« Un cœur simple » Gustave FLAUBERT – Nouvelle

Flaubert un coeur simple« Un cœur simple » appartient au recueil Trois contes de Gustave Flaubert qui comprend deux autres titres : « La légende de Saint Julien l’Hospitalier » et « Hérodias« . J’avais lu ce recueil durant mes années de fac. Je ne garde aucun souvenir de « Saint Julien« , le confondant avec La Tentation de Saint Antoine qu’il faudrait que je relise d’ailleurs, mais je me souviens avoir été passionnée par « Hérodias » sans doute parce que la figure de Salomé me fascine et que ma lecture de Salammbo m’avait facilité la tâche. Concernant « Un cœur simple« , j’en gardais aussi un vague souvenir centré essentiellement sur ce perroquet Loulou. J’ai relu cette nouvelle ce matin dans un but pro l’ayant donné à lire à mes Secondes en lecture complémentaire.

Félicité, héroïne peu héroïque, après une enfance misérable devient fille de ferme après la mort de ses parents. Une déception amoureuse la décide à partir pour Pont-Lévêque où elle trouve une place de bonne chez Mme Aubain, femme peu sympathique mère de deux enfants Paul et Virginie. Sa vie est traversée de drames successifs. Femme simple et non instruite, harassée par le travail, elle se prend d’affection pour les enfants de Mme Aubain, puis pour son neveu Victor. Enfin, vers la fin de sa vie, elle se prend de passion pour un perroquet, Loulou.

Flaubert s’inspire de la bonne de ses parents pour créer le personnage de Félicité. L’empreinte biographique va plus loin puisque les enfants de Mme Aubain sont des doubles littéraires de sa sœur et de lui-même, tout comme Mme Aubain présente de fortes ressemblances avec sa tante Mme Allais. On pourrait également rajouter que le lieu de l’intrigue, la Normandie, région natale de Flaubert, n’est pas non plus un hasard.

Il y a toujours sous la plume de Flaubert une pointe d’ironie que je qualifierai de tendre. Le prénom de son héroïne en est la trace. Porter un prénom signifiant un grand bonheur et avoir une vie si misérable, quelle ironie ! C’est sans doute aussi que l’état de félicité conduit à une certaine naïveté ou candeur qui, pour le coup, correspond parfaitement à le bonne de Mme Aubain.

Le récit de la vie de cette femme est tout en neutralité mais le lecteur se prend de pitié pour cette femme qui n’est jamais parvenu à créer un lien affectif réel et vrai avec les personnes qui l’entourent. Dès sa jeunesse, elle est sujet aux brimades, à la moquerie, aux accusations mensongères, alors même qu’elle présente une sensibilité, certes naïve, mais forte. Le point d’orgue de sa vie reste finalement cette affection tardive et étrange pour un oiseau exotique qu’elle assimile d’abord à son neveu parti sur les mers, puis au Saint-Esprit. Mais là encore l’ironie de Flaubert se révèle dans la description qu’il fait du perroquet empaillé, rongé par les mites et les vers qui pourtant provoque chez Félicité, au moment de mourir, une extase mystique.

Cette nouvelle m’a rappelé un roman de Julian Barnes qui a pris racine dans ma PAL : Le perroquet de Flaubert . Il serait grand temps que je le sorte de mes étagères et que je profite de cette relecture de « Un cœur simple » pour le lire.

Enfin, il me reste à signaler que la nouvelle fut écrite pour George Sand, grande amie de Flaubert…

Nouvelle lue dans le cadre du Plan Orsec 2016

photo libre plan orsec (2)

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14 Commentaires

  1. J’aime beaucoup cette nouvelle qui me touche à chaque fois que je la relis. Elle a été adaptée au cinéma et si mes souvenirs sont bons, c’est Isabelle Huppert qui jouait le rôle de Félicité.

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  2. Lu à la fac aussi mais j’avoue que je n’ai aucun souvenir des trois nouvelles mais je me rappelle en revanche que celle-ci était ma préférée des trois !

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  3. J’avais dû lire Un coeur simple en 2nde pour le cours de français, je me souviens que j’avais bien aimé et que je m’étais attachée à Félicité !

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  4. C’est curieux, le recueil de Flaubert m’a laissé la même impression: je n’ai rien retenu ou presque de Saint Julien, Herodias m’a marqué pour les mêmes raisons que toi, et si je sais que j’ai beaucoup aimé Un coeur simple, le souvenir que j’en conserve ne va guère au-delà de l’image du perroquet. Bref, ton billet tombe à point pour me rappeler qu’il serait temps de retrouver cet auteur que j’ai longtemps placé au Panthéon de mes auteurs préfèrés.
    Par contre, je ne suis pas bien sûr de comprendre ce que tu appelles l’ironie tendre de Flaubert. Je trouve le regard de Flaubert assez froid au contraire. Une ironie d’entomologiste! 🙂

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    • « ironie tendre » dans le sens où je sens malgré tout un certaine tendresse pour cette femme, même si elle est montrée de façon neutre. Si on ressent en tant que lecteur une empathie pour Félicité c’est sans doute que Flaubert est de son côté. Son regard est froid mais plus envers les gens qui entourent Félicité, et surtout la bourgeoisie.

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  5. c’est mon texte préféré de Flaubert pour sa sensibilité.
    Je n’ai pas aimé Mme Bovary, l’éducation sentimentale et Bouvard et Pécuchet m’est tombée des mains.
    Ma belle soeur s’appelle Félicité mais elle n’a pas de perroquet 😉

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  6. Cette nouvelle , relue il y a peu avec mon club de lecture IRL m’a profondément mise mal à l’aise : si Félicité est « pitoyable » c’est à dire menant une toute petite vie à laquelle sa condition sociale l’a condamnée (une vie totalement sans joie) et partant, digne de notre pitié (de notre compassion) en revanche je trouve la position de Flaubert bien ambiguë … « D’où » nous parle-t-il, de sa position (forcément dominante) de mâle , bourgeois, et artiste qui accède à une forme de clairvoyance ? Je trouve , qu’avec l’air de ne pas y toucher, son regard sur la pauvre Félicité est d’une condescendance difficile à accepter pour le lecteur moderne , son ironie est vacharde et la fin , avec cette apothéose mystique, infiniment cruelle…

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    • Ah c’est drôle parce que je n’ai pas du tout ressenti cette cruauté de Flaubert dont tu parles. Autant je le trouve cruelle envers Emma Bovary, autant là il me semble au contraire qu’il dénonce cette asservissement des classes par la bourgeoisie, comme il fait avec le portrait de Catherine dans « Madame Bovarry ». Oui il montre la simplicité d’esprit de Félicité, mais je n’ai pas l’impression qu’il la juge.

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à vous....

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