« La Massaia, naissance et mort d’une fée du logis » Paola MASINO – #RL2018.

Ce roman a lui-même une histoire. L’autrice le définissait comme un roman « maudit ». Sa publication dans l’Italie mussolinienne en 1945, une Italie patriarcale, a subi plusieurs revers : censuré, expurgé. Le sort s’acharne quand l’imprimerie est bombardée la veille de sa parution. Il paraît donc enfin aujourd’hui aux éditions de la Martinière et est présenté comme « une fable littéraire féministe anticonformiste ».

Massaia est une jeune fille qui a passé son enfance dans une malle lui servant de lit, d’armoire, de chambre. Elle est sale, recouverte de poussière, de toiles d’araignée, considérée comme un meuble, hantée par des pensées sombres où la mort et les questionnements sur le sens de la vie prennent tout l’espace. Pourtant, poussée par le désir de sa mère de la marier, elle fait l’effort de se plier aux désirs des autres : comme un papillon, elle sort de sa malle et se révèle dans toute sa beauté. Elle épouse alors son vieil oncle et entre dans le moule de la bonne épouse même si, au fond d’elle, ce rôle l’insupporte.

La Massaia est une roman exigeant, mais qui a la force de son originalité littéraire pour traiter de la place de la femme dans la société et plus exactement dans le mariage. Le début est notamment très déroutant. La situation, les pensées de Massaia plongent le lecteur dans une ambiance cauchemardesque aux accents de Lautréamont. Dès l’ouverture, la fable s’impose et donc l’interprétation. D’autant que Paola Masino fait des parallèles entre son héroïne et Pinocchio, marionnette de bois. Totalement en décalage avec la société dans laquelle elle est née, Massaia, d’abord regardée comme une bête curieuse, se contraint à s’intégrer, à devenir une bonne femme au foyer régissant sa maison, ses domestiques.

Mais très vite cette vie l’étouffe.

La critique est violente et on comprend que ce roman ait fait voir rouge à la société italienne de l’époque, à la fois par son propos et par sa forme. Entre fable, pièce de théâtre, journal intime, les genres se mêlent avec intelligence. Pour décrire une soirée mondaine, quoi de mieux que la forme théâtrale qui fait de cette soirée un jeu de masques où chacun joue son rôle, mais aussi où les masques finissent par tomber. Massaia prend conscience que la femme au foyer n’est qu’une servante :

Choisissez la formule qui vous convient, de toute façon la conclusion est la même : un ou deux ans plus tard, ou disons après quelques années de mariage, tous les hommes trouvent que leur femme est trop terre à terre et commencent à en courtiser une autre, qui n’en est pas moins traitée par son époux comme une servante. Ils s’imaginent leur faire un grand honneur lorsqu’ils s’exclament : « C’est la mère de mes enfants. » […] Une fois qu’ils nous ont collé ce genre d’étiquette, nos maris consentent à passer tout au plus une heure avec nous, le reste du temps nous restons cantonnées dans la cuisine ou dans le salon, ce qui revient au même, consacrant tous nos soins à la maison et à notre progéniture.

C’est une lecture exigeante, un récit mêlé de réflexions qui parfois m’ont déroutée. Une lecture qu’il m’a fallu interrompre pour souffler. Le monde intérieur de Massaia notamment est complexe, l’imaginaire de Paola Masino souvent déconcertant. Certes il s’agit d’une fable, mais on est le plus souvent plongé dans une ambiance qui relève plus du rêve ou du cauchemar, avec son illogisme, avec ses passages brusques d’un monde à un autre, et j’avoue que je n’ai pas toujours bien saisi le sens de certains passages.

J’ai eu du mal à terminer cette lecture, certes intéressante par ce qu’elle dénonce, mais dont l’écriture trop onirique ou cauchemardesque m’a peu convaincue.

 

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8 Commentaires

  1. Je recherche plutôt des lectures faciles en ce moment. Donc je pense que ce livre trainerait 6 mois. 🙂

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  2. Sur ma PAL. Je dois le lire bientôt !

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  3. Dans ma Pal également…

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  4. je l’avais mis dans ma liste d’envies, je vais peut-être attendre un peu!

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à vous....

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