« Légende d’un dormeur éveillé » Gaëlle NOHANT

J’ai découvert la littérature surréaliste quand j’étais en Terminale L grâce à des cours passionnants où nous avions même créé des Cadavres exquis. J’aimais cette écriture liée à l’inconscient, ces vers parfois improbables qui font voir la réalité sous un autre jour, j’aimais leur irrévérence, la fameuse phrase : « La beauté sera convulsive ou ne sera pas » et la Tour Saint Jacques. Je me souviens aussi d’être allée voir une exposition sur le Surréalisme au Centre Pompidou, bref je connaissais donc Robert Desnos, même si à l’époque j’étais plutôt fascinée par André Breton, dont j’avais lu Nadja. Mais outre le sujet de ce roman, j’avais aussi envie de retrouver la plume de Gaëlle Nohant que j’avais tant apprécié à la lecture de La Part des flammes.

Là encore Gaëlle Nohant choisit un sujet profondément ancré dans l’histoire : celle de l’avant guerre, de la guerre et de l’après guerre, mais sous le prisme de Robert Desnos, poète surréaliste dans l’âme, contestataire et ayant la liberté chevillée au corps.

Gaëlle Nohant recrée l’univers du Paris d’avant-guerre, des années folles. On s’installe au Flore ou aux Deux Magots entre André Breton, Louis Aragon, Jacques Prévert ou Paul Eluard, on se perd dans les boîtes de Montparnasse. L’amitié, la littérature sont les sujets principaux. On se révolte, on écrit des pamphlets, on se moque, on est irrévérencieux vis-à-vis des bourgeois. Robert Desnos navigue dans ce monde et fait la connaissance de la belle et insaisissable Youki, mariée à un peintre japonais. Toujours sans argent, écrivant sans cesse des vers, ces mêmes vers qui parcourent tout le roman et nous donnent ainsi accès à son oeuvre. Car le grand mérite de Gaëlle Nohant n’est pas seulement de raconter une parcelle de la vie de Robert Desnos, mais aussi de nous faire découvrir son oeuvre, de faire ce lien entre la vie réelle et la vie poétique.

Si, je l’avoue, j’ai eu un peu de peine au début à me fondre dans ce roman (la succession des soirées m’a semblé parfois un peu répétitive), j’ai au fil des pages apprécié de plus en plus cette lecture. Ici Gaëlle Nohant use d’une langue nouvelle par rapport au précédent roman. Il m’a semblé que, imprégnée par son sujet, sa prose se faisait plus poétique, c’est peut-être ce qui m’a surpris au début. Tout en dévoilant la vie de Robert Desnos, l’auteure évoque aussi la rupture du groupe surréaliste et la posture tutélaire d’André Breton qui par excès d’autorité entraîne le démantèlement du groupe : Robert Desnos refuse de se plier aux exigences de Breton, il veut être libre et puis il était surréaliste avant les surréalistes.

Si cette partie sur l’avant-guerre est centrée sur les rencontres, l’insouciance, les amours, l’amitié et la littérature, la partie sur la guerre révèle alors une autre vision de Desnos que je ne connaissais pas. Ne vivant que pour la poésie et revendiquant sans cesse la liberté comme absolue, Desnos ne peut accepter l’oppression allemande. Critique littéraire dans un journal, il n’hésite pas à sabrer l’oeuvre des collabos, à affronter des journalistes partisans du régime de Vichy. Contre toute prudence, il fait valoir ses opinions. Et c’est en cela que le titre est si révélateur de ce que fut Desnos : un rêveur éveillé, un poète cependant totalement ancré dans la réalité et conscient des réalités de son époque.

Mais outre la littérature et l’engagement pour la liberté, Légende d’un dormeur éveillé est aussi une très belle histoire d’amour entre Desnos et Youki. Cet amour absolu que le poète voue à cette femme fuyante et futile. C’est à elle que Gaëlle Nohant donne la parole à la fin du roman, au travers des pages de son journal et c’est au travers de ces mêmes pages que le lecteur la saisit mieux, qu’elle se dévoile.

Légende d’un dormeur éveillé est un beau roman avant même d’être une biographie. Gaëlle Nohant a su faire de Robert Desnos un réel héros de roman, à la fois fragile et extrêmement courageux. Et un roman qui donne envie de découvrir l’oeuvre de Desnos.

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3 Commentaires

  1. Un très beau texte et un très bel hommage à Desnos, moi qui connaissais mal sa vie, j’ai été ravie de la découvrir !

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  2. J’ai beaucoup aimé découvrir quel homme était Desnos à travers ce roman de sa vie, très réussi, et qui peint une époque si riche pour la création.

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à vous....

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