« Celle qui sentait venir l’orage » Yves GREVET

grevet orageJ’ai découvert Yves Grevet, non pas avec Meto (que je n’ai toujours pas lu), mais avec Nox, et ce fut une bien belle rencontre. J’ai depuis eu le plaisir de recevoir son dernier roman, Celle qui sentait venir l’orage, paru au début du mois de mai. Ce n’est que ces derniers jours que j’ai eu envie de le lire parmi une auto-sélection de trois SP ado. Il faut dire que la couverture de ce roman me plait énormément et que le sujet me paraissait convenir à mon envie du moment : Frida, jeune italienne au XIXe siècle, doit fuir sa région pour rejoindre Bologne après l’arrestation et la pendaison de ses parents accusés d’avoir assassiné des voyageurs.

La narration est faite par Frida elle-même, et les premières pages, durant son voyage vers Bologne, permettent de mieux comprendre comment sa famille s’est attirée les foudres de la petite ville où ils résident depuis de longues années. Isolés dans une région marécageuse, les parents de Frida, et notamment son père, sont vus comme des êtres malfaisants, sujets de superstitions idiotes. Frida, quant à elle, a également subi les conséquences de ces croyances dans l’établissement religieux où elle étudie. Harcelée, par les autres élèves et les religieuses, elle subit des brimades voire des violences physiques. Après la mort de ses parents, elle est envoyée chez le Docteur Grüber pour être mise à l’abris. Mais Grüber semble porter à Frida un intérêt médical sans pour autant lui révéler de quel mal elle souffrirait.

Une fois que vous avez ouvert ce roman il vous sera très difficile de le reposer. Voilà plusieurs mois que je n’avais pas ressenti cette envie irrépressible et incessante de me replonger dans un roman en cours, et cela pendant plusieurs heures et sans ressentir les effets de Morphée.

Le personnage de Frida est l’un des points forts de ce roman, et c’est loin d’être le seul. Jeune fille en lutte contre l’injustice faite à ses parents, contre les violences subies par les religieuses et ses « camarades », elle veut à tout prix réhabiliter ses parents, prouver qu’ils ont été condamnés à mort de façon arbitraire. Incapable de faire confiance à quiconque, elle a développé une méfiance qui lui sera autant bénéfique que handicapante. Mais cette force est également palliée par un manque de confiance en elle et une douleur profonde depuis la mort de ses parents. A la fois forte et fragile, la complexité de cette héroïne en fait un personnage majeur.

L’autre point fort de ce roman, et que j’avais déjà pu constater dans Nox, est une narration  efficace, sans temps mort, sans cesse relancée par des péripéties qui vous poussent à tourner les pages sans lassitude. Yves Grevet sait accaparer son lecteur.

Enfin, le thème même du roman développe une doctrine scientifique très en vogue au XIXe à travers toute l’Europe et dont Balzac, et d’autres auteurs de ce siècle, se sont inspirés pour créer leurs personnages et les décrire : la physiognomonie, où l’étude des caractéristiques physiques pour définir la personnalité des êtres. La physiognomonie m’a toujours fascinée pour son aspect étrange et Yves Grevet construit son roman autour de cette doctrine tout en ne la nommant qu’à la fin de son roman. Si Lavater fut le premier à concevoir cette science, Lombroso, criminologue italien, l’a ensuite mise au service de ses théories sur les criminels. Ce roman n’est donc pas seulement une intrigue bien menée, mais met en avant des théories dangereuses parfaitement développées dans les pages de ce livre. Il plonge le lecteur dans un contexte historique et scientifique passionnant.

J’ai regretté que l’Italie manque de pittoresque ici, si ce n’est les noms italiens ou les arcades de Bologne. Mais c’est un détail. Car Yves Grevet manie avec brio les éléments romanesques : déguisements, enquête, meurtres, fuite, amour naissant, personnages haut en couleur et attachants (comme Gianluca notamment !) ou machiavéliques et manipulateurs. En plaçant son intrigue au XIXe siècle, Yves Grevet réutilise également les ingrédients des romans de l’époque voire des feuilletons des journaux, chaque fin de chapitre donnant immanquablement l’envie de commencer le suivant.

 Ce roman est donc un vrai coup de cœur que je vous recommande sans réserve.

Lu dans le cadre du challenge Il Viaggio chez Eimelle jusqu’en octobre 2015 auquel.

challenge italie

Merci aux éditions Syros pour cette lecture.

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8 Commentaires

  1. eimelle

     /  juillet 18, 2015

    Une période intéressante! Merci pour le challenge !

    Réponse
  2. C’est un auteur que je n’ai pas encore lu mais tu te doutes qu’après un tel billet, j’ai très envie de le lire. Merci pour la découverte !

    Réponse
  3. argali2

     /  juillet 18, 2015

    As-tu lu « Des ados parfaits » ? Cela devrait te plaire aussi. Je prends nte de celui-ci.

    Réponse
  4. J’ai beaucoup aimé Nox, alors je ne peux qu’avoir envie de lire ce livre 😀

    Réponse

à vous....

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