« Juste la fin du monde » Jean-Luc LAGARCE (théâtre)

Pour ceux qui ne le savent pas encore, je suis professeur de Français au lycée (mais aussi en 4e) et depuis la réforme Blanquer, nous avons donc des œuvres imposées en 1ère. Enfin on nous laisse un peu le choix puisque 3 œuvres sont proposées par genre littéraire et nous avons la liberté de choisir parmi les trois œuvres proposées. Pour le théâtre donc, cette année nous avions le choix entre Le Malade imaginaire de Molière, Les Fausses confidences de Marivaux et donc Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagache. Avec mes collègues, nous avons donc choisi la pièce de Lagarce, que je n’avais pas lue d’où cette lecture faite ce dimanche.

Je me suis donc plongée dans ce texte si particulier et au départ un peu déroutant. Mixe entre le vers et la prose, sans être ni l’un ni l’autre, entre phrases longues et d’autres laissées en suspens, la langue de Lagarce, faites de répétitions, est déjà un coup de poing. Les monologues et les tirades sont nombreux pour tenter de dire les non-dits, les rancœurs, et finalement pour ne pas dire. D’ailleurs Louis, qui revient un dimanche chez sa mère et sa sœur, Suzanne, pour leur annoncer qu’il va mourir, qui revient après des années d’absence et de quasi silence, repartira sans avoir parlé. C’est d’ailleurs celui qui va le moins parler. Sa mère, sa sœur, son frère et sa belle-sœur, eux vont parler, beaucoup, et sans doute toutes ces paroles finissent par empêcher Louis de parler. Tous s’interrogent sur son départ, qu’ils ont pris comme un abandon et ce retour provoque alors des réactions agressives chez Antoine, son frère, des envies de départ chez sa sœur qui vit toujours chez sa mère, une volonté d’apaisement de la Mère. Et Louis au milieu écoute, reste calme, résigné à sa mort. Ce qui m’a beaucoup frappé dans cette pièce, c’est à quel point chaque membre de cette famille semble avoir des idées préconçues sur les autres membres, des idées qui remontent à l’enfance, de comment ils étaient enfants. Mais finalement, ils ne se connaissent pas si bien que cela et Louis, par sa longue absence, est sans doute celui qui est le moins compris, mais contrairement aux autres, il ne s’explique pas.

On sent aussi la différence de Louis, par son homosexualité évoquée de façon très implicite, mais aussi par son métier d’écrivain alors que sa famille appartient à un milieu ouvrier. J’ai un peu pensé à Annie Ernaux et ce qu’elle appelle « le transfuge de classe ». Louis est en décalage avec sa famille : la vie familiale et pavillonnaire d’Antoine, ou celle de Suzanne qui ne sortira sans doute jamais de l’endroit où elle est née (elle couche d’ailleurs toujours dans sa chambre d’enfant). Louis, lui a voyagé, est parti et le fossé s’est encore creusé.

Une pièce sur la famille, sur la difficulté à dire l’irrémédiable, la difficulté de l’annonce.

Pièce lue dans le cadre du Challenge Lecture 2021 pour la catégorie 25 (Lire une pièce de théâtre). Retrouvez les catégories que j’ai validées pour ce challenge en suivant le lien.

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2 Commentaires

  1. Bonjour,
    Merci pour cette découverte et tes billets.
    Belle semaine.

    Réponse
  2. un texte pas simple à lire, je l’ai vu au théâtre, il faut une bonne mise en scène!

    Réponse

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