« La Remplaçante » Sophie ADRIANSEN & MATHOU.

Marketa est une jeune femme comme les autres. Elle rencontre Clovis, qui a déjà deux enfants d’une première union. Ils se mettent en couple et naturellement décident de faire un enfant. La grossesse se passe bien, mais quand arrive le moment de la délivrance, les contractions intenses et l’accouchement en lui-même sont pénibles pour Marketa, cela ne se passe pas comme elle se l’était imaginé. Maintenant que son bébé est là, elle se sent incapable de s’en occuper, de l’aimer, elle se culpabilise, ne comprend pas pourquoi elle ne ressent pas ce que toute nouvelle maman peut ressentir pour son enfant. Devant les autres, elle masque ce qu’elle ressent, s’occupe de sa fille par mécanisme, mais le fameux instinct maternel n’est pas là. Elle rêve d’une remplaçante qui s’occuperait de son bébé, d’une mère parfaite, d’un modèle maternel qui reflète alors l’écart qu’il y a entre elle et cette remplaçante.

Marketa souffre aussi dans son corps qu’elle ne reconnait pas, ce ventre rond encore et pourtant vide. Un corps comme un champ de bataille.

Dans ce roman graphique, Sophie Adriansen et l’illustratrice Mathou traitent d’un sujet bien peu présent dans la littérature : la dépression postpartum. Comme disait Simone de Beauvoir, « on ne naît pas femme on le devient », on pourrait aussi dire « on ne naît pas mère on le devient ». L’instinct maternel n’est pas inhérent au fait d’être femme et beaucoup d’entre elles, après un accouchement, plongent dans un état dépressif que souvent elles ne comprennent pas et dont elles ne parlent pas car forcément une femme est heureuse d’avoir un enfant.

Sophie Adriansen a déjà publié plusieurs romans autour de la grossesse, du désir d’enfant et de l’accouchement (Linea nera qui vient de sortir en poche ou Hystériques qui vient de sortir en librairie aux éditions Charleston). Ce sont des sujets auxquels elle a été confrontés et elle a rencontré de nombreuses femmes ayant vécu ces situations. Et cela se sent dans cette BD. Elle sait indéniablement de quoi elle parle et sa volonté est justement de briser les tabous, de montrer que l’accouchement n’est pas nécessairement le plus beau jour de la vie d’une femme et qu’il peut devenir un vrai cauchemar.

Le sentiment de culpabilité de Marketa est particulièrement bien rendu par cette remplaçante dessinée d’un trait par Mathou. Elle incarne finalement l’image d’une mère que la société, l’entourage renvoie aux femmes, un modèle parfait, idéal, utopique. Comment lutter contre cette image ?

Les illustrations de Mathou sont éloquentes, et rendent bien compte de la détresse de Marketa, épousent parfaitement le texte. Elles rendent compte sans chercher à élucider des situations dérangeantes : les seins explosés par l’allaitement, les culottes de maternité aux couches énormes … La volonté n’est pas de choquer, mais, par la rondeur de ses dessins, les couleurs douces, elle est juste de montrer.

Je n’ai pas vécu de dépression postpartum sans doute parce que j’ai vécu, pour ma première grossesse, un drame dont on ne parle pas tellement non plus dans la littérature ou si l’on en parle on a tendance à ne pas s’appesantir, on n’en parle pas non plus beaucoup dans la société, c’est une chose que l’on découvre toujours un peu par hasard et puis on passe vite à autre chose, parce que ça dérange. Il y aurait pourtant beaucoup à dire aussi sur ce sujet et peut-être faudra-t-il un jour que je m’y mette. Donc je n’ai pas connu cette dépression, mais quand j’ai eu mon fils aîné, on m’en a parlé, on avait peur que j’en fasse une, les sages-femmes qui m’entouraient ont su être attentives. Bien au contraire, malgré tout ce qui est dit dans la BD sur la souffrance du corps et le post accouchement et que je reconnais, j’ai tout accepté, et pire encore, mais cela ne m’empêche pas de comprendre.

C’est en cela que cette BD est très utile car elle explique très bien le mécanisme de cette dépression et l’état d’incompréhension dans lequel se trouve les femmes, mais aussi ceux qui peuvent l’entourer.

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3 Commentaires

  1. Je n’ai pas d’enfants, je me situe dans u moment charnière à 28 ans où je ne sais pas si j’en veut… j’essuie les regards et l’incompréhension des gens. J’aime me renseigner autour de la maternité et tout ce qu’elle englobe.

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    • Aujourd’hui on fait son 1er enfant vers 30 ans tu as encore le temps de réfléchir. Je trouve ça bien que tu te poses la question.

      Réponse
      • Je n’ai pas de frères et sœurs, je ne sais pas ce qu’est de m’occuper d’un enfant et comme mon conjoint a une garde partagée je suis parfois perdue entre ce que je vois de sa fille et mes theories abstraites encore sur l’éducation… j’aime les enfants mais je me pose encore la question d’en avoir moi même mais en même temps j’ai di temps, mon conjoint est OK pour attendre et notre situation professionnelle n’est pas encore stable.

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à vous....

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