« La Colonie » MARIVAUX (1750) – Théâtre

La Colonie fait partie des pièces utopiques de Marivaux, avec L’Île des esclaves et L’Île de la raison. Dans les trois cas, l’intrigue de la pièce se situe sur une… île. Les personnages y ont abordé soit après un naufrage, soit pour fuir, comme c’est le cas dans La Colonie, des ennemis envahisseurs. L’île permet de créer l’utopie : loin du monde réel, il faut donc reconstruire une société et, si possible, en créer une meilleure que celle qu’on a quittée. Les naufragés de La Colonie, hommes et femmes, issus du peuple, bourgeois et nobles, travaillent donc à l’établissement de lois. Enfin surtout les hommes, et c’est bien ce que leur reprochent Arthénice et Mme Sorbin. Et si les femmes avaient enfin droit au chapitre ?

Nous voici […] dans la conjoncture du monde la plus favorable pour discuter notre droit vis-à-vis les hommes.

Marivaux ici s’intéresse aux droits civiques et au rôle de la femme dans la société du XVIIIe siècle. Les femmes s’opposent donc d’abord au fait que les hommes établissent des lois qui concernent les femmes alors même que celles-ci ne sont, non seulement pas consultées, mais également pas conviées à cette élaboration. Pourtant, comme le souligne métaphoriquement Mme Sorbin, faute d’étoffe, l’habit est trop court.

Arthénice et Mme Sorbin revendiquent le droit d’exercer tous les métiers, ce qui fait bien rire ces messieurs. Pourtant, les revendications touchent bien vite leurs fonctions dans le mariage et on entend en échos les vers de Molière dans L’Ecole des femmes : « du côté de la barbe est la toute puissance ». C’est bien cela que les deux femmes contestent. Elles revendiquent l’égalité dans le mariage : Voilà le moule où il faut jeter les lois.

A une époque où la femme était réduite à n’être qu’une femme d’intérieur, à n’être assimilée qu’à une mineure, à n’être que sous la domination du maître, son mari, cette pièce est d’une modernité étonnante et annonce les mouvements féministes qui viendront, mais deux siècle plus tard. Elle annonce cependant les revendications d’Olympe de Gouges et sa Déclarations des Doits de la femme et de la citoyenne pendant la Révolution Française. Marivaux semble d’ailleurs avoir conscience de cette modernité, et fait dire à l’une de ses héroïnes : Et quand même nous ne réussirions pas, nos petites-filles réussiront.

Marivaux va assez loin, annonçant la fin du mariage si celui-ci n’est pas égalitaire, puisqu’il est l’équivalent d’un esclavage. Pourtant il finit, comme dans L’Île des esclaves, par se ranger aux idées de son époque : les femmes appelées au combat armé, préfèrent réintégrer leur foyer.

Mais ce qui devait être dit a été dit, et c’est bien cela l’essentiel. Cette pièce résonne encore à notre époque quand on considère le nombre de femmes siégeant à l’assemblée, par exemple. Si nous avons progressé au sein de nos mariages, les droits civiques, les revendications salariales, les préjugés concernant les femmes ont encore la peau dure.

vous irez de niveau avec l’homme; ils seront vos camarades, et non pas vos maîtres. Madame vaudra partout Monsieur, ou je mourrai à la peine. J’en jure par le plus gros juron que je sache; par cette tête de fer qui ne pliera jamais, et que personne jusqu’ici ne peut se vanter d’avoir réduite.

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1 commentaire

  1. cette pièce est assez édifiante mais j’en garde un souvenir mitigé pour de mauvaises raisons : je devais remplacer une prof au pied levé et démarrer avec l’étude du livre… que je ne connaissais pas du tout à l’époque!

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