéraire avec Juliette #2 : La Littérature contemporaine.


entretien juliette avec moi 2Suite de l‘entretien littéraire que la chanteuse Juliette m’avait accordé le 26 septembre.

Episode 2 : La Littérature contemporaine

la littérature française contemporaine, j’en ai été un petit peu dégoûtée à la fac

(suite…)

Entretien littéraire avec Juliette #1: les lectures fondatrices


entretien juliette 1Il y a une quinzaine de jours, j’ai eu le plaisir de rencontrer la chanteuse Juliette pour un entretien. Fin septembre, son nouveau CD, Nour, est sorti dans les bacs (comme on dit), mais Juliette souhaitait parler littérature, pourquoi s’en priver.

Nous étions installées dans un petit jardin en plein cœur de Paris. J’étais un peu intimidée, j’avais grattouillé quelques questions sur un calepin, mais une entrée en matière sur les Droits du lecteur de Daniel Pennac a vite fait de me mettre à l’aise.

Après avoir longuement hésité, j’ai opté pour une retranscription de l’entretien plutôt qu’une synthèse qui me parait trop terne et qui aurait sans doute mal rendu le ton, l’enthousiasme et l’humour de Juliette. Comme l’entretien a duré un peu plus d’une demie-heure, j’ai décidé de faire durer le plaisir et de vous faire partager cet entretien un peu comme un feuilleton tout au long de la semaine !

Donc épisode 1 : Les Lectures fondatrices !

(suite…)

Entretien avec un auteur : J. Heska


J. Heska vient de sortir son deuxième roman, On ne peut pas lutter contre le système, l’occasion de lui poser quelques questions sur sa vie/son œuvre.

***

Bonjour George ! Merci beaucoup de m’avoir accordé cette interview, c’est un vrai plaisir 🙂

1. Bien que vos deux romans aient un style différent, on retrouve dans les deux une certaine critique sociétale. Ecrire pour vous est-il forcément lié à une sorte d’engagement ou de dénonciation sociale ?

Loin de moi l’idée d’avoir la prétention de m’engager sur la voie de la dénonciation sociale
(on m’imagine tout de suite braillant dans une émission de variétés avec un beau costume à
paillettes « Non à la guerre » « Non à la mort » « Votez Untel et vos vies seront sauvées »). Pour moi, un artiste ne doit pas prendre parti, s’engager, ni déplorer quoi que ce soit : c’est avant tout un observateur. Je préfère soulever des questionnements, à partir d’une œuvre chargée avant tout de divertir, et laisser au lecteur le choix de trancher.
Par contre, je plaide coupable à 100% sur la thématique sociétale ! J’aime parler de la façon dont un groupe / une société / une civilisation peut basculer à un moment ou un autre, s’éteindre, ou évoluer. Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir exposait un changement philosophique de civilisation dans un roman généraliste. On ne peut pas lutter contre le système montre comment celle-ci peut s’écrouler dans un thriller. Et ce n’est pas prêt de finir, car mon petit troisième, en cours de maturation, penche du côté S.F., mais toujours avec cette thématique sociale en toile de fond.

2. Dans votre dernier roman, on sent une influence cinématographique par quelques références, mais aussi dans votre style très imagé et vivant, est-ce délibéré ?

Tout à fait ! J’ai grandi dans les années 90. J’ai été élevé à la B.D., au cinéma à grand spectacle (Indiana Jones, Retour vers le futur, Star Wars, etc.), à l’Internet naissant et aux romans d’action « tout en muscle », avec une prédilection pour le genre S.F. Je m’inscris donc dans cette époque sans complexe et n’hésite pas à piocher à droite à gauche des petits clins d’œil qui vont nourrir à la fois l’histoire, mais également la narration en elle-même. Mon style s’en ressent donc tout naturellement. En tant que lecteur, je ne supporte plus de m’ennuyer en lisant des descriptions alambiquées de quinze pages ou des déballages de sentiments narcissiques dans des phrases très stylées qui ne veulent rien dire. Alors en tant qu’auteur j’essaie d’aller droit au but, et de décrire une situation en quelques images puisées dans l’inconscient collectif que le lecteur pourra facilement se représenter. Mais attention, je ne pousse pas non plus la logique dans ses retranchements : hors de question de trop dépouiller le texte, ou de succomber à un style trop scénaristique. Je privilégie la voie moyenne ;-).

3. D’après ce que j’ai compris dans nos échanges, vos romans ne sont pas disponibles en librairie (du moins pas encore pour le dernier), pouvez-vous nous dire pourquoi et quel est votre parcours éditorial ?

J’ai publié mon premier roman, Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir, à vrai compte d’éditeur après avoir ramé plusieurs années (envoi de manuscrits, refus, rendez-vous, refus, etc.). J’ai eu un très grand distributeur (dont je tairais le nom), une belle attachée de presse, un éditeur très occupé, une correctrice, un maquettiste, etc.
Ce fut une expérience intéressante qui m’a ouvert les yeux sur ce monde qui ne me convenait guère, loin de l’image qu’on souhaite lui donner : mon éditeur n’a jamais pris le temps de lire mon livre, l’attachée de presse avalait des petits fours dans les dîners mondains sans même imaginer faire son travail, les journalistes ne souhaitaient recevoir un service de presse que pour pouvoir le refourguer sur e-bay plus cher (car dédicacé), les librairies ne s’intéressaient qu’à Marc Lévy, le diffuseur s’inscrivait aux abonnés absents.
J’ai pris très peur lorsque j’ai vu les commissions que tous ces intermédiaires avalaient goulûment.

Comme j’avais dépensé beaucoup de temps et d’énergie pour rien (car au final je n’ai jamais été payé par mon éditeur, une arnaque visiblement courante dans le milieu), je voulais me recentrer sur l’écriture. Quand j’ai décidé de publier On ne peut pas lutter contre le système, j’ai voulu le faire selon mes conditions.
Je me suis donc auto-édité. Dans ce domaine, il y a une volonté, des outils (impression à la demande, livre numérique, etc.) et une énergie qui stimulent ma démarche. Le tout à des coûts réduits.

Ce n’est pas simple tous les jours, je vends beaucoup moins, mais j’assume ce prix de la liberté !
J’espère juste que les lecteurs me soutiendront dans cette démarche (je suis content, ça a l’air d’être le cas pour le moment).

4. Comment l’écriture est-elle entrée dans votre vie ?

Comme tout « artiste », je pense que l’envie vient du besoin vital d’expulser des idées d’un esprit trop encombré, afin d’éviter la schizophrénie !
Pourtant, initialement, rien ne me prédestinait à écrire. Contrairement à beaucoup d’écrivains, je n’ai pas commencé dès ma plus tendre enfance à dévorer l’intégrale de Kant (je préfère m’arracher les deux bras avec les dents que de relire une ligne de David Copperfield ou de supporter une liste d’adjectifs sur un Tartarin de Tarascon). J’avais d’autres intérêts. La littérature, je trouvais ça trop lent, introspectif, compliqué, et peu inventif…
Et puis le déclic a eu lieu peu après mon adolescence. J’ai découvert des œuvres qui ont su
m’intéresser et, en parallèle, une certaine maturité d’esprit m’a amené à percevoir le pouvoir des mots. J’ai alors commencé à écrire de façon beaucoup plus sérieuse. J’ai cultivé ce goût. Et je ne me suis pas lassé depuis !

5. Vous m’avez dit que vous aviez travaillé votre style, comment concrètement travaillez-vous ?

L’écriture de mon premier roman Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir avait été plus
simple, car il est écrit à la première personne du singulier. Le « je » implique une personnification de l’écriture qui rattrape les faiblesses de l’auteur. Un mot mal employé, une répétition, un vocabulaire approximatif, une description trop sommaire, l’utilisation de gros-mots, et c’est le personnage qui porte le chapeau.
Pour On ne peut pas lutter contre le système, changement de format : troisième personne du singulier. Il a donc fallu muscler ma narration. Pour cela, c’est un exercice quasi-quotidien pour lequel  je procède en plusieurs temps.

Tout d’abord, je suis un éternel curieux toujours à l’affut : je lis tout ce qui me tombe sous la main (magazines, livres, B.D., etc.) et, dès qu’une formule, un mot de vocabulaire ou une façon de décrire me plaît, je note. De la même manière, cela me permet aussi de m’améliorer car je vois comment la « concurrence » règle certains problèmes qui se posent au moment de la rédaction de mes livres.
Ensuite, il y a le blog, qui est un véritable petit laboratoire. Je teste tout et n’importe quoi, aussi bien dans le fond que dans la forme. Je m’impose parfois des contraintes pour
m’exercer (nombre de caractères limité, obligation parler d’un sujet sous différents angles, etc.), et je vois ce que ça donne. La rédaction d’un contenu régulier est également très formateur. Bref, le blog a beaucoup nourri mon travail d’écrivain.
Enfin, le gros du travail se fait à la recorrection du manuscrit. Car si écrire reste assez aisé, le plus dur demeure d’y revenir une bonne centaine de fois afin d’arriver au résultat que l’on souhaite (en terme de fluidité, de pertinence ou de qualité). J’ai beaucoup souffert sur cette étape, mais elle est très gratifiante. C’est d’ailleurs avec ce livre que je me considère comme un vrai « écrivain » ;-).

6. Vous êtes très présent sur les réseaux sociaux (blogs + Facebook), les pensez-vous influents ? Que vous apportent-ils en tant d’écrivain ?

Plus j’avance, plus je me dis que ces médias n’ont pas toute l’influence qu’on veut bien leur accorder.
Un clic sur « j ‘aime » ou un commentaire ne déclenche pas forcément un téléchargement d’extrait, une lecture de quelques articles sur mon blog, ou mieux encore, un achat de livre. Et comme pour un écrivain, le plus important est d’être lu, l’impact reste limité…
Tout au plus, ces réseaux pourront permettre d’accompagner ou d’amplifier un « buzz » qui à mon avis, vient d’un faisceau de médias dans une logique de cercle vertueux.

Au final, je suis très présent sur le web social par simple envie et je l’utilise pour ce qu’il est : un moyen d’interagir avec mes amis, mon cercle proche de lecteurs, et surtout de partager des choses sans importance, comme des photos de mon chat, des panneaux revendicatifs de mon voisin, ou une info sur mon classement au top vente AMAZON. De la discussion peut naître aussi des idées qui me permettent d’orienter la ligne éditoriale de mon blog, même si cela reste toujours relatif (je fais ça avant tout pour m’amuser).

7. Beaucoup de blogueurs redoutent le fait de lire et de chroniquer des romans envoyés directement par les auteurs, ils craignent de ne pas être libres de leur critique, voire de blesser l’auteur, avez-vous eu des refus sur ce motif, et qu’en pensez-vous ?

Je n’ai eu (du moins explicitement) à déplorer aucun refus pour ce motif. En général, je reçois un mail de certains blogueurs qui n’acceptent de chroniquer qu’à la condition d’avoir une liberté totale de ton.
C’est la règle du jeu, et je l’accepte avec plaisir.
Si au final la chronique ne me convient pas, tant pis ! Du moment qu’elle reste argumentée et polie, on peut tout avaler. Et puis, une critique très négative peut parfois attirer la curiosité des lecteurs. Le pire dans notre métier, c’est l‘indifférence.

Ensuite, et pour avoir été confronté plusieurs fois à la situation en tant que spectateur, je ne peux que constater l’incompréhension. D’un côté un auteur qui envoie son bébé plein d’espoir et qui peut se vexer (voire piquer) quand la critique ne lui convient pas, et de l’autre côté un blogueur qui prône son impartialité et son indépendance, et qui parfois ne mâche pas ses mots. Et si on ajoute le fait qu’Internet est également un lieu à part où tous les sentiments sont exacerbés (un blogueur caché derrière son écran qui crache son venin uniquement dans le but de lyncher, un auteur touché dans son orgueil qui exige que tout le monde aime son chef-d’œuvre), on obtient la tambouille idéale pour la confrontation.

8. On suppose qu’un écrivain aime lire, donc dites-nous un peu quels sont vos grands auteurs, et quel roman vous êtes en train de lire.

Je n’ai pas à proprement parler d’auteurs de prédilection. Je suis un lecteur intraitable, très critique, et je n’ai jamais réussi à avoir un auteur qui tienne la distance. Ce sont plutôt des œuvres particulières qui me font vibrer.
Mon roman préféré est Dragon Déchu de Peter F. Hamilton, parce que je m’identifie énormément au héros. Si quelqu’un souhaite un jour connaître les rouages de ma psychologie, je lui conseille ce livre !
Sinon, les autres romans qui m’ont influencé sont La Guerre du feu, et la façon très brute de
Rosny Aîné de décrire les scènes de combat ; Le meilleur des mondes de Huxley, où j’ai
découvert la construction d’un univers crédible basé sur des principes sociétaux complètement différents ; Band of brothers de Stephen Ambrose (qui n’est pas un roman à proprement parler), qui prend d’autant plus de profondeur que les évènements racontés sont véridiques.
Et sinon, le dernier livre que je viens de finir est Un monde sans fin, la suite des piliers de la Terre de Ken Follett. Un second opus trépident, réellement immersif, mais avec toutefois des personnages moins attachants et une intrigue trop centrée en-dessous de la ceinture (je ne pensais pas pouvoir dire ça un jour 😉 ).

9. A part les contacts avec les blogueurs-lecteurs et les réseaux sociaux, comment procédez-vous pour promouvoir vos romans et vous faire connaître ?

Au début, je faisais beaucoup de rencontres lecteurs / auteur dans les médiathèques ou des
séances de dédicace dans les librairies. J’avoue avoir ralenti le rythme pour des raisons purement personnelles : il est très difficile de mobiliser le lectorat. J’en avais un peu marre de perdre mes samedis à alpaguer des chalands indifférents, comme un vendeur de poissons (pas frais 😉 ).
De la même manière, pour mon premier roman, j’ai harcelé les journalistes des plus grands quotidiens pour qu’ils acceptent de chroniquer mon livre. Dur de passer à travers le copinage latent du milieu.
Avec tout ce travail, je n’ai réussi à obtenir que des entrefilets approximatifs. Par contre, dès le lendemain, tous mes bouquins envoyés en SP était sur E-bay ! Plus jamais ça !

Pour le moment, je me concentre donc sur Internet. Je peux faire ça quand je veux et où je veux. La liberté ! Et surtout, cela n’empiète pas sur mon temps d’écriture. On verra si le bouche à oreille fonctionne…

10. Il arrive que des blogueurs soient pris à partie par des auteurs qui leur reprochent certains billets négatifs sur leur roman. Pensez-vous que les blogs de lecture ont changé le rapport entre les écrivains et leurs lecteurs ? Quels sont pour vous les avantages mais aussi les inconvénients d’une telle proximité ou du moins d’un accès direct aux avis de lecteurs pour un écrivain ?

La donne a changé, mais pas forcément comme on le pense.
Il y a un double mouvement. Tout d’abord, un glissement du triptyque originel auteur / journaliste /lecteur vers celui moins conventionnel de auteur / blogueur / lecteur.
Au final, les blogueurs, par leur indépendance, se sont substitués aux journalistes (accablés sous les reproches de copinage) qui ne répondaient pas forcément aux besoins des lecteurs.
Donc rien de bien nouveau, et il y a fort à parier que la fonction de blogueur va aller en se
professionnalisant, se galvaudant à son tour petit à petit (je ne dis pas ça pour vous, George 😉 ).

Le second mouvement est celui, comme vous le disiez, de la proximité plus grande permise grâce au web 2.0 et aux commentaires de lecteurs. Là encore, je ne suis pas sûr que la donne ait beaucoup changé. Si un auteur se moquait déjà des retours des lecteurs avant Internet, il s’en moquera tout autant à présent. Le curseur est donc facilement déplaçable.
Pour ma part, je lis toujours tous les avis et suis très heureux de pouvoir lancer la discussion avec les lecteurs. Certains commentaires constructifs me permettent également d’améliorer mon œuvre, voire d’influencer le cours de certaines histoires. Mais j’ai eu également tellement de fois à me dépêtrer dans des débats sans fin où se côtoient mauvaise foi, bêtise et méchanceté gratuite (voire insulte), que je me suis forgé une petite carapace. Au final, je ne sais pas si cette proximité apporte des avantages et des inconvénients, elle est juste… différente (vous voyez, je ne juge jamais 😉 ).

11. Une petite chose à rajouter ? Je vous laisse la parole !

Allez, je me permets un peu de promotion ! Vous voulez faire un vrai geste en faveur d’une édition indépendante ? Vous voulez accompagner un auteur vers les sommets de la gloire afin qu’il puisse, à son tour, sniffer de la cocaïne sur le capot d’une voiture de luxe au centre-ville de Paris ? Achetez mon livre papier ici ou au format électronique ici :
Plus sérieusement, et comme le dit très bien George dans sa chronique, c’est un thriller sympa avec beaucoup d’action, de l’humour, et même de l’amour. Il vaut vraiment le coup !

Merci à vous George pour cette interview fort sympathique (désolé, j’ai été un peu long, je suis très bavard !) 🙂

Merci à vous pour ces réponses qui nous en disent un peu plus sur vous, votre travail et votre lien avec les blogs, j’espère que votre roman aura le succès qu’il mérite, et j’attends le prochain avec impatience.

Entretien avec un auteur : Isabelle Monnin


Je vous propose aujourd’hui un entretien (inespéré) avec Isabelle Monnin, auteur de Les Vies extraordinaires d’Eugène. Ce roman m’a beaucoup touchée mais au-delà du sujet difficile de ce roman, j’avais noté une construction, un style qui fait de ce premier roman, un livre complet. J’ai voulu savoir comment Isabelle Monnin avait conçu et écrit son roman, elle a eu la gentillesse de me répondre.

J’espère que cet entretien vous donnera envie de découvrir ce roman…

1.Comment vient l’envie de parler d’un sujet aussi douloureux que celui de la mort d’un enfant?

Il y a des raisons d’ordres divers. L’une d’elles est le désir de s’attaquer à la question de la biographie qui est souvent l’affaire de la littérature : que sait-on de quelqu’un ? Que peut-on dire et comment peut-on parler de la vie d’une personne ? Ici, c’est presqu’un cas d’école : Eugène a-t-il existé lui qui n’a vécu que six jours ? C’est tout l’enjeu de l’enquête dans laquelle se lance son père. Il est historien, son métier est de dire l’histoire. Il va donc utiliser son savoir-faire professionnel pour tenter de reconstituer, comme dans un puzzle, les différentes facettes de la vie d’Eugène, non seulement ses six jours effectifs de vie mais aussi la vie qu’il aurait dû avoir, petit garçon né en France en 2007, s’il n’était pas mort prématurément.

2. Le fait de faire parler le père (et non la mère), est-ce un choix narratif délibéré ? et si oui pourquoi ?

Je voulais faire entendre les deux voix, celles du père et de la mère, deux façons de devenir parent et d’affronter le drame. D’emblée j’ai eu l’idée que la mère se réfugiait dans le silence et un projet de couture un peu fou et que revenait au père la mission de raconter la vie d’Eugène, à la fois pour lui donner une réalité et pour combler le silence. Elle est silencieuse et onirique. Il est narrateur pragmatique. Cela donne deux styles, deux langues : celle de la mère est presque lyrique, celle du père est simple, sobre et claire. Il ne fait pas de la littérature, il tient juste le journal de son enquête sur Eugène. Donner la place prépondérante au père permet d’éviter deux écueils : tomber dans le pathos et dans le discours « maternaliste » ambiant qui me fatigue. Elle l’a porté pendant la grossesse, à lui de lui donner une existence sociale : c’est une répartition des tâches parentales.

3. Le fait que le roman traite d’un sujet difficile peut faire peur. Etiez-vous consciente de cela en l’écrivant ? Avez-vous pris en compte ce barrage éventuel ?

Je dois confesser que lorsque j’écrivais, je ne me souciais pas du tout d’éventuels lecteurs et encore moins de leurs craintes… Je ne pensais pas être lue par quiconque. Ce n’est qu’à la fin de l’écriture que des amis très proches m’ont suggéré de le montrer à des éditeurs. Alors, oui, j’ai pris conscience de la difficulté du sujet. Le malheur effraye. Il isole, il éloigne, il « désertifie » pour reprendre le mot d’une de mes lectrices. Tout l’enjeu du roman est de rendre le drame des parents d’Eugène accessible, supportable, lisible au sens propre. C’est pourquoi je me suis attachée à ne pas tomber dans le larmoyant et à tenter de parsemer le récit de touches d’humour, de légèreté et d’absurde, notamment lorsque le père d’Eugène retourne sur les lieux de son enfance, auprès de Papy Marcel, ou vole la liste de la crèche pour espionner les copains qu’aurait dû avoir son fils.

4. Outre le sujet très sensible, la forme est importante dans votre roman. Pourquoi ce choix du journal plutôt qu’un récit purement narratif ?

J’avais l’idée du compte à rebours inversé, du calendrier intime de ce couple pour qui le point 0 est désormais et pour toujours la date de la mort d’Eugène. Le journal permet à la fois d’être dans la sobriété du narrateur et de donner la mesure du temps de leur deuil, un temps distordu, décalé, hors du calendrier social. Et aussi de placer, comme en décor, le bruit du monde en arrière plan. Les événements intimes se déroulent toujours dans le même temps que des événements historiques plus ou moins essentiels, ici la mise en scène du couple Sarkozy ou l’élection d’Obama. Cela m’amusait, moi qui suis journaliste, de placer l’actualité pour une fois au second plan.

5. Peu d’auteurs ont traité ce sujet en littérature, vous évoquez les romans de Camille Laurens et de Marie Darrieusecq, mais vous ne parlez pas (du moins votre personnage) de Philippe Forest alors que comme votre personnage, Forest se place en tant que père notamment dans son roman « Tous les enfants sauf un ». Est-ce un choix délibéré?

Le deuil est un thème universel de l’art en général et de la littérature en particulier. De la vie aussi d’ailleurs. C’est pourquoi je crois mon livre touche des gens très différents : nous sommes tous amenés à vivre un jour cette expérience du deuil. Je ne pouvais pas citer tous les livres sur ce sujet ; je ne pouvais non plus faire comme si j’étais la première à m’en saisir. Le père d’Eugène, en bon historien, commence par faire l’état des lieux bibliographique. Il a entendu parler de la controverse Camille Laurens/Marie Darrieussecq mais il n’a pas d’avis sur la question. Ce qui l’intéresse (et moi aussi) c’est juste comment raconter la vie d’Eugène.

6. Qu’aimeriez-vous que l’on retienne surtout de votre roman ?

Que s’il traite d’un sujet sombre, mon livre ne l’est pas. Un peu (et à ma toute petite échelle) comme les tableaux de Pierre Soulages : noirs mais toujours lumineux.

Isabelle Monnin sera en dédicace le Samedi 9 Octobre de 16h à 17h30 à la Librairie « Les Guetteurs du vent », 108 avenue Parmentier, Paris 11ème… vous pouvez aussi vous rendre sur la Page Facebook du roman !

Entretien avec un auteur : Marie Charrel


J’ai lu ce mois-ci un premier roman qui ne m’a pas emballée…. Cette critique subjective m’a posé quelques problèmes parce que critiquer négativement un premier roman reste délicat… et puis j’ai eu la surprise d’être contactée par l’auteur : Marie Charrel, contact amical qui prouve que certains auteurs acceptent avec intelligence les critiques. Après quelques messages échangés, je lui ai proposé de répondre à quelques questions sur son nouveau métier d’écrivain et sur sa découverte des blogs… elle y a répondu avec gentillesse…

1. Marie, tu viens de sortir un premier roman, « Une fois ne compte pas », chez Plon. Comment s’est passée la recherche d’un éditeur ?
Pour dire vrai, je n’ai pas vraiment cherché.  J’ai bénéficié une chance inattendue. Un jour, j’ai donné à lire le manuscrit à une amie, car je savais qu’elle seule serait capable de me donner un avis dénué de condescendance. Je lui ai dit : « si ça mérite le broyeur, sois sans pitié ». Mais elle ne l’a pas jeté au broyeur. Elle l’a confié à l’un des éditeurs de Plon, qui a aimé. Quand j’y repense, je me dis encore : « pince-toi, tu vas te réveiller ».

2. Comment est née l’idée de ce roman ?
Elle est née il y a longtemps. Presque huit ans. Mon esprit a toujours été occupé -squatté, pourrait-on même dire- par des dizaines d’histoires, évoluant en parallèle, plus ou moins délirantes. Il arrive que ce soit handicapant.
Un jour, j’ai commencé à les écrire, avant tout pour m’alléger un peu l’esprit – et occuper mes nuits quand les télé films de M6 étaient trop mauvais. J’ai vite réalisé que quatre de ces histoires racontaient la même chose : le parcours de personnages ayant l’impression de passer à côté de leur vie, obsédés par l’idée que celle-ci aurait été meilleure s’ils avaient fait des choix différents. Pétris de regrets et pourtant, incapables d’agir pour changer les choses. Comme s’ils étaient déjà morts. A l’époque, il me semblait que beaucoup d’adultes autour de moi étaient dans cette situation. Cela m’a terriblement effrayée. Alors, je me suis amusée à voir ce qu’il adviendrait si ces personnages avaient l’opportunité de voir leurs vieux rêves se réaliser. Sauraient-ils saisir cette chance ? Dans la réalité, je pense que non. Mais dans le livre, j’ai éclaté tous les possibles.

3. Comment vis-tu les critiques qui commencent à sortir sur ton livre ?
Je les découvre avec vif intérêt, modestie, et parfois, un regard amusé. J’ai beaucoup de recul sur ce texte, né il y a des années, dont l’écriture a été entrecoupée de longues pauses, précisément parce que je ne m’imaginais pas être entrain d’écrire un livre. Je suis très consciente de ses imperfections. Du coup, certaines chroniques m’aident à mieux cerner ce qui est perfectible dans mon écriture, la construction du récit, la psychologie du personnage : c’est du pain béni !
Par ailleurs, les critiques en apprennent souvent autant sur celui qui les émet que sur le livre lui-même, et ce qu’il en a pensé. C’est un petit œil sur l’autre assez jouissif.

4. J’ai lu ton roman grâce à un partenariat avec les éditions Plon. Connaissais-tu les blogs de lecture ? As-tu été mise au courant de ce partenariat et qu’en penses-tu ?
Je connaissais bien sûr les blogs de lecture. Plon m’a parlé du partenariat, c’est une excellente chose. Pourquoi se contenter de la presse classique ? Les blogueurs ont un regard différent, libéré des contraintes inhérentes aux rédactions, même si soumis à d’autres, de nature disons plus informelle. Leurs analyses sont tout aussi constructrives pour les lecteurs. Parfois plus. Et puis, le net autorise plus de liberté avec la langue, la forme et l’espace : on s’amuse, ouf !

5. Depuis ce partenariat, as-tu lu les blogs de lecture ? Ton éditeur t’a-t-il fourni des adresses de blog ?
Il m’a transmis quelques adresses, j’en connaissais déjà plusieurs. Je consulte régulièrement certains.

6. D’après ce que je sais de toi, tu n’as pas une formation littéraire, comment est née chez toi l’envie d’écrire un roman et d’être publiée ?
C’est difficile à dire. J’ai toujours dévoré compulsivement les livres. Ils ont fini par rentrer en moi. J’ai commencé à écrire pour me libérer d’une partie des histoires qui habitaient mon esprit, et faire de la place à d’autres. Passer à la suite, parce que c’était trop dur de les porter toutes, vraiment ! Etre publiée, c’est une autre affaire. Il m’a fallu un long moment avant d’accepter l’idée que mes écrits aient un quelconque intérêt. Voire même, qu’ils pourraient plaire. Cela demande d’avoir un peu d’ego. Avant d’aller plus loin, il m’a donc fallu sortir le mien du caniveau où je le piétinais en hurlant des cris de squaw pour lui coller trois bouts de sparadrap sur la figure.

7. Comment se passe ta découverte du monde des écrivains et des éditeurs ? Correspond-il aux idées que tu t’en faisais ?
« Le monde des écrivains et des éditeurs », ah, et bien, je ne sais pas trop ce que ça veut dire. C’est un peu comme demander : « que penses-tu des Parisiens ? » Entre l’épicier chinois de l’avenue de Choisy, l’ado dansant la tectonic devant les Halles (quoique, ce n’est plus vraiment à la page) et la pimbêche à dentelles velues du XVIIème, il y a quatre ou cinq années lumières. C’est peut-être de la naïveté (probablement). Ou bien est-ce lié au fait qu’à part mon éditeur et un ou deux auteurs de Plon, l’essentiel de mes fréquentations est plutôt du genre « freaks-haut perché » écumant les salles de concert de Pigalle. Mais on ne se refait jamais complètement, non ?

Merci à Marie pour ta gentillesse, bon courage pour la suite…