« Guy de Maupassant à 20 ans: les débuts de Bel-Ami » de Françoise MOBIHAN – Biographie

maupassantLa collection « à 20 ans » du Diable Vauvert a ceci d’intéressant qu’elle aborde les auteurs, ou les personnages célèbres de l’histoire, au moment où ils sont aux portes du succès, au moment où, en pleine force de leur jeunesse, ils sont vibrants d’espérances. Ces biographies de 150 pages dévoilent des êtres en devenir et révèlent comment leur destin se met en place.

Françoise Mobihan dresse un portrait passionnant de Guy de Maupassant. Elle en montre les facettes souvent oubliées des manuels de littérature :

farceur jusqu’à l’excès, possédant un tempérament sexuel débordant, aimant par dessous tout les bateaux, viscéralement attaché à Etretat, sportif, très attaché à sa mère, détestant un père courant après l’argent.

Dans un va et vient continuel avec l’œuvre, la biographe prend soin de détricoter les idées reçues, les fausses anecdotes. Elle explique parfaitement le lien entre Flaubert et Laure, la mère de Guy qui n’est en rien le neveu de  Gustave, encore moins son fils (confusion sur une homonymie : Gustave de Maupassant, père de Guy, et Gustave Flaubert). Au cours  de la lecture, le jeune Guy, qui se voyait poète, devient petit à petit nouvelliste puis romancier, tout en rêvant de théâtre. Sous l’égide d’un Flaubert exigeant avec son élève, le jeune Guy progresse mais a du mal à se faire une place. Flaubert l’aidera. C’est lui qui lui fit rencontrer les Goncourt et Zola, lui qui le fit entrer dans le Monde auprès de la princesse Mathilde, cousine de Napoléon III. On accuse Maupassant de ne pas travailler assez, de préférer les femmes et le bateau à l’écriture. Il faudra Boule de suif pour prouver son talent.

On découvre un Maupassant revendiquant avant tout sa liberté : pas d’attaches sentimentales, refus de l’Académie Française et de la Légion d’honneur, refus d’être enrôlé dans l’école naturaliste et dans l’armée en 1870.

Je ne crois pas plus au naturalisme et au réalisme qu’au romantisme.

Un homme droit dans ses bottes.

 Puis vient la maladie : la vérole en 1877 : « Alléluia j’ai la vérole, par conséquent je n’ai plus peur de l’attraper, et je baise les putains des rues » (p.131). Françoise Mobihan raconte les atteintes de la maladie sur son corps, les migraines affreuses, la vue qui se trouble. Seul avantage de cette maladie de plus en plus handicapante, elle lui permet de prendre congés du ministère de l’Instruction publique et de se consacrer entièrement à l’écriture et au bateau. Adieu le travail de gratte papier, les bureaux sordides dans lesquels il aura passé huit ans.

Destin fascinant de cet homme mort à 41 ans, ravagé par la syphilis, que la biographe raconte sans détour, révélant ses parts sombres, mais surtout révélant ce lien étroit avec le grand Gustave Flaubert. Les passages sur cette amitié entre le maître et son disciple sont passionnants et donnent furieusement envie de lire leur correspondance. Les préceptes d’écriture : apprendre la patience, travailler chaque mot, chaque phrase, décrire pour révéler l’unicité des choses et des personnes. Et la mort de Flaubert, le désarroi de Guy.

Une biographie à lire donc, qui remet les choses en place et fait apparaître un auteur unique qui s’est sans cesse inspiré de ce qu’il aimait, vivait ou détestait pour créer une œuvre qu’il faut lire et relire.

Merci à Anaïs et au Diable Vauvert pour cette belle lecture.

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8 Commentaires

  1. Super idée cette collection, je vais aller voir ça de plus près ! 🙂

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  2. Maupassant est un auteur passionnant, trop souvent réduit à quelques nouvelles. Mais c’est une sacrée personnalité.

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  3. Je ne pense pas que je lirai cette biographie en dépit de l’intérêt qu’elle semble présenter. Aujourd’hui, je me suis éloignée de ce siècle littéraire qui m’est si cher. Il conserve néanmoins une place unique dans mon coeur et Maupassant fait partie de mes icônes. Bel-Ami est un des grands textes que j’ai lus étant adolescente. Il y a un an ou deux, j’ai lu à mon fils aîné des nouvelles de Maupassant. C’était un réel bonheur de partager ces textes avec lui. Il n’est qu’en 5° : je ne doute pas d’avoir bientôt le plaisir de me replonger dans les oeuvres de Maupassant, Flaubert ou Zola à travers lui ! Et je m’en réjouis !

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  4. Je pense que c’est un bon moyen de redécouvrir les classiques sous d’autres jours ! =)

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  5. j’ai beaucoup aimé cette série des 20 ans elle est très réussie

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  6. Effectivement, cette collection a l’air top, notamment pour mes lycéens (dont beaucoup commencent Bel-Ami en 2nde). Je vais voir ça de plus près. Merci pour la découverte !

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  7. Encore une chronique découverte que je suis ravie de lire chez toi. Une belle approche de l’auteur, idéal en effet pour des lycéens (mais pas que 😉 )

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  8. Hello !

    Reçu aussi, du coup tu me motives pour l’attaquer ! J’aime beaucoup cet auteur, mais sans rien connaître de sa vie. Cette collection du Diable est vraiment intéressante en tout cas.
    Je reviendrai t’en dire des nouvelles !

    Répondre

à vous....

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