« La Petite barbare » Astrid MANFREDI – Rentrée Littéraire 2015 #2

Manfredi barbareAstrid Manfredi tient un blog dont le titre m’a toujours plu : Laisse parler les fillesDans ce premier roman, elle laisse parler une fille. Une fille belle à faire fantasmer les mecs, une gamine de 23 ans qui a poussé sur le bitume d’une banlieue, une fleur du mal, une femme fatale nouvelle génération. Elle a compris toute jeune que sa plastique était son meilleur atout, le moyen facile de boire du champagne et d’arpenter les Champs Elysée dans des robes à paillettes et des escarpins pointus. Elle est l’appât d’un gang dirigé par Esba, son ami, celui qui ne l’a jamais regardé avec des yeux avides de désirs sales, vicieux ou concupiscents : Lui, noir et prophétique, la taille prise dans des costumes hors de prix (p.72). Ensemble, ils détroussent les friqués, ceux pour qui tout a réussi, les tout-puissants qui tombent dans le panneau d’un sourire et d’une robe trop sexy.

Roman coup de poing auquel on est attaché de la première page à la dernière. Une écriture brute et à la fois métaphorique, imagée et crue qui dessine une fille que l’on ne parvient pas à détester. Arrêtée, jugée et emprisonnée pour être allé trop loin dans l’horreur, la barbare, sur le conseil du psy de la prison, écrit un journal, raconte son destin, ses rêves, les mauvais chemins empruntés et puis la cellule, le quotidien : les autres filles qui partagent sa cellule, l’isolement et les hommes mus par leur désir pour elle et englués dans leur petite vie pavillonnaire.

La barbare rêvait d’une autre vie que celle de ses parents. Une mère vidée de ses rêves par un mari vautré sur un canapé et râlant pour un plat mal salé. Elle, elle veut de beaux vêtements, des chaussures à talon, de l’alcool, surtout des coupes de champagne, se sentir vivre, avoir droit au luxe, au fric facile. Elle est prête à tout pour des escarpins, elle ne ressent rien, on s’en fout, écrit-elle en boucle.

Son journal est un cri de colère et une renaissance. Elle déverse tout grâce à l’écriture mais aussi, avec l’aide du psy, la lecture. Elle a toujours lu et notamment Marguerite Duras, L’amant. Elle se retrouve un peu dans Marguerite et rêve d’un amour indochinois.

Ce journal c’est le livre que l’on tient dans nos mains, un livre qu’il lui permettra peut-être de passer à la télé, de prendre sa revanche, de s’en sortir autrement que par le sexe.

Astrid Manfredi parvient à créer une héroïne moderne, à dresser un portrait d’une certaine génération de filles qui vit au bout du RER, qui soigne son apparence comme seule atout et qui comprend finalement qu’on peut peut-être atteindre son rêve et la vraie liberté par d’autres moyens. C’est une fille qui veut rompre le cercle vicieux du mariage terne-enfant-boulot de smicarde, qui veut une vie à la hauteur de son physique de rêve.

Une lecture qui bouscule, qui plonge dans les sous-sols crasseux des caves, mais qui, à travers son héroïne, nous fait réfléchir aussi, qui parle des filles d’aujourd’hui, de celles dont on parle souvent en mal, trop vulgaires dans leur langage et leurs tenus, qu’on accuse de n’avoir rien dans la cervelle. Certains jugeront que ces filles-là ne lisent pas Duras, Astrid Manfredi nous dit : Et pourquoi pas ? Car ce livre, c’est aussi un hommage à la lecture et à l’écriture et celles-ci ne sont pas réservées qu’à une certaine catégorie de la bonne société.

Lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015.

challenge 1% 2015

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22 Commentaires

  1. C’est en effet une écriture coup de poing, qu’il faut lire d’une traite, dans l’urgence de ce qui y est dit.
    J’ai, pour ma part, été un tout petit peu gênée par le côté ultra déterministe du propos.
    Mais, une chose est sûre, cet auteur sait manier la plume !

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  2. Le sujet m’intéresse mais avec ce genre de roman, j’ai toujours un peu peur de la caricature.

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  3. eimelle

     /  août 30, 2015

    je n’ai pas encore écrit mon article, mais j’ai beaucoup aimé ce texte, ça secoue!

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  4. C’est franchement un excellent premier roman, qui commence à faire parler de lui, et c’est tant mieux !

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  5. Tu me donne très envie de m’y intéresser ! =)

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  6. Ton billet me donne envie de le lire. Et encore un pour ma PAL.

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  7. Une de mes prochaines lectures pour le projet 68 premières fois. Ton article me laisse présager un bon moment.

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  8. Ca ne me dit trop rien, ça m’a l’air un peu trop dans la caricature.

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  9. Hâte de me le procurer!

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  10. Un premier roman qui claque oui, difficile d’oublier cette petite barbare !

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  11. estellecalim

     /  septembre 1, 2015

    C’est marrant, j’ai fini le dernier roman d’Eric Faye il y a quelques jours et il est question là aussi d’une jeune femme qui veut sortir de sa condition et finit par la case prison. C’est un sujet fréquent apparemment.

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    • Oui j’ai lu ton billet entre temps, mais le Faye ne me dit pas trop. La petite barbare ne veut pas forcément sortir de sa condition mais vivre, profiter de sa vie et de sa jeunesse !

      Réponse

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