« Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps… : Léopoldine Hugo et son père » Florence COLOMBANI.

Il est des livres qui vous appellent, qui vous happent par sa couverture, qui vous embarquent dès les premières lignes, les premières pages tournées. Cette biographie de Florence Colombani fait partie de ceux-là. Rappelant en titre le plus beau et le plus connu des poèmes de Victor Hugo dédiée à sa fille, Léopoldine, elle raconte la vie de cette jeune femme morte trop jeune et immortalisée par son père.

On connaît tous, je crois, le destin tragique de Léopoldine : noyée à l’âge de 19 ans, avec son mari, dans la Seine, après le renversement de leur barque. Elle est devenue une héroïne romantique et tragique, dont la figure a été entretenue par la légende : son mari préférant mourir avec elle en constatant qu’il ne pouvait la sauver. Victor Hugo a largement contribué à cette légende en lui offrant un recueil de poèmes magnifique : Les Contemplations. On nous raconte cette histoire depuis l’école primaire. Florence Colombani s’attaque donc à un mythe littéraire. Mais comment raconter la vie d’une jeune femme de 19 ans, comment s’extraire de la légende hugolienne pour retrouver la vraie Léopoldine, pour la rendre vivante ? C’est la gageure de la biographe.

Florence Colombani ouvre sa biographie sur l’annonce de la mort de Léopoldine. Là encore, cet épisode terrible est archi-connu : Hugo apprend la mort de sa fille préférée dans le journal, quatre jours après le drame. Elle part de la douleur paternelle, si bien racontée par Juliette Drouet, sa maîtresse, dans son journal. Elle raconte le retour affreux du grand écrivain sur Paris où l’attend sa femme, Adèle et les autres enfants, sa femme qui a fui Villequier, le lieu du drame et qui n’assistera même pas l’enterrement de sa fille. Elle tente de combler les vides de la légende tissée par Hugo, elle ouvre le tombeau édifié par un père effondré par la douleur et le remord.

Et elle y parvient. Au fil des pages, Léopoldine prend vie comme Galatée s’extrayant du marbre dur et froid. Comme ce portrait en couverture si peu connu, Florence Colombani nous offre une autre image de Léopoldine. Elle lève le voile sur sa vie de jeune mariée, enfermée dans un appartement au Havre avec sa belle-mère, décrypte ses lettres, lit entre les lignes. Elle offre de Charles et des Vacquerie une vision assez lointaine que celle qu’en donne Hugo dans son poème « Charles Vacquerie », ce mari se sacrifiant pour sauver son épouse.

Mais si la biographie efface un peu le verni littéraire et légendaire, c’est pour mieux montrer l’aspect brut et réel, et finalement rendre Léopoldine plus humaine, elle dont son père avait fait un ange :

Elle éclaire aussi l’œuvre de Hugo, la donne à lire presque à chaque page, cite, explique, fait des liens avec Léopoldine, que ce soit Les Contemplations ou Les Misérables. Car c’est aussi une biographie de Victor Hugo vue à travers le destin de sa fille, orientée par la présence puis par l’absence de Léopoldine.

Il est impossible de rendre compte de tout ce que cette biographie sublime nous révèle. Car il est aussi question des autres : les frères, la sœur mal aimée, Adèle. Florence Colombani tire les fils aussi vers Claire Pradier, la fille de Juliette dont la mort, là encore précoce, a sans doute poussé Hugo à la rédaction et à la parution des Contemplations. Et puis on y croise Balzac, Sand, on pénètre dans le bureau de Hugo…

Vous l’aurez compris, je ne peux que vous recommander cet ouvrage sensible, intelligent, fourmillant d’informations qui, comme le dit si bien la dernière phrase, nous rend « Léopoldine devenue notre fille, et notre sœur, notre double et notre enfance perdue. » (p.227).

 

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17 Commentaires

  1. Je note car cette histoire est devenue un mythe que j’aimerai mieux connaître et comprendre.

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  2. Martine-Claire

     /  août 10, 2017

    Merci pour ce beau commentaire. Je cours acheter ce livre!

    Réponse
  3. Lectures Gourmandes

     /  août 10, 2017

    Je note ! 🙂

    Réponse
  4.  » Il est des livres qui vous appellent, qui vous happent par sa couverture, qui vous embarquent dès les premières lignes, les premières pages tournées. « … c’est si bien dit !

    Réponse
  5. « Mais si la biographie efface un peu le verni littéraire et légendaire, c’est pour mieux montrer l’aspect brut et réel, et finalement rendre Léopoldine plus humaine,…. »
    Je vais de ce pas, voir si je puis me le procurer. Sinon demain je me rends chez Mollat. Merci pour cette belle présentation. :

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    • J’espère que tu le trouveras, il est paru en 2010 et il n’existe malheureusement pas en poche, il te faudra peut-être le commander. En tout cas, je suis ravie de t’avoir donné envie de le découvrir.

      Réponse
      • Je te remercie. Je l’ai déjà acheté 🙂 Je lis beaucoup et ne fais pas de chroniques. Je suis très très curieuse de lire cet essai et en faire la découverte. 🙂 Bonne fin de semaine à toi.

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  6. Je note ce livre aussi.

    Réponse
  7. ça me dit bien, je le mets sur ma liste

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