« La Petite copiste de Diderot » Danielle DIGNE

Félicité est une jeune paysanne qui a eu la chance d’avoir une mère soucieuse de lui donner une éducation. Elle dévore les livres. Mais sa vie change à la mort de son père puis, quelques années plus tard, de sa mère. Recueillie par l’abbé Paulin, ami de sa mère, elle obtient, grâce à ses connaissances et à sa belle écriture, une place comme copiste auprès du philosophe Denis Diderot. La jeune fille quitte donc Langres pour Paris. Elle fait la connaissance du grand homme absorbé par la parution du huitième tome de son Encyclopédie. Félicité est chargée essentiellement de copier la correspondance et les œuvres romanesques. Au contact de Diderot, de ses écrits, des amis nombreux du philosophe qu’elle va côtoyer, Félicité parfait sa culture et s’ouvre à l’esprit des Lumières.

C’est un collègue qui m’a recommandé cette lecture. Je ne connaissais pas cette auteure mais j’aime assez les romans historiques qui mettent en scène des auteurs. J’avais déjà lu un roman dont le personnage principal était Diderot, un polar assez bien réussi qui permettait déjà de plonger dans l’atmosphère du siècle des Lumières : L’œil de Diderot de Hubert Prolongeau. Ici, pas d’enquête policière, mais le récit d’une éducation, celle de Félicité.

L’écriture est simple et assez didactique. Le lecteur suit les affres du philosophe pour faire paraître son œuvre collective alors que la censure royale tente de lui mettre des bâtons dans les roues. On y croise le baron d’Holbach ; Emilie d’Epinay et son amant Melchior Grimm ; l’abbé Galieni ou encore Catherine de Russie. On y discute philosophie, bien évidemment, on débat (un peu seulement) de certains articles, notamment « Autorité politique ». J’ai particulièrement apprécié le passage où Emilie D’Epinay s’entretenant avec Félicité, lui expose sa conception de l’éducation des filles. Car, et le choix d’une jeune héroïne sert bien le propos, Danielle Digne cherche à mettre l’accent sur la place des femmes durant ce siècle et sur l’émergence d’une préoccupation éducative de la femme de la part des philosophes. Et au contact de ces philosophes et de la prose de Diderot mais aussi de celle de Rousseau à travers sa lecture de Julie ou la nouvelle Héloïse, Félicité voit naître une nouvelle ambition.

Ce roman permet une plongée réussie dans le siècle des Lumières. Il en montre à la fois l’effervescence mais aussi les difficultés (les espions, la censure, l’emprisonnement, etc.). Il montre un Diderot humain et dépoussiéré, suspicieux (et à raison), travailleur acharné. Mais il a aussi l’avantage de nous mettre en relation avec d’autres noms importants de ce siècle (cf. plus haut), de nous donner envie d’en savoir plus et j’avoue que la peinture d’Emilie d’Epinay qui en est faite dans ce roman me pousse à en apprendre davantage et renaît alors en moi l’envie de lire l’essai de Badinter : Emilie, Emilie : l’ambition féminine au XVIIIe siècle, qui sera, certes une lecture plus ardue.

Donc une lecture réussie et un roman lu en une journée.

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10 Commentaires

  1. Tu as dit les mots magique pour le faire lire ce roman : « Education des femmes ».

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    • Je ne connaissais pas ce titre mais tu m’as donné très envie, j’adore le 18e, l’Encyclopédie et Diderot. Je te conseille de lire les mémoires de Mme d’Epinay édités au Mercure de France et l’essai de Élisabeth Badinter !

      Réponse
      • Bianca, je remercie mon collègue pour cette découverte. Cela des lustres que je me dis que je dois lire le livre de Badinter qui est dans ma PAL depuis des lustres (aussi 😉 !) Quant à Emilie d’Epinay, elle m’intéresse beaucoup, je vais me pencher sur son cas…

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    • Sabine, ce thème aussi est un bon déclencheur d’envie de lecture chez moi aussi !

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  2. Merci pour cette référence que je ne c onaissais pas.

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  3. eimelle

     /  août 16, 2017

    je n’en avais pas entendu parler, mais cela pourrait bien m’interresser!

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    • C’est un roman intéressant parce qu’il nous plonge vraiment dans l’aventure folle de l’Encyclopédie et on apprend beaucoup. Le genre de roman dont on ressort moins bête.

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  4. Je ne connais pas mais tu me donne envie de découvrir ce titre. *Marie*

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à vous....

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