« Maine » J. Courtney SULLIVAN.

J. Courtney Sullivan est auteure américaine que j’apprécie beaucoup pour avoir déjà lu deux de ses romans (Les Débutantes et Les Liens du mariage). Je souhaitais lire Maine depuis longtemps, beaucoup parmi mes amies blogueuses m’en ont parlé avec enthousiasme. Et elles avaient raison.

Maine, comme les précédents, est un roman choral centré sur trois générations de femme : Alice, la grand-mère de 80 ans peu aimable, grenouille de bénitier et passablement alcoolique ; Kathleen, sa fille, un peu baba-cool vit en Californie avec Arlo et tient une « ferme » de vers de terre pour produire de l’engrais naturel ; Maggie, sa petite-fille, a un ami qui a du mal à s’engager et Ann-Mary, sa belle-fille, mère de famille modèle qui a tout donné à sa famille et la seule avec laquelle elle s’entend à peu près. Au centre de l’histoire une propriété dans le Maine, avec sa plage privée, que Daniel, le mari d’Alice avait gagnée au jeu. Au fil des années, cette maison est devenue le point de rendez-vous estival et chacun l’occupe à présent un mois de l’été.

Alternativement, les chapitres suivent plus spécifiquement une des quatre femmes. Les souvenirs s’égrènent, les réflexions, les rancoeurs présentes, les hostilités aussi. Notamment concernant Kathleen qui en veut fortement à sa mère et n’a plus remis les pieds dans le Maine depuis la mort de son père, mais aussi Ann-Mary qui fait toujours de sa famille un portrait élogieux repris par Alice. Maggie, quant à elle, écrivain en herbe, se retrouve au centre, partagée entre son affection pour sa mère et sa volonté de faire partie de cette famille si particulière entièrement régentée par sa grand-mère qui se plaît sans cesse à la rabaisser.

Au fil des chapitres, J. Courtney Sullivan dévoile ses personnages, les montre au-delà des apparences qu’ils renvoient. Chacune porte un regard sur les autres femmes de la famille, une perception qui, on le découvre progressivement, est aussi liée à leur propre histoire, à leur mariage, à leur rêve de jeune fille. Les comportements d’Alice s’expliquent au fil de ses souvenirs racontés ; Ann-Mary apparaît bien moins lisse et heureuse qu’elle ne le laisse paraître, etc.

Bien que très différentes, on s’attache à ces quatre femmes. On perçoit comment l’époque, l’emprise familiale ou religieuse ont pu influencer leur vie. Chacune a subi une influence qui a dévié l’idée qu’elle se faisait de leur vie. Si Kathleen a finalement rectifié le tir en divorçant, elle s’est mise sa mère à dos.

J’ai particulièrement apprécié ce dévoilement, car l’auteur prend soin de lever le voile très progressivement. D’abord perçues de l’extérieur, on se fait une première idée de ces quatre femmes, puis, les chapitres avançant, on saisit de mieux en mieux leur personnalité. Et il se dégage alors une sorte de panorama sociétal : qu’est-ce qui a déterminé leur vie ? Seule Maggie, la dernière génération, malgré une situation personnelle compliquée, semble être finalement celle qui a le plus de liberté, ce que finira par reconnaître sa mère, Kathleen.

La maison du Maine est un personnage en soi. C’est là que les quatre femmes vont se retrouver lors d’un mois d’été. C’est le lieu de rupture, celui à partir duquel plus rien ne sera plus comme avant et où chacune va prendre une décision. L’alcool aussi y tient un rôle important. Signe d’une volonté d’oublier la culpabilité, la tristesse ou l’ennui,

Maine est un roman sur les femmes, sur la famille, sur la façon dont chacun se perçoit et donne une image de soi, sur le rôle que chacun accepte de jouer au sein du cocon familial, sur les choix que l’on fait ou que l’on nous pousse à faire.

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12 Commentaires

  1. Mimi21

     /  avril 21, 2019

    Je l’ai lu à sa sortie et ai bien aimé cette histoire de femmes, de famille, de relations, de non-dits. C’est un livre où l’on peut se retrouver dans l’un de ses personnages. Une histoire caustique et c’est mon livre préférée de cette auteur.

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  2. J’avais beaucoup aimé ce roman lors de sa parution, contente qu’il t’ai plu aussi. Il me reste encore Les débutantes à lire !

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  3. Comme toi, j’ai préféré Maine aux Débutantes… de très beaux portraits de femmes dans cette maison du Maine !

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  4. aifelle

     /  avril 22, 2019

    J’ai commencé par celui-ci et c’était un coup de coeur. J’ai lu « les débutantes » après, que j’ai apprécié, mais je l’ai trouvé un peu inférieur.

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    • Avant « Maine » je préférais « Les Débutantes » mais en effet « Maine » est beaucoup mieux. J’aimerais bien lire son tout dernier mais il n’est pas encore sorti en poche, il faut attendre un peu encore.

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  5. J’en garde un très bon souvenir

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  6. J’aime beaucoup quand les maisons sont des personnages à elles seules. Dans ma Pal depuis une éternité 😉

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  7. encore un titre qui s’ajoute dans ma loooongue liste de « potentiellement à acheter », c’est terrible. Je n’ai pas encore lu cette auteure (encore une !) alors que je tourne autour depuis longtemps. Il est temps d’y remédier !

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  8. J’avais eu la chance de lire avant sa parution. J’avais adoré (comme tous ses romans d’ailleurs).
    Mais je ne suis peut-être pas objective avec J. Courtney Sullivan 😉

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