« Passion et repentir » William Wilkie COLLINS

Un titre aux allures d’un roman de Jane Austen et pourtant il s’agit bien d’un roman de William Wilkie Collins, auteur victorien et incontournable pour un mois anglais. Tout commence pendant la guerre de 1870 sur le front franco-allemand. Deux jeunes anglaises se retrouvent bloquées dans une maison. L’une est infirmière de guerre après un passé infamant, Mercy Merrick, l’autre est en transit pour se rendre chez une parente qu’elle ne connaît pas encore à la suite de la mort de son père, Miss Roseberry. Cette dernière se confie à Mercy. Grâce à la recommandation que son père lui a faite avant de mourir, Miss Roseberry va être placée comme dame de compagnie auprès de Lady Janet. Mercy, issue d’un milieu très modeste, écoute et rêve d’une vie meilleure, mais son passé l’a toujours rattrapée et, dans cette société victorienne corsetée, personne ne lui a donné sa chance. Quand une bombe éclate dans la pièce où elles étaient réfugiées et que Miss Roseberry est laissée pour morte, Mercy saisit l’occasion qui se présente à elle. Alors qu’il faut fuir par crainte de l’arrivée des troupes allemandes, elle endosse les vêtements de la Miss, se saisit de la lettre de recommandation et abandonne ses malades.

Mercy (on notera l’onomastique) est une jeune fille qui n’a pas eu de chance. Elle a subi son milieu social, a été entraîné dans des situations peu correctes pour une jeune fille, mais a gardé une conscience du bien et de la morale. Elle est véritablement victime de son milieu et dans cette époque victorienne, malgré ses qualités, ses antécédents ont toujours joué contre elle. En endossant une autre identité, elle espère ainsi se sauver, même si le moyen n’est pas très correct.

Le titre anglais me paraît plus parlant que sa traduction : The New Magdalen et si on lui rajoute le sens de son prénom, Mercy, signifiant « pitié », on comprend le lien fait entre cette jeune fille et le personnage biblique. Wilkie Collins reste assez évasif sur le passé de Mercy (on est victorien ou on ne l’est pas), mais il ne manque pas, durant tout le roman, de valoriser les vertus de la jeune fille. Elle s’insère parfaitement au milieu aristocratique de Lady Janet, et un lien tendre, presque filial unit les deux femmes. Pourtant, Mercy devenue Miss Grace Roseberry, est tourmentée par les remords d’autant plus qu’un prétendant la presse d’accepter le mariage : a-t-elle le droit de tromper ainsi les gens ?

Contrairement à certains autres romans de Wilkie Collins que j’ai pu lire (La Dame en blanc ; Armadale  ; Pierre de lune ; Sans nom ; L’Abîme ou encore Pauvre Miss Finch), le suspens n’est pas, ici, torride. On devine assez facilement le retournement de situation. Mais c’est sans doute parce que l’intérêt du roman réside dans ce personnage de Mercy. On assiste donc à une repentance. On suit le trajet de cette jeune femme, conditionnée par son milieu et qui tente de se racheter en prouvant sa loyauté. Mercy est un personnage complexe comme Wilkie Collins sait les créer. Ses héroïnes ne sont jamais lisses, elles savant faire face à l’adversité et peuvent être capables du pire. Et c’est bien ce qui me plait chez lui.

A travers ce personnage, il me semble que l’auteur dénonce également cette imperméabilité entre les classes sociales. Le milieu est déterminant et la valeur humaine bien secondaire. La fin du roman le montre particulièrement mais je ne peux pas vous le démontrer sans vous spoiler le roman.

Alors ce n’est pas le plus mémorable des romans de Wilkie Collins. Je lui préfère bien plus les quatre premiers romans cités plus haut. Le petit côté moral et l’indécision de la jeune fille m’ont un peu lassée au bout d’un moment et la fin est quand même attendue. Mais malgré ces réserves, Wilkie reste Wilkie. Il y a toujours une finesse dans l’analyse des personnages, voire une certaine ironie parfois notamment envers Horace, le prétendant, qui fait sourire. Il peint une société victorienne où la respectabilité apparaît de façade et où le respect des convenances voile à peine une certaine hypocrisie.

Lu dans le cadre du Mois Anglais organisé par Titine et Lou. Pour la journée consacrés à la littérature victorienne.

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4 Commentaires

  1. Je n’aimais pas trop Wilkie Collins, jusqu’à ce que je découvre ‘Basil’. Celui-ci me donne bien envie (peut-être est-ce l’effet de sa belle couverture…)

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  2. J’ai lu cet auteur il y a très longtemps La dame en blanc mais je n’en garde que peu de souvenirs mais ayant prévu de relire tous ces romans gardés et lus il y a longtemps je vais m’y plonger avec intérêt… Basil a d’ailleurs rejoint la dame en blanc….. mais jamais lu…. Si j’en ai racheté un après ma première lecture…. Cela prouve que j’avais aimé 😉

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à vous....

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