« Dire, ne pas dire : du bon usage de la langue française – volume 3 » par l’Académie Française

dire-ne-pas-direL’Académie Française, il y a cinq ans, ouvrait une rubrique « Dire, ne pas dire » sur son site. Sa volonté, comme l’explique Yves Pouliquen dans la préface était d’ « ouvrir une rubrique où l’on mettrait […] des emplois fautifs, des extensions de sens abusives, des néologismes et anglicismes qui envahissent les ondes, la presse et la conversation, ce qui se disait et ce qu’il fallait dire. » Les volumes 1 et 2 proposaient un large éventail de ces rectifications toutes très enrichissantes. J’avais d’ailleurs écrit une chronique sur le volume 1.

Ce volume 3 reprend le même principe, mais présente une nouveauté. Il répond également à des questions plus générales sur la langue française, comme la féminisation de la langue, l’importance de l’étymologie, etc.

Chacun d’entre nous y trouvera matière à se corriger avec plaisir. Car le ton, sans être trop didactique, est plaisant, simple et la lecture est agréable. En parcourant la table alphabétique des erreurs recensées, on sourit et on se dit que l’on va enfin avoir une réponse claire.

Ce fut mon cas, par exemple, concernant la prononciation de incipit : devons-nous le prononcer à la française in prononcé comme les deux premières lettres de ainsi et le –pit comme la fin de pépite ; ou en respectant la prononciation latine : in-ki-pite ? Depuis toujours j’usais de la deuxième prononciation mais il m’est arrivé d’entendre la première, et j’étais un peu perdue. J’ai donc enfin la réponse.

Concernant la nouveauté de ce volume, l’article sur la féminisation de la langue m’a, vous vous en doutez, intéressée particulièrement. L’auteur de l’article revient sur la demande faite par Laurent Fabius en 1984 pour une féminisation systématique des activités féminines (métier, titres , fonctions). Il rappelle également que l’Académie Française, non consultée, était et est toujours contre cette systématisation. Le problème vient du fait que le masculin, selon la règle, l’emporte sur le féminin au pluriel, ainsi parler « des électeurs » revient à inclure aussi bien les hommes que les femmes, il ne serait donc pas nécessaire de dissocier : « électeurs et électrices », puisque cette expression serait alors redondante.

L’autre raison évoquée concerne les termes finissant en -eur et les formes féminines en -eure après cette féminisation : exemple : un auteur, une auteure. Forme féminine dont j’use et abuse, je l’avoue. Ce n’est pas bien ! Car le féminin des mots en -eur est -euse ou -trice (comme acteur/actrice), on devrait donc dire et écrire : auteuse ou autrice et non auteure. J’en prends note. Donc, de même, si je veux féminiser ma fonction, je dois me définir comme une professeuse si j’applique la féminisation systématique.

Ces termes féminisés posent toujours le problème de leur sonorité, ainsi dans écrivaine, beaucoup entendent l’adjectif vaine qui leur pose problème alors qu’on l’entend aussi bien au masculin, sauf que le masculin est utilisé depuis des siècles et notre oreille s’y est faite. De même dans mon fameux professeuse, la sonorité fesseuse donne à mon métier une connotation un peu perverse, non ?

Quoiqu’il en soit, cet ouvrage est une mine et nous interroge sur notre usage de la langue, et, ne serait-ce que pour cela, il est essentiel.

Je finirai, comme le livre, par évoquer la Postface écrite par Dominique Fernandez. Ce dernier évoque la « fameuse » réforme de l’orthographe et notamment l’ablation de l’accent circonflexe ou celle du ph pour, soit disant, simplifier cette méchante orthographe trop difficile pour nos jeunes (sans accent circonflexe). Ne négligez pas de la lire. Dominique Fernandez raconte comment un de ses amis professeur (c’est un homme) de lettres en Seconde option musique a su faire un parallèle entre les ablations voulues par la réforme et l’ablation des touches noires d’un piano. Il termine son texte par une belle et si juste métaphore :

La langue est un organisme vivant, qu’on n’ampute pas plus qu’on ne couperait l’orteil pour faire entrer le pied plus facilement dans la chaussure.

Dire, ne pas dire : du bon usage de la langue française, Académie Française, Editions Philippe Rey, septembre 2016.

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6 Commentaires

  1. J’adore l’idée !

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  2. Il paraît qu’aujourd’hui l’orthographe et la grammaire sont négociables…

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  3. Cet ouvrage m’a l’air un peu partial 😉
    Pour la féminisation, on fait une différence en réalité entre « fonction » et « métier », les premiers n’étant pas féminisés alors que les seconds doivent l’être. Pour « auteur », toute la question est donc relancée car est-ce un métier ? Ou l’inspiration arrive-t-elle des muses, l’auteur étant alors un artiste dont cela ne peut être le métier au sens artisanal du terme ? (et là, tout le débat de l’art pour l’art arrive en fanfare 😀 )
    Mais pour « professeur », c’est un métier, il faudrait donc mettre un « e ». Je suis moi-même « maitre » de quelque chose et des collègues femmes se font nommer « maitresse », ce qui me choque beaucoup (j’ai l’impression d’être dans une scène SM où quelqu’un va sortir un fouet…). Il en va aussi de l’institution et du statut que cela confère mais pour « maitre », c’est plus facile de conserver la même forme.
    Quant à la réforme, je vais essayer de trouver ce livre pour aller voir ce qu’ils en disent…
    (et on ne peut pas dire les deux pour Incipit ? )

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  4. Intéressante cette série d’ouvrages. A l’heure où on entend/lit tout et n’importe quoi, ce n’est pas mal de remettre les pendules à l’heure (c’est le cas de le dire :-P)

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  5. Intéressant. Et la féminisation de la langue, sujet complexe… Mais qui me parle aussi beaucoup !

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  6. Je n’ai que le premier, pour l’instant 😉

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à vous....

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