« No et moi » Delphine DE VIGAN

Depuis ma lecture des Heures souterraines de Delphine de Vigan, je n’étais pas nécessairement portée à lire un autre roman de cette auteure, exaspérée que j’avais été par sa tendance à abuser des rythmes ternaires. Je n’ai donc pas été tentée par ses deux derniers romans qui ont eu tant de succès et je pensais que notre histoire s’arrêterait là. Et puis, mes collègues ont suggéré No et moi à faire découvrir aux futurs quatrièmes dont je vais avoir la charge à la rentrée. Je me suis donc lancée sans grande conviction.

Lou Bertignac est une enfant de 13 ans surdouée, timide, mal à l’aise dans sa classe de Seconde. Sa mère est dépressive depuis la mort subite de sa petite sœur. Elle croise depuis quelques temps gare d’Austerlitz, une jeune fille qui l’intrigue. No est SDF, et devant le regard insistant de Lou, elle finit par lui adresser la parole. Lou doit réaliser un exposé sur les femmes SDF et se sert de ce prétexte pour tisser un lien avec No. Au fil des pages et des rencontres, les deux jeunes filles vont se rapprocher mais chacune habite un monde si différent…

Malgré mes fortes appréhensions, je dois dire que j’ai été heureusement  surprise par ce roman qui se lit avec intérêt et facilement. Certes le tic de De Vigan dont je parlais en ouverture est là encore trop présent, mais la narration de cette amitié si particulière a fini par me le faire oublier.

Comme pour Les Heures souterraines, on peut parler pour No et moi, d’un roman sociétal qui traite cependant de thèmes divers : l’amitié ; la dépression ; la condition des femmes SDF ; le mal-être des enfants surdoués ; la perte d’un enfant ; le drame du viol… On peut se dire que ça fait beaucoup, mais finalement tout cela s’imbrique assez bien et n’est pas que prétexte à un misérabilisme forcé.

De Vigan peint avec justesse l’opposition qui réside au cœur de l’amitié entre Lou et No. Comment concilier deux mondes et deux existences radicalement différents ? Lou comme No sont cependant chacune en décalage avec la société : Lou, enfant surdouée, est mise à l’écart dans sa classe, mais elle l’est aussi à la maison par sa mère qui, enfermée dans sa dépression, ne s’intéresse plus à elle. No (le refus) l’est sans doute plus violemment : elle est en marge de la société parce qu’elle vit dehors, dans la rue. C’est sans doute ce décalage qui parvient à les réunir. L’innocence utopique de Lou, le réalisme désabusé de No peuvent-ils réellement s’allier ? Le constat de De Vigan est assez pessimiste, même si cette rencontre improbable entre les deux jeunes filles va permettre des changements importants.

Un roman qui m’a donc un peu réconciliée avec son auteur.

 

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10 Commentaires

  1. je n’ai encore rien lu de cette auteure, mais il faut car cela m’intrigue depuis longtemps. 🙂

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  2. delphineolympe

     /  juillet 29, 2017

    Contrairement à toi, j’avais été extrêmement touchée par Les heures souterraines. Il faut dire que je sortais d’une histoire banalement comparable…
    Mais je ne vois pas ce que tu entends par ses « rythmes ternaires » ?

    Réponse
    • « rythme ternaire » : tendance à répéter trois fois ou plus la même chose dans des termes différents. Elle y a malheureusement trop souvent recours, je trouve.

      Réponse
      • delphineolympe

         /  juillet 29, 2017

        Ah, c’est vraiment au sein de la phrase, alors. Cela ne m’a pas frappée, c’est pour ça que je ne voyais pas très bien ce que tu voulais dire.
        Pour moi, le rythme ternaire ne veut pas forcément dire répétitif.
        Mais je vais peut-être la relire à la lumière de cette remarque, pour voir 😉

        Réponse
        • Je me suis focalisée dessus lors de ma lecture des Heures souterraines. Une tendance à rallonger la phrase… Tu me diras si c’est moi qui exagère ou pas … 😉 !

          Réponse
  3. Si l’histoire était touchante, j’avais eu un problème avec Lou, un peu trop parfaite à mon goût pour une ado. J’ai vu l’adaptation de « Elle s’appelait Sarah » avec Kristin Scott Thomas et j’avais retrouvé ce style plein d’émotions et parfois à la limite du larmoyant, ce qui m’avait agacée. Du coup, je me méfie de l’auteur et ne suis pas tentée par ses autres oeuvres.

    Réponse
  4. Stephie

     /  juillet 30, 2017

    J’aime beaucoup ce texte, que j’ai donné en cursive en 3e pendant pas mal d’années
    Autour de quel thème tu vas le donner en 4e ?

    Réponse
  5. J’avais beaucoup aimé moi ce livre après avoir découvert l’auteure avec « Rien ne s’oppose à la nuit  » qui m’avait beaucoup touché. *Marie*

    Réponse
  6. J’ai toujours été tentée par ce livre, je trouvais le titre assez prometteur, mais je ne me suis jamais lancée.
    Il est peut-être temps

    Réponse

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