« Le Professeur » Charlotte BRONTË

Le Professeur est le premier roman écrit par Charlotte Brontë. Il ne trouva pas d’éditeur du vivant de la jeune femme et ne fut donc publié qu’en 1857 à titre posthume. Charlotte Brontë s’inspire très largement de sa propre expérience et de son séjour à Bruxelles en 1842 dans un pensionnat. Ce séjour avait pour but de parfaire ses connaissances en français afin d’ouvrir une école avec sa sœur Emily de retour en Angleterre. Durant ce séjour, Charlotte va s’éprendre du professeur de rhétorique, Mr Heger. Amour cependant qui restera platonique. Dans son roman, Charlotte opère plusieurs changements, mais les références autobiographiques sont largement perceptibles.

William Crimsworth, à la fois personnage et narrateur du roman, se rend à Bruxelles et intègre le pensionnat dirigé par Miss Zoraïde Reuter. Orphelin, il a quitté l’Angleterre et souhaite subvenir seul à ses besoins. Son bref passage dans l’entreprise de son frère fut un échec : les deux hommes sont comme deux étrangers.  Mr Hunsden, associé de son frère, va intervenir auprès de ses connaissances pour aider William à se placer. D’abord professeur d’anglais dans l’école pour garçon, ses compétences pédagogiques sont remarquées et il est amené à enseigner également aux filles du pensionnat sous le regard affuté de Zoraïde. Jeune homme sans charme mais à l’autorité et à la pédagogie maîtrisées, William ne se doute pas de ce qu’il va vivre à Bruxelles…

Le Professeur est un roman qui, à plusieurs égards, m’a surprise. Ecrit avant Jane Eyre, il est loin du courant gothique anglais auquel je m’attendais en l’ouvrant. Etrangement, pour moi, ce roman serait davantage dans une veine réaliste voire tendant vers la chronique qui pourrait avoir pour titre : « un Anglais à Bruxelles ».  Charlotte Brontë décrit les mœurs belges, les paysages, se montre particulièrement sévère sur le niveau intellectuel des jeunes pensionnaires : bêtise des garçons ; attitude peste des filles. Ce roman s’offre également comme une réflexion sur la pédagogie et notamment sur l’autorité à exercer dans les pensionnats. Si William, par sa sévérité, ses exigences envers ses élèves parvient à se faire respecter, Charlotte Brontë souligne les dégâts d’une autorité mal maîtrisée à travers le personnage de la professeur de couture.

Le veine romanesque que l’on trouve dans Jane Eyre est très peu marquée ici, même si l’amour a sa place, mais un amour raisonnable et farci d’un certain puritanisme, me semble-t-il. Peu d’envolées lyriques donc même si, par endroits, des traits du romantisme s’insèrent, comme dans cette métaphore du voyageur gravissant une montagne qui m’a fait immédiatement penser au tableau du peintre romantique allemand Friedrich, Un voyageur au-dessus de la mer de nuages.

Le personnage de William m’est demeuré assez lointain. Sa rigueur excessive, son manque de fantaisie, cette tendance à l’emphase dans ses réflexions ne m’en ont pas fait un personnage très attachant. Même si ces défauts sont quelque peu contrebalancés par la naïveté et une volonté forte d’indépendance et de liberté. Si fantaisie il y a, on la trouve dans le personnage de Mr Hunsden : homme à l’humour caustique et qui remue notre héros en tentant de lui ouvrir les yeux. Il répondait en cela à ma propre envie de lectrice.

Le Professeur est donc un roman à part, me semble-t-il, un roman des origines, qui me paraît plus intéressant pour comprendre la progression littéraire de Charlotte Brontë, que pour lui-même. Il m’a d’ailleurs donné envie de lire Villette qui trouve aussi son origine dans l’expérience bruxelloise de l’auteur et qui, je crois, correspondra davantage à mes attentes.

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6 Commentaires

  1. Merci de m’avoir fait découvrir cette oeuvre ! 🙂 Pour ma part, j’ai beaucoup aimé Jane Eyre, mais j’aime également être surprise, alors je suis intéressée de découvrir Charlotte Brontë dans un style plus différent.

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  2. Nathalie

     /  août 21, 2017

    Il n’est vraiment pas terrible et on comprend qu’il n’ait pas été publié de son vivant. Villette en est une version très aboutie et bien plus mature.

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  3. je ne connaissais même pas l’existence de ce livre!

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  4. Merci pour cette découverte. J’aime beaucoup l’univers de Charlotte Brontë. Si j’ai l’occasion, par curiosité, je le lirai. *Anne*

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  5. Je ne connais pas ce roman encore. Il y a longtemps que je n’ai pas lu un livre des sœurs Brontë, alors que j’ai notamment chez moi, Agnès Grey, de Anne Brontë.

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  6. Lu il y a peu et j’ai moi aussi été étonnée. On trouve tout le charme de la plume de l’auteur, mais exploité très différemment, avec un personnage auquel je n’ai pas su m’attacher.

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