« Le chagrin des vivants » Anna HOPE

L’action se situe en Angleterre et sur cinq jours, en novembre 1920. Si la guerre est terminée, elle a laissé de lourdes séquelles dans toute la population : chaque famille a perdu un fils, un mari, un frère, et si certains sont revenus du front ils en portent les stigmates physiques ou psychologiques. A Londres, trois femmes vont vivre ces cinq journées de façon différente, tandis que tout le pays s’attend à accueillir la dépouille du Soldat inconnu rapatriée de France.

Ada a perdu son fils, depuis elle le voit partout : dans la rue, dans sa cuisine ; Hettie, danseuse de compagnie au Palais de la danse, voit son frère, revenu du front, mutique, quant à Evelyn, dont le fiancé est mort au front, elle s’enferme dans l’aigreur et se refuse toute joie, tout bonheur, même les plus simples.
C’est au travers des cinq journées de ces trois femmes, chacune meurtrie différemment, appartenant à des milieux différents, que l’auteure universalise son propos pour rendre compte de la souffrance de tout un peuple, un peuple de femmes. Alternant les chapitres autour des trois figures féminines, d’autres, en italique, viennent s’intercaler, le monde des hommes, racontant la recherche sur le front français puis le rapatriement du soldat inconnu jusqu’à Londres.

Tout comme la dépouille du soldat inconnu voyage, parcourt des kilomètres jusqu’à sa terre d’origine, les trois femmes entreprennent un voyage intérieur, une remontée qui verra son accomplissement lors de la commémoration nationale.

Anna Hope, dont c’était le premier roman, montre les conséquences de la guerre, le portrait d’une population, d’un pays qui, bien que victorieux, n’a pas soigné toutes ses blessures. Chacune de ces femmes côtoie des hommes revenus du front, ces hommes physiquement ou psychologiquement blessés, ces hommes qui ne sont plus les mêmes. Une frontière s’est élevée entre les hommes et les femmes : comment comprendre ce qu’ils ont vécu, les horreurs endurées ; comment raconter ce qu’ils ont vécu ? Anna Hope traduit les difficultés du rapport homme / femme dans ce contexte de l’après-guerre, entre ce monde de femmes qui a vécu dans l’attente, celle des lettres des proches, de la crainte du télégramme annonçant la perte ou du retour ; et celui des hommes, amputés, meurtris ou ayant commis des actes qu’ils regrettent.

Le Chagrin des vivants est avant tout un très beau portrait de femmes, des femmes en lutte, des destins personnels plongés dans l’histoire avec un grand H. Il témoigne aussi d’une époque me semble-t-il peu traitée, celle de l’après guerre et de la reconstruction au travers d’un prisme féminin.

Une lecture faite en commun avec Aifelle Allais, Asphodèle, Anne desmotsetdesnotes, Béa comète, Ingannmic, JackieBrown, Anne Mon petit chapitre et Grêleosée, n’hésitez pas à visiter leur blog pour croiser les avis. [Les liens seront rajoutés au fil de la journée]

Lecture faite également dans le cadre du challenge du forum Whoospy Daisy, British Heroines (sur Instagram  – #britishheroines)

"British Heroines" - le challenge littéraire pour fêter les 10 ans de Whoopsy ! 62177607_151536522684053_3717295827121588476_n.jpg?_nc_ht=scontent-dfw5-2.cdninstagram

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19 Commentaires

  1. aifelle

     /  juillet 31, 2019

    Je vois que tu as apprécié ce roman autant que moi, même si j’ai une petite préférence pour « la salle de bal ». C’est assurément une auteure à suivre. (Béa va avoir quelques jours de retard). Je vais ajouter les liens au fur et à mesure moi aussi.

    Réponse
  2. Je l’avais beaucoup aimé et La salle de bal est très bon aussi !

    Réponse
  3. Depuis le temps que je lis des billets élogieux sur les romans de Anna Hope ……. et toujours pas découverte….. Il va falloir m’y mettre 🙂

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  4. Lu il y a peu. Si j’ai passé un bon moment, il ne m’a pas tellement marquée en fait. Tout ce que tu dis est vrai pourtant, ce sont de jolis portraits de femme sur un sujet assez peu traité, surtout de ce point de vue là. Mais j’ai trouvé que l’écriture manquait de reliefs, que c’était un peu trop plat.

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  5. Asphodèle Asphodèle

     /  juillet 31, 2019

    Je vois ma chère George que nous sommes d’accord sur ce livre et si tu n’as pas lu la salle de bal je te le conseille vivement c’est différent mais c’est tout aussi intéressant, on dirait que Anna Hope excelle dans les portraits de femmes…

    Réponse
    • Je suis bien contente que cette lecture commune nous donne l’occasion de recroiser ta plume si sensible 😉 ! Je crois que je ne peux pas faire autrement que de lire « la salle du bal » car presque tous les commentaires ici et là me suggèrent de le lire…

      Réponse
      • Asphodèle Asphodèle

         /  juillet 31, 2019

        George c’est très gentil à toi mais tu sais actuellement je vis des choses vraiment difficiles heureusement que la lecture me sauve du désespoir total . mais dès que je pourrai rebloguerm je le referais . alors oui je te conseille vraiment La salle de bal car au-delà des portraits de femmes il y a des sujets qui je suis certaine vont te passionner… à bientôt je l’espère🤗

        Réponse
  6. Bonjour George,
    Je suis ravie que cette LC ait mobilisé autant de lectrices, et qu’elle se soit révélée aussi fructueuse ! J’ajoute de suite dans mon billet un lien vers le tien, qui le rejoint complètement !
    Bonne soirée

    Réponse
  7. Le terme « danseuse de compagnie » m’intrigue. Je ne l’ai jamais vu en français. En anglais, l’auteure parle de « dance instructress ». En tout cas, un beau portrait de femmes en effet.

    PS Mon pseudo, c’est Jackie Brown. Sous la grêle osée est le nom de mon blog. 😉

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    • Désolée pour la confusion entre ton pseudo et le nom de ton blog, je vais corriger.
      Comment traduirais-tu « dance instructress » ?

      Réponse
      • Jackie Brown

         /  août 2, 2019

        Pour moi, « dance instructress » est un euphémisme pour taxi-girl. Mais peut-être que le terme n’était pas utilisé dans les années 20, ou bien il semble un peu trop cru par rapport à « dance instructress » (une professeure de danse). J’imagine que « danseuse de compagnie » a été choisi en référence à « dame de compagnie » (même si ça évoque pour moi une danseuse appartenant à une compagnie).

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  8. Ces femmes resteront dans ma mémoire de lectrice, c’est certain.

    Réponse
    • Oui, des femmes marquantes, j’ai surtout été sensible à la personnalité complexe d’Evelyn, même si les deux autres ont aussi très intéressante.

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  9. Quelle unanimité autour de ce roman, c’est rare! Nous avons relevé les mêmes qualités, et assurément je vais lire La salle de bal.

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à vous....

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