« La Tresse » Laetitia COLOMBANI.

Comme moi, vous avez sans doute déjà entendu parler voire même lu ce roman La Tresse de Laetitia Colombani. Depuis sa sortie l’an dernier, on ne compte plus les chroniques sur les blogs, ni les articles dans la presse, ni encore ceux qui vous en parlent. Ce billet va donc venir rajouter sa pierre à l’édifice.

Je n’avais pas particulièrement envie de le lire, mais une collègue-amie m’en a dernièrement parlé notamment pour un projet de lecture pour nos classes. Ceux qui lisent ce blog depuis longtemps savent que j’ai un peu de mal avec les romans autant plébiscités. Je suis toujours un peu dubitative. Mais, comme j’essaie de me soigner dans mes jugements trop hâtifs, je me suis lancée.

La Tresse, donc, raconte, en parallèle, une période bien particulière de la vie de trois femmes vivant dans trois pays très différents : Smita, en Inde ; Giulia, à Palerme en Sicile et Sarah, à Montréal au Canada. Chacune se trouve à un moment décisif de sa vie qui va les contraindre à prendre une décision importante. Smita et Giulia le feront de leur plein gré, tandis que Sarah va s’y trouver contrainte. Bien sûr on s’interroge immédiatement sur le lien qui va pouvoir exister entre ces trois femmes. Mais cela ne dure pas très longtemps, car on perçoit, je crois, assez rapidement ce lien, du moins ce fut mon cas. Les chapitres sont très courts et se répartissent alternativement entre Smita, Giulia et Sarah.

Smita donc vit en Inde. Elle appartient à la classe des Intouchables et de ce fait a un travail absolument répugnant : tous les jours, elle se rend chez des gens plus fortunés qu’elle, mais qui ne disposent pas de toilettes, et ramassent leurs excréments. Giulia, en Sicile, est la fille, quant à elle, d’une famille dirigeant une entreprise de traitement de cheveux pour la fabrication de perruques. Enfin, Sarah, la Canadienne, est une avocate sûre d’elle travaillant dans un grand cabinet et réputée pour gagner la plupart de ses affaires. Chacune va donc être confrontée à une prise de conscience qui va bouleverser leur vie et c’est ainsi que le lecteur va comprendre comment ces trois femmes sont en fait liées.

Je ne vais pas faire durer le suspens plus longtemps : je n’ai pas été emballée. La première raison est une impression de superficialité et en même temps de « gros sabots ». Il est bien évident que le choix des trois pays n’est pas innocent : l’Inde où l’on sait que le nombre de femmes violées est obscène ; la Sicile et son paternalisme machiste et le Canada, pays développé, qui permet d’introduire le thème du sexisme au travail. Certes. Sauf que, c’est un peu cousu de fil de blanc. Essentiellement parce que les choses sont posées de façon un peu trop simpliste voire même caricaturale : Smita, Intouchable, ramasseuse de merde et se nourrissant de rats, ça fait un peu beaucoup pour une seule femme ! Idem pour la Sicile, et je crois que c’est là où j’ai commencé à décrocher : vous voilà donc en Sicile alors surgissent tout un tas de mots en italien histoire de bien planter le décors : le papa, la nonna et bien évidemment la mamma sans oublier la pasta. Tout y est sauf l’impression réelle d’être en Italie. Et quand j’ai commencé le chapitre sur Sarah, je me suis dit qu’on allait avoir droit à tabernacle, et autres joyeusetés de la langue canadienne, mais non, là bizarrement pas de mots du terroir. Non, au Canada, qui pourrait aussi bien être la France que les Etats-Unis d’ailleurs tant l’ancrage géographique est nul, ne se perçoit que par le monde du travail éreintant et sexiste tel qu’on peut le trouver dans n’importe quel pays industrialisé.

Donc si vous voulez être dépaysé, ben c’est un peu raté. Mais après tout, on peut aussi lire ce roman pour les trois portraits de femmes, qui comme trois mèches de cheveux forment une tresse. Alors, là on se heurte à un autre problème. Car, le style toujours trop superficiel, les chapitres trop courts et qui se succèdent donc trop rapidement, ne m’ont pas permis de vraiment entrer en empathie avec ces femmes. Smita est peut-être celle que j’ai le mieux saisie, les autres me sont apparues un peu creuses et surtout Sarah, trop caricaturale, un personnage de femme de 40 ans, bosseuse, entièrement absorbée par son travail, on en a des tonnes dans la littérature d’aujourd’hui, il aurait donc fallu la rendre plus vivante pour la rendre plus profonde.

Enfin, l’intérêt du roman aurait pu résider sur le dénouement : mais quel lien unit ces trois femmes si différentes ? Sauf que là aussi c’est raté. Car le lien on le perçoit dès le milieu du roman.

Bref, j’ai bien peur que ce n’est pas encore avec ce roman que mon jugement trop hâtif sur les livres trop plébiscités va changer. Pourtant, vous avez vu, j’ai essayé. Je peux comprendre cependant pourquoi il a tant plu, je ne lance la pierre sur personne, ce roman a quand même le mérite de rappeler que la vie des femmes et leurs conditions de vie et de travail sont à améliorer à différents niveaux selon le pays dans lequel elles vivent. Peut-être aurait-il fallu se contenter d’un seul portrait, celui de Smita par exemple.

 

 

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29 Commentaires

  1. Je me méfie aussi des romans trop plébiscités (mêem si quand même on peut avoir une surprise et être du même avis). ceci étant, j’ai lu assez vite un billet (quel blog je ne sais plus) qui racontait bien le lien entre les trois femmes. Avec cette façon de divulgâcher, pas moyen de me donner envie de le lire, ce roman. Mais ça peut être un bon livre à donner à étudier aux élèves?

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  2. Heureusement oui, on peut avoir de bonnes surprises, ce fut le cas notamment pour « Le couleur des sentiments », par exemple.
    Je trouve que littérairement c’est quand même un peu faiblard pour le faire étudier. On pensait éventuellement le donner en lecture cursive (en parallèle). On y réfléchit encore.

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    • Ouf ! J’ai La Couleur des Sentiments dans ma PàL… 😍
      Pour La Tresse, j’avais lu un avis similaire au tien… Il ne m’attire pas et encore moins après tes mots dessus.
      Bref, parfois, rien de mieux qu’un bon intemporel (= classique).

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  3. argali2

     /  juin 14, 2018

    Je n’ai jamais été tentée. Comme toi, en raison du battage médiatique. Et quand un chroniqueur que j’apprécie m’a glissé à l’oreille que ce n’était pas pour moi, je lui ai fait confiance. Visiblement, j’ai bien fait.

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  4. estellecalim

     /  juin 14, 2018

    Tu es dure 😉 J’avoue avoir passé un bon moment, mais je crois que ce roman a trop été encensé et du coup, on s’attend à beaucoup trop. Pour un premier roman, je trouve ça pas mal du tout, même si effectivement, il y a pas mal de poncifs.

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    • Certes c’est un premier roman, mais la dame est scénariste, et d’ailleurs son écriture est justement assez cinématographique, en y réfléchissant bien.

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  5. delphineolympe

     /  juin 14, 2018

    Combien, mais combien je suis d’accord avec toi !!!

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  6. Roh la la ! L’engouement autour de ce livre m’a fait peur dès le début (dans la même veine que les romans de Grimaldi, Valognes d’ailleurs). Et je n’ai jamais osé… peut-être à juste titre, vu comment je me suis déjà agacée dernièrement sur le dernier roman de Joël Dicker… faut que j’écrive mon billet qui pique d’ailleurs !

    Réponse
    • Ah oui Grimaldi et Valognes, je ne m’y risque même pas, ce n’est pas pour moi. Je ne me suis pas encore risqué sur Dicker même si j’ai son premier roman dans ma PAL depuis sa sortie, je me dis que le 1er est sans doute le meilleur. J’attends avec impatience ton billet sur le dernier sorti.

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  7. Je ne l’ai pas lu jusqu’à présent je ne suis pas forcément super tentée à cause du large plébiscite notamment !

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    • Je me rends compte que nous sommes plusieurs dans ce cas 😉 !
      Le sujet pourtant avait tout pour me tenter, trois destins de femmes, mais ça n’a pas fonctionné avec moi !

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  8. J’ai eu le même ressenti que toi, alors que cela aurait pu être… Un peu comme Dicker (celui-là, j’ai fait l’impasse

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    • En fait je suis rassurée que plusieurs commentaires vont dans le sens de ma chronique, j’avais peur de provoquer un scandale 😉 ! Pour Dicker, pas encore tenté, je vais attendre encore.

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  9. J’avais très envie de le lire mais je n’ai pas du tout été emballée! et je suis tout à fait d’accord avec toi sur le fait que c’est soit cliché, soit on ne sait pas où ça se passe! Moi je l’avais qualifié de « gnangnan » 😉

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  10. Pour ma part (et c’est peut-être un peu dur), je n’ai pas du tout envie de le lire. Pourquoi trois destinées de femme alors qu’une seule destinée suffit à remplir un roman ?

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  11. valmleslivres

     /  juin 15, 2018

    J’ai franchement trouvé ça mauvais et sans intérêt. Mais je m’y attendais.

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  12. Stephie

     /  juin 16, 2018

    J’ai passé un bon moment même si en effet, tout est cousu de fil blanc.
    Ce que je m’explique moins c’est le succès planétaire 😉

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    • C’est vrai que ce n’est pas désagréable à lire, mais ça n’apporte pas grand chose. Je me demande en fait si les défauts qu’on lui trouve ne sont pas l’explication de ce succès, si tu vois ce que je veux dire 😉 !

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  13. J’avais passé mon tour, et à raison on dirait. Il faut parfois savoir se méfier des romans trop plébicités, comme tu dis.

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  14. Depuis le début, ce roman ne m’attire absolument pas. Autant te dire que je ne suis pas prête de l’essayer.

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  15. Sur le moment, je l’avais bien aimé mais… il s’oublie vite 😉

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