« George Sand à 20 ans : S’affranchir » Joëlle TIANO – Biographie.

Tiano Sand à 20 ansAyant travaillé plusieurs années sur l’œuvre et la vie de George Sand, je ne suis plus une novice. Je dois avouer que je connais un peu par cœur les événements de sa vie et d’autant plus sa jeunesse puisque mon sujet de doctorat portait sur la figure du père dans son œuvre, que j’ai également écrit un article dans le Dictionnaire George Sand paru aux éditions Honoré Champion en 2015 et que je me suis beaucoup intéressée à Maurice Dupin, père de Sand. J’ai dû lire au moins cinq biographies de George Sand, dont la meilleure, pour moi, reste celle de Joseph Barry, George Sand ou le scandale de la liberté paru en 2004, sans oublier la propre autobiographie de George Sand, Histoire de ma vie et sa correspondance. Pourtant, je reste toujours curieuse des nouvelles parutions qui s’intéressent à ma Sand, ne serait-ce que pour me replonger dans son univers. Aussi quand on m’a proposé de lire George Sand à 20 ans, au Diable Vauvert, je n’ai pas hésité. Cette collection qui s’intéresse à la jeunesse des auteurs est passionnante et j’avais beaucoup aimé l’ouvrage consacré à Guy de Maupassant que j’ai lu il y a quelques mois.

Joëlle Tianon raconte donc, en s’appuyant notamment sur Histoire de ma vie, la correspondance et quatre biographies (de plus ou moins bonne qualité), la jeunesse et l’arrivée en littérature de George Sand. Sa naissance à Paris, le voyage en Espagne avec sa mère enceinte pour rejoindre son père, aide camp de Murat, la naissance de son petit frère aveugle, le retour à Nohant, la mort de son frère puis une semaine plus tard de son père, l’hostilité entre sa mère et sa grand-mère, le départ de sa mère et la tutelle de sa grand-mère, l’enfance à Nohant, le couvent des Anglaises, la mort de sa grand-mère, son mariage avec Casimir, la naissance de son fils, sa liaison platonique avec Aurélien de Sèze, les rapports conflictuels avec son mari, son installation à Paris, sa rencontre avec Jules Sandeau, et la parution de Rose et Blanche sous son premier pseudonyme : Jules Sand.

Tout cela est juste et puisé dans les ouvrages cités plus haut, et on y retrouve aussi les passages d’Histoire de ma vie. Rien à dire donc, ou presque, sur l’aspect purement biographique de cette ouvrage. Et pour qui voudrait faire connaissance avec la vie de George Sand, l’ouvrage de Joëlle Tiano se présente comme un bon moyen. MAIS… oui, je sais que vous sentiez venir le « mais », voire les « mais ».

Qu’en est-il de l’œuvre, des romans ? Ce que j’avais apprécié dans la biographie de Guy de Maupassant parue dans la même collection, était que l’auteure faisait sans cesse des allusions aux œuvres de Maupassant, rattachant les évènements de sa jeunesse aux œuvres écrites plus tard. Je peux comprendre que cela relève d’un choix de Mme Tiano, sauf que la biographe tombe dans le travers que l’on retrouve trop souvent quand on parle de George Sand : sa vie prend le dessus sur son œuvre. En dehors d’Histoire de ma vie, je n’ai noté que quelques pauvres références littéraires : La Petite Fadette, Le Géant de Yéous (nouvelle), Rose et Blanche (écrit avec Jules Sandeau et non seule), La Marraine (roman), Le voyage de Monsieur Blaise, Le voyage en Espagne, Le Voyage en Auvergne, Un hiver à Majorque, ces quatre derniers étant des souvenirs de voyages, et c’est tout !

Et là un cri de désespoir sort de ma gorge ! Ahhhhhhhhhhhhhhh !

Même pas Indiana, non mais allo, quoi ! Oups pardon je m’égare ! Comment ne peut-on pas évoquer, ne serait-ce qu’évoquer, voire même juste citer le titre de ce tout premier roman écrit seule et qui affiche pour la première fois son pseudonyme : George Sand ? Comment ne pas l’évoquer quand on consacre un chapitre à sa relation conflictuelle avec son mari et que le premier roman que Sand écrit traite précisément de l’étouffement de la femme mariée, de l’oppression d’un mari violent qui a tellement à voir avec Casimir Dudevant ? Comment ne pas y faire référence quand ce roman est précisément le point d’aboutissement de cet affranchissement annoncé en sous-titre de cette biographie? Je ne comprends pas. Ou j’ai peur de comprendre.

Mais quand j’ai constaté en plus et douloureusement, dans la bibliographie, que Elle et lui est rangé dans les essais (ERRATUM : « récit »), j’ai vite compris que, « allo Houston, nous avons un problème ». Un gros problème.

Que l’on fasse une énième biographie de George Sand en compilant d’autres biographies, pourquoi pas, mais il me semble aberrant de faire si peu et si mal référence à l’œuvre. Je ne demande pas que toute l’œuvre soit citée intégralement, étant donné le nombre énorme de romans écrits, cela serait bien impossible, mais quand même il y a les incontournables ! Ah mais me direz-vous, elle cite quand même La Petite Fadette, j’ai envie de dire : « Encore heureux ! ». Mais même dans l’épilogue, Joëlle Tiano écrit : « Elle n’a pas besoin, comme d’autres auteurs, de vivre en recluse pour écrire soixante-dix romans, une floraison de pièces de théâtre […], des dizaines de contes et de nouvelles… » sans même citer un seul titre, ce qui est un tour de force remarquable !

Pourtant à plusieurs endroits dans la texte, la biographe aurait pu insérer une référence à un roman, tirer un lien vers l’œuvre, ouvrir sur les thèmes récurrents des romans de George Sand, ne serait-ce que celui de la liberté, de ce besoin d’émancipation de ses jeunes héroïnes (notamment celles des romans d’après 1850) qui aurait si bien collé au récit biographique… Bref, il y aurait eu mille et une façons de faire vivre l’œuvre de Sand dans cet ouvrage. Quand on sait que tous ceux qui travaillent sur l’œuvre de Sand se battent justement contre cette fâcheuse tendance à réduire George Sand à sa vie, on ne peut que regretter ce parti pris.

On pourra toujours me dire qu’on ne peut pas tout dire dans une biographie de 150 pages, certes, mais c’est qu’il y avait des choix à faire. Raconter la jeunesse d’un auteur à venir n’est-ce pas aussi parler de son œuvre, faire le lien entre cette époque de formation et l’œuvre à venir ?

On pourra aussi m’accuser d’avoir un jugement trop sévère compte-tenu de ma connaissance de la vie et de l’œuvre de Sand, mais, je ne suis pas certaine que cela soit vrai. A plusieurs reprises, sur d’autres biographies ou sur des films évoquant la vie d’auteurs, j’ai déjà eu l’occasion de regretter ce genre de traitement.

Bref.

Cette biographie a, comme je le disais au début de cette chronique, un intérêt certain pour faire connaissance avec la vie de George Sand, sans être novatrice, elle met l’accent sur les évènements marquants de la jeunesse de George Sand. Pour qui voudrait découvrir l’œuvre en plus de la vie de l’auteur mieux vaut lire la biographie de Joseph Barry, et rien ne vous empêche de lire les romans de George Sand.

Prochainement je vous parlerai de la biographie des sœurs Brontë parue dans la même collection.

Merci aux éditions du Diable Vauvert.

Advertisements
Poster un commentaire

6 Commentaires

  1. On m’a proposé de le recevoir et contrairement à toi je suis totalement néophyte en George Sand hélas !

    Répondre
  2. estellecalim

     /  mai 14, 2016

    Eh bien écoute, je trouve que tu as parfaitement raison ! Je n’ai pas lu ce livre, mais le procédé utilisé pour l’écrire me chiffonne. Quand on écrit sur un auteur, il me parait aberrant de lire les biographies d’autres auteurs. Si le travail a déjà été fait, pourquoi le refaire ? Il m’aurait semblé plus logique d’aller vraiment à la source.

    Répondre
    • Je pense qu’elle est allée à la source, du moins c’est ce que l’auteur m’a dit dans ses mails (!), mais c’est vrai aussi qu’il est bon d’avoir lu ce qui a été écrit avant pour mieux s’en affranchir après. On peut dire aussi qu’une vie et est une vie et qu’on ne peut rien y changer ou y rajouter. Ce n’est pas tant cela qui me dérange que le manque criant de références à l’œuvre.

      Répondre
  3. Les sœurs Brontë… J’attends donc ta chronique les concernant… Estellecalim a raison…

    Répondre

à vous....

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :