« Les Misérables » Victor Hugo – tome 1.

Bien qu’ayant fait des études de lettres, j’ai des lacunes. Mais je les assume et fais en sorte, petit à petit, de les combler. De Victor Hugo, j’ai lu quelques pièces (Ruy Blas, Lucrèce Borgia), quelques romans (Les Derniers jours d’un condamné, Claude Gueuxet des poèmes de divers recueils et essentiellement celui-ci : Les Contemplations. Je ne m’étais jamais encore confrontée aux monuments hugoliens : Les Misérables, L’Homme qui rit, Notre Dame de Paris… Ils sont pourtant tous dans ma PAL depuis bien bien longtemps.

Il m’a fallu la lecture un peu déprimante (pour des raisons différentes) de deux romans de la rentrée littéraire, pour ressentir le besoin profond d’un retour aux classiques. L’envie de lire Les Misérables a fait son chemin depuis la lecture d’une biographie d’Hugo mêlée à celle de sa fille, Léopoldine par Florence Colombani. J’ai une affection particulière pour Léopoldine. Dans cette biographie, j’avais notamment été très intéressée par les rapprochement que Florence Colombani faisait entre Léopoldine et Cosette. J’ai eu envie de les vérifier. Bref, j’ai lu le premier tome des Misérables.

Comment parler des Misérables ? C’est sans doute le plus grand roman de la littérature française et on se sent bien petit quand il s’agit d’écrire à son sujet. C’est que Les Misérables, c’est plus qu’un roman, c’est un monde, un fleuve immense qui vous emporte. Tout Hugo s’y trouve rassembler : le lyrisme, les combats politiques et sociaux, l’art narratif, la tension dramatique, l’art romanesque, les digressions historiques… C’est aussi tout le romantisme de ce XIXe siècle que j’aime tant.

Alors je ne vous ferai par l’affront de vous résumer l’histoire. Tout le monde connaît l’histoire de cet homme, Jean Valjean, envoyé au bagne pour avoir volé du pain pour les enfants de sa sœur, tout le monde sait comment il tenta de se racheter en devenant M. Madeleine, maire juste et aimé de ses concitoyens, comment le commissaire Javert, fin limier, ne cessa de le poursuivre, comment le bagnard racheté tenta de sauver Fantine, ne le put et sauva sa fille, Cosette, des mains des Thénardier. Nous connaissons tous cette histoire.

Mais la plume géniale de Victor Hugo est de faire de cette histoire et de ses personnages un roman complet.

Chaque personnage a une profondeur particulière. Hugo prend son temps, dresse les contours, dessine les pensées de chacun, montre la complexité de l’être humain, quel qu’il soit. Spécialiste des antithèses, il montre des êtres qui oscillent entre l’ombre et la lumière, entre le courage et la lâcheté. Et cette peinture de l’être humain, dans tout ce qu’elle peut avoir de sublime et de grotesque, est proprement exaltante. Jean Valjean est à la fois bagnard et humaniste, à la fois voleur et maire, à la fois repentant et hors la loi. Rien n’est simple, uniforme. Le chapitre le plus significatif sans doute (« Une tempête dans un verre d’eau », Livre I, partie 7, chapitre III ) est celui où, durant toute une nuit, il hésite à sauver un homme accusé à sa place : sauver cet homme et perdre tout ce qu’il avait construit ou ne pas le sauver, conserver son confort mais subir alors le remord et la culpabilité d’avoir fait accuser un innocent.

rester dans le paradis, et y devenir démon ! rentrer dans l’enfer, et y devenir ange !

Tout Hugo est dans cette phrase !

Mais il ne s’arrête pas là. Il y a dans Les Misérables une façon de capter le lecteur qui relève du romanesque. Comme dans ses pièces, l’identité des personnages est incertaine, mouvante, duale. Jean Valjean, comme Ruy Blas, change de nom et d’état. Mais contrairement à la pièce éponyme, la chose n’est pas dite explicitement, elle se devine avec la connivence du lecteur : « Le lecteur a sans doute deviné que M. Madeleine n’est autre que Jean Valjean ». Le procédé revient souvent, comme dans la rencontre entre Jean Valjean et Cosette :

En ce moment, elle sentit tout à coup que le seau ne pesait plus rien. Une main, qui lui parut énorme, venait de saisir l’anse et la soulevait vigoureusement. Elle leva la tête. […] C’était un homme qui était arrivé derrière elle et qu’elle n’avait pas entendu venir. […]

Il y a des instincts pour toutes les rencontres de la vie. L’enfant n’eut pas peur.

Cette rencontre incertaine ne peut que rester graver dans notre mémoire de lecteur.

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Que dire encore des péripéties et autres rebondissements qui parcourent le roman et qui relancent sans cesse la lecture ? De l’ombre de Javert, cette menace qui poursuit inlassablement Jean Valjean, le contraint à fuir par les fenêtres, la nuit, dans les bois.

Et puis il y a les engagements, la profondeur des idées : sociales, politiques, historiques. Les Misérables c’est aussi un roman engagé, contre la pauvreté, le travail des enfants. Des idées qui parcourent aussi l’oeuvre poétique et ses grands discours. C’est un roman pour la justice sociale, le droit à changer. C’est aussi donc un roman politique. Alors oui parfois, Hugo s’emballe et nous fait cinquante pages sur la bataille de Waterloo, sur les mouvements de troupes, sur les divers actions des officiers… Mais c’est son droit comme il nous l’explique :

Retournons en arrière, c’est un des droits du narrateur, et replaçons-nous en l’année 1815, et même un peu avant l’époque où commence l’action racontée dans la première partie de ce livre

Que j’aime ces intrusions d’auteur où l’on a l’impression que Victor Hugo nous parle à l’oreille.

Il y aurait sans doute encore mille choses à dire, car une fois lancé finalement on devient insatiable. Mais cette chronique est déjà bien longue et le mieux reste de lire ce roman, j’espère vous en avoir donné envie.

 

 

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3 Commentaires

  1. Il y a aussi la description des égouts que j’ai trouvé formidable dans le tome 2, c’est surtout la symbolique et toutes les références, l’ambiance et son intelligence. Et je suis tellement d’accord avec toi pour les personnages, l’amour que Jean Valjean éprouve pour Cosette est indescriptible.

    Réponse
  2. J’ai lu ce roman pétrie de toutes les idées reçues du « chef d’oeuvre », du « roman fondateur de la Littérature française », et comme toi, j’ai découvert un autre livre que celui que je m’apprêtais à lire. Aucun poncif, des personnages principaux beaux et riches de complexité, et un magnifique tableau de la société…

    Réponse

à vous....

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