« Le Perroquet de Flaubert » Julian Barnes.

Pour le challenge A year in England, il fallait lire ce mois-ci un livre sur le thème « Anti Brexit ». Je n’avais guère d’idées mais Nicole a lancé le nom de Julian Barnes et je me suis souvenu que croupissait depuis des années un de ses romans dans ma PAL : Le Perroquet de Flaubert. Un auteur anglais qui écrit un livre en l’honneur d’un auteur français, on ne peut guère faire plus anti-brexit, d’autant plus que le narrateur de Barnes, un médecin anglais, ne cesse de passer la Manche pour se rendre à Rouen ou à Croisset sur les pas de Gustave Flaubert dont il connaît l’œuvre et la vie par cœur.

Le Perroquet de Flaubert est une œuvre protéiforme entre le roman et la biographie, mais on y trouve aussi trois chronologies, un bestiaire, un dictionnaire des idées reçues, une confession de Louise Colet et j’en passe. L’œuvre est donc déjà, dans sa composition, un objet à part.

Le narrateur, le Dr Georffrey Breathwaite est un grand spécialiste de Gustave Flaubert. Il se rend à Rouen à Hôtel Dieu qui renferme un musée avec des objets de l’auteur français : il y trouve un perroquet que Flaubert aurait emprunté pour écrire sa nouvelle « Un cœur simple » dans laquelle la servante Félicité voit dans le perroquet empaillé de sa maîtresse une vision du Saint Esprit. Mais en visitant le petit pavillon rescapé de la maison de Flaubert, il se trouve un second perroquet : lequel est le vrai ?

Il est bien difficile de parler de ce livre tant sa structure décontenance et tant se mêlent les différents genres. Mais ce qui est sûr est que l’on apprend beaucoup sur la vie de Flaubert, que Barnes parvient à peindre un portrait sans complaisance de l’auteur, soulignant son pessimisme viscéral, son refus du sentiment, sa sexualité, sa haine des critiques et du chemin de fer, son ironie … L’œuvre est également parcourue de nombreuses citations de sa correspondance qui appuient le propos de l’auteur et qui est un vrai régal pour le lecteur.

J’ai beaucoup aimé les trois chronologies qui se trouvent au début du livre : la première est celle que l’on peut trouver dans tout roman de Flaubert pour présenter sa vie, les points positifs sont mis en avant ; la seconde est une chronologie qui au contraire marque tous les échecs et les morts de ses proches, et la troisième semble être celle que Flaubert lui-même aurait rédigée. On voit alors l’idée sous-jacente de ce livre et qui revient sous différentes formes dans l’œuvre : faire la vérité sur un auteur est quasi impossible. Comme de départager lequel des deux perroquets est le vrai ? Le Dr Breathwait prend d’ailleurs un malin plaisir à allumer les critiques universitaires glosant sur la couleur des yeux d’Emma Bovary ou sur les biographes tirant des conclusions farfelues sur la mort de Flaubert.

Au fil des pages on croise bien évidemment les amis de Flaubert : Maxime Du Camp, Bouilhet (que je ne connaissais pas), Louise Colet, mais aussi quelques allusions à George Sand. Par contre, j’ai été étonnée que Guy de Maupassant soit si peu évoqué. J’ai aussi découvert l’existence de deux femmes qu’il aurait aimées : une jeune institutrice, Juliet Herbert et Elisa Schlesinger.

Dans ce roman qui n’est pas vraiment un, Julian Barnes bouscule le genre de la biographie d’auteur et nous interroge sur la vie de Flaubert. Peut-on réellement saisir tout un être et plus encore un écrivain ?

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9 Commentaires

  1. Il pourrait me plaire. Parce qu’il faut dire que ce monstre sacré qu’est Flaubert ne cessera de nous fasciner.

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  2. J’ai Flaubert dans ma PAL avec différents romans, un auteur que je connais peu et je vais finalement peut être commencer par celui-ci pour découvrir l’homme avant son œuvre 😉

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  3. La biographie constitue un bon moyen d’aborder une œuvre sans lire soi-même l’intégralité de la production de l’écrivain, ce qu’on a pas forcément le temps ou l’envie de faire. Celle-ci, sur Flaubert, pourrait m’intéresser, moi qui n’ai lu que Madame Bovary.

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  4. J’ai vu une très belle adaptation de Un coeur simple au théâtre et je me rappelle bien de ce perroquet! Je note ce titre!

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à vous....

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