« Saga parisienne » Gilles SCHLESSER

Quand j’étais adolescente j’avais lu avec passion une trilogie de Henri Troyat : Les Eygletière. Je ne sais pas si on la lit encore aujourd’hui et même si elle est encore éditée. Les trois tomes étaient dans la bibliothèque de ma mère, elle et mon père les avait lus en son temps en se passant les tomes au fur et à mesure de leur lecture. Je les ai lus ensuite, ma sœur les a lus après moi et je les avais même prêtés à une amie du collège. Pourquoi je vous parle des Eygletière ? Parce que la saga de Gilles Schlesser m’a fait le même effet. J’ai enchaîné les trois tomes, les uns après les autres, je les ai fait acheter à ma mère qui les a lus en même temps que moi, ce qui nous a permis d’en parler bien souvent, je les ai recommandés à une amie.  Même si l’histoire est différente, les deux traitent d’une famille bourgeoise, habitant au cœur de Paris.

La trilogie s’étend sur la période historique allant de 1942 à 2003. Ariane et Pierre Ormen vivent avec leur trois enfants : les jumeaux, Julien et François, et la petite Marie. Leur appartement a vue sur le Luxembourg. Pierre est un intellectuel et il appartient à un réseau de résistance. Dans l’appartement du dessous vit la famille juive Bronstein : Isaac, sa femme, David, leur fils et une petite fille qui vient de naître. Nous sommes à la veille de la rafle du Vel’ d’Hiv’. Parallèlement, le frère de Pierre, Amédée, le mouton noir de la famille, traine avec des gens peu fréquentables en relation avec les Allemands. Deux frères ennemis qui vont décider du destin de toute leur famille sur trois générations.

Cette saga est une plongée dans l’histoire de la France sur 60 ans. Gilles Schlesser, parfaitement documenté, retrace les moments forts de ces années. Le premier tome nous fait revivre le Paris de l’après-guerre, le quartier de la Contrescape avec ses caves et ses cabarets où l’on croise le tout jeune Truffaut, Boby Lapointe ou Mouloudji. En suivant Pierre Ormen, on croise Camus, Malraux, Gallimard. Toute la vie culturelle de cette époque nous est retracée. Mais aussi l’évolution des mœurs, comme dans le tome 2 avec le planning familial, l’émancipation des femmes, mai 68, etc. C’est une façon fabuleuse de faire de l’histoire. Mais c’est aussi un roman qui fait de Paris un personnage central : on suit son évolution, ses transformations (la destruction des Halles, par exemple). Et enfin c’est aussi une façon de plonger dans nos souvenirs. Chaque lecteur peut retrouver, selon son âge, des allusions, des références, parfois anodines (le minitel, la marque des cigarettes, des voitures, le nom des magasins) qui renvoient à sa propre histoire.

Mais là où certains auraient rendu le roman trop lourd par ses références historiques, Gilles Schlesser, lui, choisit un angle intelligent. Chaque personnage va incarner, à un moment de son histoire, un représentant de son époque, va permettre d’évoquer un fait historique. L’autre originalité est le choix de la narration et de son organisation. Comme un journal ou une chronique, le roman est divisé en courts chapitres marqués d’une date. Plusieurs mois, voire une année, peuvent les séparer, ce qui permet une lecture dynamique, addictive. De plus chaque chapitre se focalise sur un personnage de façon successive, ce qui permet de suivre chaque protagoniste en parallèle tout en avançant dans l’histoire avec un petit et un grand H.

Je l’ai fini ce matin et j’ai l’impression d’avoir quitté des amis de longue date en sachant que je ne les reverrai plus. Quand on passe presqu’un mois à vivre en compagnie de personnages, quand on a partagé leur vie, qu’on les a vu vieillir, on se sent bien triste au moment de refermer le livre. Pour finir je voudrais remercier Marion qui m’a conseillé cette saga.

Le problème aujourd’hui est de savoir quel livre je vais lire à présent. Il va être difficile de partir à la rencontre d’autres personnages. Je sais déjà que ce roman sera ma lecture coup de cœur de cette année.

 

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28 Commentaires

  1. Ooh! Et voici que la liste de mes envies littéraires s’étoffe…

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  2. Tu es convaincante ! Je me le note pour plus tard !

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  3. Ah ma maman a adoré aussi !

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  4. ça a tout pour me plaire… Tu parles de Troyat, je ne l’ai jamais lu! 😦

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    • J’ai beaucoup lu Troyat adolescente et j’ai toujours aimé ses sagas. Il y a aussi les Semailles et les moissons que j’avais adoré ! Mais j’ai l’impression qu’on ne le trouve plus beaucoup en librairie, c’est dommage.

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  5. Je ne connaissais pas du tout cette trilogie mais elle pourrait me plaire, je note !

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  6. delphineolympe

     /  avril 29, 2018

    Tout à fait pour moi, ça !

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  7. Alice

     /  avril 29, 2018

    Merci pour le conseil !j’ai trouvé le cadeau de fête des mères !qi je résiste d’ici là!

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  8. Ouah, ça à l’air génial comme trilogie. Je note! Merci pour la découverte de cette saga que je ne connaissais pas.

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  9. Merci de partager cette découverte. Je viens de le réserver à la médiathèque, un seul volume de 833 pages ! Oh, le pavé !

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  10. Il me faut absolument cette saga. J’adore les histoires de famille ancrées dans l’Histoire

    Merci pour la découverte !

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  11. Tu me donnes vraiment envie de découvrir cette saga.

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  12. Je vais noter cette référence : j’adore les romans qui nous montrent l’évolution des mœurs.
    En tout point, tu pourrais croire que tu décris « Les Chroniques de San Francisco » : l’évolution des mœurs et de la ville, et la difficulté à tourner la page après avoir côtoyé trop longtemps les personnages …
    Toujours difficile de partir à la rencontre d’autres protagonistes et d’autres lieux dans ce cas-là, la transition n’est pas toujours simple.

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  13. Oh je comprends ton ressenti. J’avais lu une saga « en 19 tomes » lorsque j’étais adolescente… même si c’était beaucoup moins historique et plus romanesque, mais lorsqu’on s’attache aux personnages, c’est fort ! Je ne connaissais pas du tout ces titres ! Merci pour ta participation 😉 Cette série a l’air super intéressante.

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  14. Cette trilogie a tout pour me plaire! Famille, Histoire, Paris…
    Connais-tu Les Bourgeois d’Alice Ferney? Ton billet m’y a fait penser, comme à Rose de Tatiana de Rosnay (que je viens de finir) sur la transformation de Paris sous Napoléon III par Hausmann vue par une parisienne expropriée…

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  15. J’ai adoré cette saga et je suis ravie de découvrir ce billet grâce à l’initiative d’Antigone !

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  16. J’aime beaucoup les romans historiques sur plusieurs générations. Là, je vais finir Le roman de Bergen (100 ans en Norvège) avant de me lancer dans un autre truc du genre… mais pourquoi pas. J’aimais beaucoup lire Troyat aussi étant ado

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  17. Moi aussi, ado, j’ai lu les Eygletiere (et plein d’autres sagas de Troyat!) Ils sont d’ailleurs toujours dans ma bibliothèque depuis cette époque même si j’ai un peu peur d’être déçue alors tu penses bienque que ton billet me tebte beaucoup

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à vous....

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