Bilan de lecture mensuel : Avril 2013.


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Ce mois d’avril a été marqué par la mise en place d’un défi de lecture que j’ai effectué avec Miss Bouquinaix, Bianca et Jostein .Il consistait à lire 1 livre en 2 jours sur tout le mois d’avril. Mardi 30, date de la fin du défi, j’ai donc fait un bilan et celui d’aujourd’hui risque d’être une redite, mais tant pis.

(suite…)

« L’île des beaux lendemains » de Caroline VERMALLE


vermalle l'îleJ’avais aperçu cette jolie couverture de roman sur quelques blogs que je suis. Or, comme je vais avoir le plaisir de rencontrer l’auteure au Salon du Livre et que j’ai eu la chance de recevoir ce roman de la part des Éditions Belfond, je me suis mise à le lire lundi dans le cadre de mon petit défi perso à moi toute seule (4 jours/4 livres). Je l’ai lu en quatre heures et avec grand plaisir. Je ne connaissais pas cette auteure avant, ce fut donc une réelle découverte et une bonne surprise.

A soixante-treize ans, Jacqueline décide, un peu sur un coup de tête de rendre visite à sa cousine Nane, qu’elle n’a plus revue depuis 1953. Nane vit aujourd’hui sur l’île d’Yeu. Adolescentes, les deux femmes étaient très proches mais leur destinée fut différente. Nane a épousé l’homme de sa vie lors d’une belle fête, tandis que Jacqueline dut se contenter de Marcel et d’un mariage en petit comité. Jacqueline souhaite surtout renouer avec son passé, se réapproprier sa jeunesse, ses rêves d’alors.

L’originalité de ce roman tient d’abord dans le fait que le narrateur est un papillon qui, avec l’aide de ses amis et des vents, va nous raconter l’histoire de ces femmes et de leurs amours, mais aussi les mésaventures de Marcel qui compte bien descendre la Loire à la nage pour aller chercher sa Jacqueline. Si celle-ci est restée une belle femme aux allures distinguées, Nane n’est plus la jeune femme svelte de ces 26 ans, et pourtant la première a la sensation d’avoir manqué sa vie, l’autre au contraire l’a vécue pleinement. Les retrouvailles seront un peu houleuses au début, Jacqueline est un peu mal à l’aise, mais petit à petit, dans cette grande maison de Nane, dans laquelle plusieurs d’amis de passage sont venus chercher une solution, un remède pour mieux vivre, Jacqueline va finir par s’épanouir.

C’est un roman nostalgique et pourtant très optimiste qui nous fait envisager la vieillesse sous un autre angle. Certes le destin de Jacqueline pourrait être assimilé à un ratage, mais le message central de ce roman reste que, à tout âge, tout est encore possible si on en a la volonté et si on sait, comme le fait remarquer Nane à Jacqueline, se donner les moyens d’être heureux. Il faut croire au bonheur pour pouvoir le cueillir et la légèreté des papillons, la douceur ou la fougue des vents, la nature magnifique de cette île, les bons repas conviviaux vont permettre à Jacqueline de prendre conscience de l’importance de toutes ces choses.

Il ne faudrait pas croire que le ton soit condescendant et gnangnan. Bien au contraire. Caroline Vermalle dessine des personnages haut en couleur, comme Nane, femme autoritaire, un peu brusque dans ces méthodes comme savent l’être les Bretonnes. Un ton péremptoire, mais un grand cœur quand on apprend à les connaître. Même les personnages secondaires marquent leur présence comme cette voisine insupportable, mais tellement drôle : Mme Tricot. Jacqueline, plus froide, plus maladroite, plus sensible aussi, m’a touchée par son histoire : il aurait eu cinquante-six ans en février, mon enfant, ais ce sera toujours mon petit. Je lui parle, parfois. Je lui dis : mon pauvre petit chou. C’est idiot, quand même, à mon âge… (pp.193/194).

Outre l’histoire de ces deux femmes, il y a tout un arrière plan qui vient enrichir la trame principale. Que ce soit les enfants d’Afrique, l’histoire d’Arminda, mais aussi toute la vie de cette île d’Yeu que l’on découvre : les maisons aux jardins fleuris, l’ambiance insulaire si particulière, les sentiers de la côte sauvage, les produits de la mer… tout ce qui me fait aimer la Bretagne (bon OK on me murmure que c’est la Vendée, mais ce n’est pas grave, moi j’avais l’impression d’être en Bretagne!)

Il y a une légèreté dans ce roman, une façon d’envisager la vie au-delà même de la vieillesse et en même temps on ne peut oublier une certaine tristesse inhérente qui, à la fin, n’est plus subie mais que les personnes se sont appropriée et qui va leur permettre d’aller de l’avant. Le style incarne aussi cette légèreté. La valse des sentiments nous fait passer des sourires aux larmes, et je suis ressortie de cette lecture le cœur un peu plus léger. Que demander de plus ?

Roman lu dans le cadre du Challenge Ô vieillesse ennemie, Challenge Amoureux saison 3 (cat. amours contemporaines).

challenge o vieillesse ennemieChallenge Amoureux saison 3

« Anaïs » Michaël Collado


Défi à suivre sur le Journal

Elle avait dit qu’elle avait sauté par-dessus la vie et qu’elle se trouvait à cet âge gaspillée mais heureuse d’être avec nous. (p.217)

Anaïs est la belle fille du village du Saint-Elme, en Provence. Sa beauté éblouie et lui donne cette fierté dédaigneuse qui fascine les hommes. Sûre de son pouvoir, étouffant dans ce petit village, elle ne rêve que de partir au bras d’un homme qu’elle aimera et qui l’aimera… elle le fera, mais…

Difficile de résumer le début de ce roman, car il s’offre comme un tout, et c’est plus par sa forme, sa narration que je le trouve intéressant. L’histoire commence au début des années 50, et Michaël Collado a très bien su restituer l’ambiance de cette époque à travers ce personnage de fille libre, qui émerge, qui annonce la liberté, comme la Bardot de Dieu créa la femme de Vadim. Oui, je ne sais pas trop pourquoi, mais à c’est à la Bardot des années 50-60 que j’ai pensé en imaginant cette Anaïs, la Bardot de Vadim, celle d’Autant-Lara aussi, dans ces relations entre une jeune femme belle et amoureuse et un homme plus âgé, dans l’empreinte gluante de la bourgeoisie de l’époque.

Le style est elliptique, les chapitres courts s’enchaînent abolissant le temps, les années se sautent à pieds joints… La temporalité dans ce roman est fractionnée. Les narrateurs eux aussi sont changeants, mouvants, parfois difficiles à identifier. La narration devient parfois épistolaire, rien n’est fixe, si ce n’est Anaïs, au centre de tout, autour de qui tout gravite. J’ai aimé ce récit à plusieurs voix, ces personnages que l’on croise, souvent bien saisis, attendrissants, pourtant je ne suis pas totalement conquise. Pour une raison simple, c’est que je n’ai pas aimé Anaïs. Sa froideur, sa superficialité me sont très vite devenues désagréables, je n’ai pas aimé son hypocrisie, cette façon de s’accrocher aux hommes sans volonté propre, cette passivité dans ce rôle d’amante qu’elle mena toute sa vie. J’avais envie de la remuer, de lui dire de faire quelque chose de sa vie, de ne pas rester là à attendre un homme qui ne vient pas. Personnage au caractère trop éloigné du mien, je ne suis pas parvenue à me le rendre sympathique et son histoire m’est apparue pathétique et dérisoire. Il s’est alors dégagé de ces pages, une noirceur, un étouffement qui ont rendu ma lecture un peu laborieuse, un manque d’éclat, de légèreté, une propension à se complaire dans la dépendance de l’autre, de refuser de voir où se trouve le vrai bonheur. L’égoïsme d’Anaïs me l’a rendue détestable, et c’est terrible de ne pas aimer un personnage de roman que tous les autres personnages, bien plus valeureux, bien plus aimants, aiment malgré tout. Oui, j’ai aimé son pauvre père, son fils rejeté et dédaigné, et j’ai lu ce roman pour eux, bien plus que pour elle.

Les plus beaux moments de ce roman sont sans doute les lettres éparpillées au milieu du récit, celle du début, magnifique, celle d’Anaïs aussi à Stéphane, ou celle de son fils, Christophe. Michaël Collado a incontestablement un style, une plume, et si je n’ai pas beaucoup aimé son personnage, j’ai cependant le sentiment d’avoir rencontré un écrivain que je suivrai dans ces prochains romans.

Merci à Caroline B. des éditions L’Editeur pour m’avoir permis de découvrir cet auteur.

2/21

Challenge épistolaire !

« Les vaches rouge ou Un dernier amour » de Dorothéa Razumovsky


Défi à suivre sur le Journal

Oui, je suis heureuse, car on a besoin de moi. Peut-être chaque être humain n’a-t-il besoin pour être heureux que d’une seule personne qui ait besoin de lui. (p.177)

Madame le professeur a disparu de son petit appartement de la maison de retraite où elle a accepté de s’installer une fois « jetée à la porte » de chez elle, après le décès de mon mari, par une belle-fille manipulatrice, le monstre, comme elle la surnomme. Âgée de 80 ans, madame le professeur est une femme qui prend encore soin d’elle, qui observe ce petit monde de la maison de retraite avec un regard ironique et lucide. Avant de quitter sa maison, elle a embarqué le tout nouvel ordinateur portable de l’ami du monstre, elle a pris quelques leçons d’informatique à la maison de retraite, et depuis elle y consigne son journal…

Outre le premier et le dernier chapitres, tout le roman est écrit à la première personne, nous lisons le journal en train de s’écrire, sans date pourtant, juste un récit au jour le jour sur les évènements qui entourent la vie de la narratrice. Celle-ci fait un jour la connaissance de Vova, un jeune adolescent de 16 ans, d’origine russe, à la réputation déjà entamée. Mais avec la vieille femme, Vova se montre attentionné, s’occupe de sortir Cora, la petite chienne de Mme de la professeur. Assez secret sur lui et ses activités, Vova confie cependant, que dans son pays, vivent de belles vaches rouges que l’on trait 3 fois par jour. Il évoque alors de beaux paysages, et une certaine nostalgie pour ce pays lointain qui prend des allures de rêve. Entre la vieille femme et le jeune homme, une amitié se crée, une entre-aide, mais rien de si explicite, rien de certain, car Vova parle peu.

En dehors de ce lien, madame le professeur raconte les visites de la doctoresse, de la coiffeuse, du jardinier colérique, réfléchit sur son éventuel Alzheimer, sur la peur de paraître sénile et d’être dépossédée de ses biens par le monstre, sur le charme du vieux monsieur élégant, sur sa voisine qui s’endort devant la télé hurlante…  On partage avec elle l’ennui des après-midi chantant, des plateaux repas qui refroidissent dans le polystyrène … Livre sur la vieillesse, non ! comme le dit si bien la phrase d’Oscar Wilde mise en exergue : La tragédie de la vieillesse, ce n’est pas d’être vieux, mais d’être jeune. Si le corps est défaillant, on sent l’esprit encore alerte de la dame, sa détermination, son humour.

Le rôle de la veuve, de l’épouse du célèbre philosophe privée de son mari, ne me plaît pas du tout,mais il ne m’est sans doute pas permis d’en jouer d’autre. (p.65)

Son cher mari décédé, Silène, en prend d’ailleurs régulièrement pour son grade dans les pages de ce journal.

C’est aussi sans doute, un roman social. Il y a comme une mise en parallèle entre deux catégories sociales et deux classes d’âge : d’un côté la suspicion contre la vieillesse et le spectre d’Alzheimer, de l’autre la suspicion sur ces jeunes émigrés russes en Allemagne. Vova et Mme la professeur, pourtant d’âge et de classe sociale différents, sont, tous les deux, en marge de cette société, rebelle à leur manière, et c’est très agréable !

Enfin, la découverte de l’informatique et d’Internet par une femme de 80 ans est jubilatoire  :

J’ai pris mon nouveau livre,que j’étais enfin allé chercher, et me suis assise dans mon fauteuil.Vova a raison : j’aurais pu trouver toutes ces informations sur Internet, mais un livre reste un livre. On tient dans les mains quelque chose que l’on peut saisir par les sens, parfois même savourer. Me mettre au lit avec un ordaniteur ne me viendrait pas à l’esprit. (p.94)

Bref un beau roman à découvrir ! et une couverture qui colle parfaitement à l’esprit du roman !

Merci aux Editions Buchet-Chastel et à Denis L. pour sa confiance.

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