« L’Excuse » de Julie Wolkenstein (Best Of)


En préparant ce Best Of, je viens de me rendre compte que je n’avais pas rapatrié ce billet de mon ancien blog : voilà qui est fait à présent. J’ai lu ce roman en janvier 2009. Un roman autour du roman de Henry James, Portrait de femme.

Lise revient dans la maison de sa « tante » (en fait la deuxième épouse de son père): elle y retrouve les souvenirs de son premier été quand elle fut accueillie après la mort de sa mère. Elle avait alors rencontré son « cousin » Nick, qui souffre d’une maladie incurable, et l’ami de celui-ci Charles. Description de la jeunesse dorée des Etats-Unis dans les années 80 : parties de tarot, discussion autour de la littérature, alcool et cannabis!

Ce retour de Lise dans cette maison est lié à la mort de Nick, qui lui a légué 3 cartons contenant différents documents, et notamment un manuscrit intitulé : Déjà vu, dans lequel il tente de démontrer les parallèles entre l’histoire de Lise et celle de l’héroïne du roman de Henry James Portrait de femme.

Le roman oscille donc entre flash-back, extrait du manuscrit et temps présent où Lise, vieillie, à la retraite, renoue avec son passé.

Au début mon avis était partagé, léger malaise mais en même temps une envie d’en savoir plus. L’atmosphère est un peu pesante, on sent la mort, la maladie, la vieillesse, les désillusions mais le tout est contre-balancé par des souvenirs très lumineux de jeunesse et d’une certaine insouciance!

De plus, un certain suspens est ménagé : des prénoms apparaissent sans que l’on sache encore de quel personnage il s’agit et comment ils vont intervenir dans l’histoire ; la lecture du manuscrit laisse sous-entendre des énigmes qui seront explicitées plus loin… le roman prend, petit à petit les aspects d’une enquête!

C’est un roman très construit, on sent chez l’écrivain la prof de littérature qui maîtrise les codes du roman! Ce qui est intéressant ce sont les différentes mises en abyme :

  • le récit de Lise au présent
  • le récit des souvenirs de Lise
  • le récit de Nick dans Déjà Vu
  • le parallèle avec le roman de James

Il y a donc 4 niveaux de lecture, voire 5 si l’on considère le roman que l’on est en train de lire!

C’est ce que l’on appelle un roman-gigogne ! ce roman, qui se présente comme un jeu littéraire est cependant un peu plus profond que cela ! Lise est un personnage intéressant, une femme intelligente, vivante, à laquelle on s’attache! Le personnage de Nick, plus énigmatique rappelle les personnages de James ou de Thomas Hardy dans son roman La Montagne magique.

Cependant la construction paraît parfois artificielle. On est loin par exemple des jeux de hasard d’un Paul Auster ; on sent la construction et surtout dans les dernières pages, le trait est trop prononcé, on n’avait peut-être pas besoin qu’on nous mette les points sur les I.

Finalement Lise n’est qu’un personnage de roman manipulé par Nick, auteur omniscient et omniprésent qui réécrit sa vie; c’est le grand manipulateur, l’auteur, l’écrivain à la Balzac. Lise parle à travers lui comme un personnage incarne les pensées de son auteur.

Malgré ces quelques réserves, ce roman reste très agréable, d’autant plus si vous avez lu Portrait de femme de Henry James.

A propos de l’auteur

Julie Wolkenstein est née en 1968, elle est la fille de Bertrand Poirot-Delpech. Elle enseigne la littérature comparée à l’université de Caen. « L’Excuse » est son cinquième roman. Elle s’est fait connaître notamment avec son troisième roman « Colloque sentimental » paru en 2001, dans lequel déjà elle faisait état de son amour pour la littérature (notamment Wilkie Collins) et son attachement au milieu universitaire. Elle a beaucoup travaillé sur l’oeuvre de Henry James (a notamment édité « Le tour d’écrou ») dont elle est spécialiste depuis sa thèse.

« L’Ombre du Vent » Carlos Ruiz Zafon (Best Of)


Ce roman est un incontournable de l’été. Beaucoup d’entre vous l’ont déjà sans doute lu, pour les autres, il faut le lire ! Je l’ai découvert en août 2009. Ce fut pour moi une lecture fascinante, j’en rêvais la nuit, et même dans la journée, même quand je n’étais pas plongée dans ses pages, les personnages m’obsédaient.

Une immense bibilothèque rassemblant tous les livres oubliés, un libraire recherchant les livres anciens, un jeune garçon aimant lire, des personnages mystérieux et angoissants, une ambiance gothique digne des romans noirs du XIXè siècle, des monastères, des maisons maudites….comment ne pas être emporté dans ce tourbillon.

J’ai mis du temps à parvenir à écrire sur ce roman, oubliant de noter pour avancer toujours plus loin…

L’intrigue est magistrale et magnifiquement menée (je vous préviens je vais utiliser beaucoup de superlatifs!!), chaque page se tourne avec plaisir, excitation, angoisse, on en oublie même qu’elles se tournent, on en oublie que l’on est un simple lecteur, l’illusion romanesque fonctionne à plein, on entre dans le livre, dans l’histoire.

Le roman est construit autour de plusieurs récits racontés par divers personnages, et chaque récit amène sa pierre à l’édifice.

Mais Zafon va plus loin, maîtrisant parfaitement l’art romanesque, mettant en place une grandiose mise en abyme :

– Carax, personnage du roman après qui tout le monde court, a écrit un roman intitulé L’Ombre du vent.

Daniel, personnage principal du roman de Zafon, lit L’Ombre du vent de Carax

– Zafon est l’écrivain de L’Ombre du Vent

Moi, je suis la lectrice de L’Ombre du Vent de Zafon

Les personnages du passé et du présent de l’intrigue se répondent, se confondent même, comme des échos : Daniel est comme un double de Carax…

Comme une poupée russe, ce roman est un roman dans le roman. Chaque récit est comme le début d’un nouveau roman, les livres sont partout, omniprésents et leur pouvoir est fantastique, provoquant des drames en série.

Zafon utilise tous les ressorts du roman-feuilleton du XIXè, mais avec une modernité, un rythme échevelé. Barcelone est décrite comme une ville brumeuse, sombre, pluvieuse aux antipodes de la Barcelone ensoleillée que chacun peut avoir en tête.

C’est un roman époustouflant, ravageur, de ces romans qui vous poursuivent de jour comme de nuit… à lire, absolument !!!

« Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary » Jean-Philippe Doumenc (Best Of)


Un roman idéal pour l’été, que j’ai lu en avril 2009, intelligent, passionnant, un roman policier autour de celui de Flaubert, génial !

Ces derniers temps la littérature, les auteurs, les romans, deviennent des sujets de roman… Julie Wolkenstein revisite le Portrait de femme  d’Henry James, dans son roman L’Excuse, l’oeuvre de Jane Austen est l’ingrédient principal du roman The Jane Austen Club, sans oublier les romans de Jasper Fforde… Là encore Doumenc utilise la littérature et un roman bien connu pour écrire son propre roman !
Emma Bovary, alitée, agonise après avoir avalé une bonne dose d’arsenic ! A son chevet, son mari Charles, Homais le pharmacien et deux médecins réputés : le docteur Canivet et le professeur Larivière! Alors que celui-ci se trouve seule avec la mourante, celle-ci parvient à articuler : « assassinée, pas suicidée… ». Le commissaire Delévoye et un jeune chargé de Préfecture, Rémi, sont alors envoyés à Yonville pour enquêter…
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AHHHHHHHH! quel plaisir ressenti à la lecture de ce roman ! Doumenc s’approprie de façon magistrale le roman de Gustave Flaubert! Il en connaît les moindres recoins, restitue parfaitement chaque personnage… Chaque personnage est interrogé, on cherche des indices… et on plonge dans un roman policier digne d’un bon vieux Agatha Christie !
J’ai avalé ce roman en un jour… le style m’a portée, je me souvenais des scènes lus dans le roman de Flaubert, je revoyais cette pauvre Emma courant partout pour réclamer de l’argent à ces hommes qui l’ont si mal comprise et si mal aimée.
Mais Doumenc va plus loin, sous-entendant que toute l’histoire et Emma Bovary elle-même ont existé… il insère des personnages absents du roman de Flaubert, lequel apparaît également au détour d’une page comme Hitchcock dans ses films… Il y a une maîtrise incontestable de l’oeuvre de Flaubert, de son écriture, de l’ambiance réaliste et souvent sombre et mesquine des romans de Flaubert. Finalement ce que tente de faire Doumenc, c’est rompre l’illusion romanesque, c’est nous dire : « non les romans ne sont pas des romans »! La postface donne le vrai sens de l’énigme, dévoile les réelles intentions romanesques de Doumenc : la contre-enquête porte-t-elle sur le personnage Emma Bovary ou sur le roman « Emma Bovary » ??? le personnage et le roman portant le même nom (éponyme donc!), le doute est permis, et l’on sent que Doumenc s’amuse de cette confusion possible !
Alors après cette lecture on a bien sûr envie de relire Emma Bovary, de le confronter au roman de Doumenc, de relire les scènes clef, de refaire l’enquête, voire de vérifier si Emma a réellement existé ou non, et si l’on peut dénicher le portrait qu’Edouard Dubuffe aurait fait d’Emma…
dubuffe.jpeg
Je l’avoue je l’ai cherché ce portrait, mais en vain : vérité ou mensonge ? toutefois le peintre existe bien, et il faisait bien des portraits. Bref, Doumenc nous pousse à faire une contre-enquête de son roman, une contre-enquête de « Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary » et j’adore ce petit jeu-là !


« Les Adieux à la reine » de Chantal Thomas (Best Of)


Ce petit roman m’avait beaucoup plu pour cette capacité qu’a Chantal Thomas de restituer l’ambiance de Versailles à la veille de la Révolution Française. J’avais lu ce roman avril 2009 j’en garde encore un merveilleux souvenir.

Je suis embarquée d’emblée, saisie par cette vision de Versailles réaliste, par le style, par l’ambiance… Ce roman raconte les évènements de Juillet 1789 à Versailles.

Ces évènements sont racontés par la lectrice-adjointe de la Reine. Agathe Laborde se confie à un ami plusieurs années après, au temps de la vieillesse. Elle revit ses évènements, ses peurs, ses joies, et je suis à côté d’elle, je la suis dans les couloirs de Versailles.

Il y a bien quelques minuscules longueurs, mais en règle générale c’est un roman magnifique, un véritable retour dans le passé, et une vision très humaine des évènements de Juillet 1789.

« Moi, au contraire, j’éprouvais une affection particulière pour les ombres blanches de la Reine. J’aimais me placer dans leur trajectoire, et avancer à leur suite dans l’espace soudain disponible qu’elles frayaient […] Je n’ai donc connu des bals de la Reine que leur ombre » (p.245)

[Ces ombres blanches sont des mannequins portant les robes de bal de la Reine, en préparation.]

 » Tout s’explique toujours, ai-je pensé alors, par le maillon manquant d’un enfant mort » (p.151)

Roman marquant, que l’on veut offrir autour de soi, et qu’il faut lire absolument !

« Ma Soeur, mon amour » Chitra Banerjee Divakaruni (Best Of)


Voici un roman que j’ai lu en Novembre 2008. Ce fut un vrai coup de cœur et une découverte de la littérature indienne.

Il fallait que je vous parle d’un roman magnifique que je suis en train de lire et que j’ai découvert grâce à Antigone. Il s’agit d’un roman écrit par une romancière indienne, qui vit et enseigne aujourd’hui aux États-Unis.

Ce premier tome, raconte l’histoire de deux cousines, Sully et Sudha, élevées par leur mère. Elles sont nées peu de temps après la mort de leur père, et se vivent comme des jumelles. Le roman est divisé en plusieurs chapitres, qui alternent la vision de Sully puis celle de Sudha. Roman très introspectif, chaque jeune fille décrit ce qu’elle ressent, comment elle vit l’obligation de suivre les conventions familiales, mais aussi leur rébellion, leur envie de vivre autrement, de faire des études et d’aimer un mari imposé.

Au fil des pages, l’Inde se révèle, ses senteurs de curry, son atmosphère, son effervescence, ses rituels, l’odeur des mangues séchées… Dans cette grande maison ancestrale dans laquelle les jeunes filles sont élevées, on vit le brouhaha des mères, le souffle des saris, les couleurs vives de ces étoffes… on voit les jeunes femmes se coiffer, oindre leurs cheveux noirs et brillants… et on voudrait faire partie de ce monde inconnue!

L’histoire est pleine de rebondissements, un peu comme les films de Bollywood, mais c’est le fleuve romanesque, ce qui nous emporte, nous fait rester au lit jusqu’à 11h le matin pour connaître la suite, parce que quelque chose nous empêche de reposer le livre…

Un petit extrait qui m’a particulièrement touchée:

« Cet après-midi je décide de lui raconter l’histoire de Prem.

Il était une fois un petit garçon, le plus adorable des petits garçons et le plus heureux. Il n’était pas encore plus gros qu’une graine de moutarde dans le ventre de sa mère qu’il était déjà le plus avisé des enfants et prodiguait des conseils à sa maman. Quand il eut atteint la taille d’un citron, il savait danser et chanter, et faire des sauts périlleux. Et parvenu à celle d’un pamplemousse, il pouvait réciter les vingt-quatre textes des Écritures du début à la fin. Voyant cela, les dieux, stupéfaits, dirent: il est trop bien pour le monde imparfait des hommes. Ils le sortirent donc du ventre de sa mère et en firent une étoile, de façon qu’il n’eût jamais à affronter les chagrins épineux qui nous lacèrent chaque jour. Je te le montrerai ce soir même, qui te ragarde de ses yeux d’étoile, et il t’aimera car tu es sa petite cousine, et tu auras toujours un ami dans les cieux, pour te guider quand tu en auras besoin. »

« Une odeur de gingembre » Oswald Wynd (Best Of)


Impossible de faire un BEST OF de mes billets de lecture sans vous (re)présenter ce roman essentiel, vital ! Je l’ai lu en mars 2009 et depuis je ne cesse de le recommander !

J’en suis encore toute chamboulée ! J’ai achevé ce matin la lecture de « Une Odeur de gingembre » de Oswald Wynd!

Blottie dans mon lit, j’ai lu avec émotion les dernières pages de ce roman qui m’a littéralement possédée pendant une semaine! Cela faisait longtemps que je n’étais pas tombée ainsi sous le charme d’un roman au point que les dernières pages m’ont arrachée quelques larmes… pourtant aucun pathos, aucun atermoiement, aucune nunucherie… non tout est dans l’évocation, la nuance, dans un style parfait!

Mary Mackenzie embarque  pour la Chine pour épouser Richard Collinsgsworth qu’elle connaît très peu! Durant le long trajet en bateau, elle rédige un journal qu’elle gardera toute sa vie. On suit donc, au fur et à mesure, les pensées, les impressions de cette jeune écossaise qui s’ouvre à la vie, aux découvertes, qui évolue, change ! Elle arrive à Pékin au lendemain de la Révolte des Boxers. Curieuse de tout, Mary préfère restée éloignée de la communauté européenne qui vit en vase clos.

En Chine, elle a une petite fille Jane, mais sa vie est morne, sans relief, jusqu’au moment où elle a une histoire hors du temps avec un Japonais, Kentaro. Homme énigmatique, dont la culture et le mystère enflamme la jeune écossaise.

Je vous laisse découvrir la suite!

C’est réellement un roman fabuleux, mythique, de ces romans qui resteront dans ma mémoire et dans mes sens! Cette Mary est une sacrée nana, passez-moi l’expression… son intelligence, sa sensibilité, nous la rendent proche, comme une amie lointaine qui nous livrerait sa vie. Le fait que le roman soit écrit comme un journal a aussi tout pour me plaire… il y a toute une réflexion sur l’écriture intime, sur le poids de ces cahiers qu’on enferme dans une petite valise ou dans une boîte, que l’on tient secret… j’ai moi aussi ce genre de boîte…

En dehors de l’histoire personnelle de Mary, on plonge également dans la culture chinoise et japonaise, dans les coutumes, dans les avancées techniques, dans la mode vestimentaire, dans ces pays où les Européens se sont installés, et qui ont voulu imposer leur culture… Mary, a bien conscience de n’être qu’une étrangère et pourtant, elle se fond dans cette culture, dans ce pays, elle en apprend la langue, les coutumes, le savoir-vivre… devenant alors étrangère aussi à l’Europe!

On suit ainsi le destin de Mary de 1903 à 1942… et c’est un merveilleux voyage.

Un Petit extrait

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BEST OF de l’été !


Ce midi je file vers le Sud, la mer, le soleil, les melons au porto, le petit vin rosé frais, l’anchoïade sur le pain grillé, le chant des cigales, le parfum des eucalyptus et … la lecture !

J’emporte mon portable mais je crains de n’avoir pas beaucoup le temps, ni forcément l’envie de l’allumer… alors, je vais faire comme à la télé, je vous propose un BEST OF du Blog ! Je vous ai sélectionné quelques billets selon un critère très simple :  Des romans qui m’ont plu et qui seront parfaits pour les vacances !

Deux romans seront (re)présentés par semaine ! Je vais essayer cependant de rédiger mes billets pour les LC prévues pendant cette période, ils viendront s’ajouter à ceux du BEST OF !

Concernant les Samedis Sandiens, ils partent en vacances avec moi… mais c’est pour mieux revenir !

Voilà, c’était un billet à valeur purement informative !

Cela dit, prenez soin de blogounet, venez aérer de temps en temps, arroser les plantes et donner à manger aux chats ! Je compte sur vous !

Un petit logo pour le Best Of et pour vous montrez la plage où je vais me prélasser pendant 15 jours…