« Virginia et Vita » Christine ORBAN

Orban virginiaEn 1928, Virginia et Vita vivent, depuis le début des années 20,  une relation amoureuse alors même que toutes les deux sont mariées. Christine Orban propose, dans ce roman, de nous faire partager cette relation saphique. Elle dresse le portrait de deux femmes, l’une écrivain modeste mais géniale, Virginia, l’autre, romancière dilettante fille du baron Lionel Edward Sackville-West. L’année 1928 est aussi l’année où Virginia Woolf entame la rédaction d’Orlando dont le personnage éponyme est inspiré de Vita. J’ai lu Orlando durant mes études universitaires, un roman hors norme, exigeant et étrange, où le personnage, jeune noble au début du roman, va changer de sexe. L’histoire se déroule sur quatre siècles. Si le personnage change de sexe il n’en oublie pas pour autant ce qu’il a vécu en étant un homme.

Lorsque j’ai lu Orlando, je ne connaissais pas encore Vita Sackville-West découverte grâce à mon amie Titine, (merveilleuse initiatrice de la littérature anglaise) lorsque j’ai commencé à errer sur les blogs. J’ai depuis lu deux romans de Vita (Toute passion abolie et Dark Island), le premier m’a beaucoup plu et le second m’a quelque peu déçue. La prose de Vita est très différente de celle de Virginia. Cette dernière est plus exigeante, plus littéraire (Mrs Dalloway L’art du roman et Lectures intimes) avec une vraie recherche sur l’écriture.

Christine Orban restitue très bien cette différence littéraire en montrant Virginia à l’œuvre, cherchant la bonne phrase, travaillant sans cesse, tandis que Vita, plus mondaine, infidèle, est présentée comme une femme belle, charismatique qui fascine Virginia. Les deux femmes sont très différentes et chacune voit en l’autre les talents qui lui manquent : le génie littéraire vs la beauté.

J’ai découvert une Virginia Woolf jalouse, frigide, alors que je ne la connaissais essentiellement qu’à travers son mal-être qui la conduira au suicide. Mais Christine Orban ne délaisse pas pour autant Vita. La fille du baron incarne l’aristocratie finissante de cette époque post-première guerre mondiale que la série Downton Abbey a su si bien décrire. A travers Vita, on sent un monde qui s’éteint comme s’éteint son père, le renoncement à un domaine qui a bercé sa jeunesse et son adolescence. Virginia, par sa plume, par ses innovations littéraires, représente au contraire un renouveau tout en révélant la fragilité.

On pénètre dans l’atelier d’écriture de Virginia, ce petit cabanon dans lequel elle s’enferme pour écrire. On suit également le travail d’éditeur de son mari, Léonard, leurs problèmes d’argent, la nécessité pour le couple que Virginia écrive un autre roman qui assure encore un peu plus son succès : ce sera Orlando.

Autour de ces deux femmes, gravitent donc les hommes : Léonard, mari attentif, prévenant de Virginia que celle-ci veut préserver, et Harold Nicolson, époux de Vita. Les deux, s’ils ont conscience de l’infidélité de leur femme, n’entravent pourtant pas leur relation.

Un roman doublement biographique qui fige le récit sur une période donnée et permet de mieux saisir deux auteurs anglaises majeures de la littérature. Christine Orban évite de faire du sensationnel autour de cette relation saphique pour présenter deux femmes de leur temps, modernes, indépendantes mais sans négliger leurs parts d’ombre.

virginia woolfsackville-west

Roman lu dans le cadre du Plan Orsec 2016 et du Challenge A Year In England.

photo libre plan orsec (2)a-year-in-england

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22 Commentaires

  1. Un ouvrage qui a l’air très intéressant. Je n’ai jamais lu Virginia Woolf et de Vita S-W je n’ai lu qu’un de ses romans qui m’a beaucoup plu, Au temps du roi Edouard, je te le conseille !

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  2. J’avais attendu avec impatience ce roman à la médiathèque lors de sa sortie, en grande amoureuse de Woolf que je suis. J’ai du lire 50 pages à tout casser : j’ai été évidemment déçue à tous points de vue (parce que le style de Christine Orban se pose là, en plus de la vacuité de son propos) mais même, surtout, très énervée. Ça m’a semblé tellement caricatural et tellement, mais tellement à des kilomètres de ce qu’était Woolf et de ce qu’était sa relation avec Vita. Vraiment un échec cuisant, pour moi.

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    • Christine Orban propose une lecture d’Orlando avant, d’après moi, de raconter la relation entre Virginia et Vita. J’ai trouvé ce roman intéressant et franchement je te trouve un peu dure sur son style. Oui ce n’est pas Woolf, mais qui l’est à part elle ? J’ai trouvé que son approche des deux auteures était un angle de vue rétréci sur une période précise autour du roman d’Orlando qui certes réduit la perception mais c’est un choix. A la fin du roman, plusieurs lettres de Woolf et de Vita sont reproduites et on sent qu’Orban a été très influencée par cette correspondance. Peut-être aurais-tu pu pousser plus avant ta lecture.

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  3. J’avais déjà repéré ce titre, mais maintenant je suis obligée de le lire 😀

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  4. Une histoire qui m’intéresse, je n’ai jamais lu aucunes de ses auteurs mais en découvrir plus sur leur vie m’intrigue… Je note !

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  5. ….cela me semble bien…approximatif , pour rester polie, ce bouquin… ( comme Lili j’aime beaucoup et connais assez bien les deux dames ). Si la relation Vita/Virginia t’intéresse , je te recommande chaudement leur correspondance 🙂

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    • Non ce n’est pas approximatif et moi aussi je connais ces deux auteurs pour les avoir lues, je trouve étrange la violence des réactions face à ce roman que ce soit ici ou sur Facebook. Il ne faut pas voir ce roman comme voyeuriste sur leur relation amoureuse, au contraire Orban la traite avec pudeur et permet de mieux comprendre autant Woolf que Vita, elle en donne aussi une vision littéraire, un éclairage pour « Orlando » que j’ai trouvé bien traité pour ma part.
      Concernant la correspondance, Orban reproduit à la fin de son roman quelques lettres échangées entre les deux femmes. Leur correspondance est dans ma PAL depuis longtemps.

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  6. Là tout de suite ce ne sera pas mon type de lecture, mais plus tard qui sait !? 🙂

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  7. Voilà qui semble super intéressant, Virginia Woolf, forcément c’est attirant ! Et tu me fais penser aussi que j’ai encore 2 titres de Christine Orban sur ma PAL ;0)

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  8. En te lisant, je me demande bien pourquoi je n’ai pas sauté dessus à sa sortie ! Comme tu le sais, je suis grande admiratrice de ces deux auteurs et je trouve leur relation particulièrement intéressante. Tout ce qui touche à Virginia Woolf me semble l’être d’ailleurs ! Pour Vita, je te conseille vraiment « Au temps du roi Edouard » qui est pour moi du niveau de « Toute passion abolie ».

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    • Tu es la deuxième à me conseiller ce roman de Vita et d’ailleurs s’il est dans ma PAL c’est grâce à toi.
      Je serais heureuse de connaître ton avis sur ce roman d’Orban.

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  9. Un livre qui déclenche beaucoup de discussion. Il m’intéresse de me faire mon propre avis et de cécouvrir ces 2 auteures que je ne connais pas encore (et pourtant l’envie ne manque pas à chaque fois que je parcours les blogs)

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  10. Ce sont deux auteures que j’apprécie (comme toi, j’ai préféré « Toute passion abolie » à « Dark Island ») et je serai très curieuse d’en savoir plus sur leurs vies et leur relation. Merci pour ce beau billet 🙂

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  11. Quel hasard amusant ! C’est un livre qui traîne sur ma LAL depuis sa sortie. Très récemment j’ai voulu voir s’il était sorti en poche mais ai encore hésité à me le procurer (sans doute aussi parce que je n’aime pas trop cette couverture, vile lectrice superficielle que je suis parfois !). J’ai lu peu d’avis sur ce texte et ne savais pas trop quoi en penser car j’apprécie énormément ces deux écrivains (pour des raisons différentes en effet) et craignais d’être déçue. Mercredi dernier j’étais à Sissinghurst (un rêve devenu réalité), ce qui me donne plus envie encore de me tourner de nouveau vers ce livre. Ton avis tombe à point nommé ! Je pense que je ne vais pas tarder à me le procurer. Si tu t’intéresses à Vita, mon préféré reste « The Edwardians ». Je l’ai lu en anglais et savouré la prose de VSW (pour moi il était un cran au dessus des autres, tant sur le fond que la forme, mais je l’ai souvent lue en français, difficile de comparer directement). J’ai lu cinq autres de ses romans ou novellas, celui-ci est mon préféré mais j’avais notamment beaucoup apprécié « The Heir » (non traduit je crois) et mon premier, « Toute passion abolie ». Ma seule petite déception a été « Le diable à Westease », même si je ne regrette pas de l’avoir découvert. Pendant ma visite du domaine j’ai également beaucoup hésité à m’offrir la correspondance entre Vita et son mari, qui a l’air vive et passionnante. Merci pour ton beau billet !

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  12. Je l’avais commencé, mais je n’ai pas réussi à le terminer.

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à vous....

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