« Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » Mathias ENARD.

En avril 1506, Michel-Ange quitte Rome sur un coup de tête pour Constantinople laissant en plan la basilique Saint-Pierre et le Pape, Jules II, qui ne l’a toujours pas payé. Il débarque un mois plus tard. Le sultan Bayazid veut faire construire un pont sur la Corne D’or. De Vinci a échoué, ses plans n’ont pas plu. Michel-Ange parviendra-t-il à faire mieux ?

Escorté par le poète Mesihi, Michel-Ange arpente Constantinople, longe le Bosphore, découvre cette magnifique cité. La langue étrangère qu’il ne maîtrise pas l’isole mais il se laisse bercer par ses douces sonorités. Il se sent d’abord un peu perdu, lui si catholique dans ce pays de mahométans qui a transformé les églises en mosquées. Dans ces errances, il s’imprègne de l’atmosphère, de l’art de Constantinople, découvre Sainte-Sophie, dont il s’inspirera pour le dôme de la basilique Saint-Pierre.

Mais Michel-Ange n’est pas serein. Il craint des représailles pour avoir quitté Rome au profit de l’empire ottoman. Ses ennemis, Raphaël, le peintre et Bramante, l’architecte, n’ont-ils pas ourdi contre lui auprès du Pape ?

L’ouvrage de Mathias Enard se situe entre roman et chronique historique. L’auteur, pour construire son œuvre, s’appuie sur des éléments historiques : quelques lettres écrites, une biographie rédigée par un ami de l’artiste, des possessions que Michel-Ange a abandonnées dans sa chambre en partant et l’esquisse d’un projet de pont sur la Corne d’Or. A partir de ces quelques éléments, Mathias Enard imagine le séjour de Michel-Ange, ses rencontres : une jeune danseuse andalouse, le poète Mehisi, l’énigmatique Arslan et même le sultan lui-même.

Bien sûr tout le monde connaît Michel-Ange et son œuvre (Ah le beau David de Florence !), mais je dois dire que je ne connaissais rien de sa vie. Parle-le leur des batailles, des rois et des éléphants même s’il s’agit d’un roman m’a permis d’en savoir plus. Enard fait un portrait assez peu flatteur au final de l’artiste : laid physiquement, plutôt taiseux, peu enclin aux plaisirs charnels, ne buvant pas, mangeant du bout des doigts, mais tout en entier dans son art, génie absolu. Il rend compte aussi de cette soumission des artistes aux puissants. Il montre comment Michel-Ange est toujours en attente d’argent frais.

Je retiens également la forme choisie par Enard. Des chapitres courts, concis, parfois juste la liste de mots que Michel-Ange a écrits dans son carnet qui ne le quitte jamais, des lettres et puis quelques monologues de la danseuse andalouse, des mots sensuels, comme une petite musique à l’oreille de l’artiste. J’ai pensé aux Lettres persanes ou à L’Abyssin, à ces romans qui vous transportent dans une autre époque et dans d’autres contrées exotiques où les passions, les rivalités, la sensualité des femmes rendent la vie plus intense et parfois plus dangereuse.

J’ai attendu longtemps avant d’ouvrir ce roman mais je ne le regrette vraiment pas tant j’avais l’impression d’être ailleurs aux côtés de Michel-Ange.

Ce roman a été lu dans le cadre du challenge Les Classiques, c’est fantastique créé par Moka et Fanny pour le thème du mois de mai : L’Invitation au voyage.

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